‹ Méthode pour prérarer les enfants à la première communionChapitre 27 sur 98 · DU PÉCHÉ VÉNIEL · texte numérisé non relu

DU PÉCHÉ VÉNIEL

Chers enfants, vous avez appris combien le péché mortel est un grand mal et je suis convaincu que tous vous êtes fermement résolus à l'éviter, à le fuir comme du poison, comme

la mort. Mais il y a encore d'autres péchés ; des péchés moindres, appelés péchés véniels. Vous le savez, on commet un péché véniel, quand on transgresse un commandement de Dieu en chose légère, par exemple, quand on est distrait dans la prière, quand on s'impatiente, quand on dit quelques mots grossiers, quand on ment pour rire ou sans faire tort à personne, quand on prend une bagatelle etc; ou bien on commet le péché véniel quand on pèche en chose grave, mais sans un plein consentement, par exemple, quand on pense à de vilaines choses, mais sans y avoir réfléchi, ou quand on ne veut pas y penser exprès, et qu'on n'y résiste pas suffisamment. Or il y a des personnes qui regardent ces péchés véniels comme un mal très léger, comme une niaiserie. Il est vrai que, en comparaison du péché mortel, le péGhé véniel est petit ainsi que les torts qu'il cause; mais considéré en lui-même, il est néanmoins un grand mal ; de même la perte de quatre ou cinq cents francs est une perte importante en elle-même, quoiqu'elle soit moindre comparée à la perte de la santé ou de la vie. Aujourd'hui je veux donc vous montrer brièvement que le péché véniel en général, n'est pas une bagatelle sur laquelle on puisse passer légèrement; je vous ferai comprendre au contraire, quelle malice il y a dans le péché véniel, et combien il est nuisible à l'homme.

I. Chers enfants ! La malice du péché véniel se reconnaît à ceci : c'est qu'il est aussi une offense de Dieu, notre souverain maître, notre bon père, notre aimable Sauveur.

A) Celui qui commet un péché véniel ne se révolte pas, il est vrai, contre le Dieu tout-puissant, ne lui refuse pas entièrement l'obéissance; mais néanmoins il fait une chose que Dieu n'aime pas qu'on fasse, il refuse une chose que Dieu désire vivement. Dieu lui dit, par exemple : Priez comme il faut; soyez patient, etc. et l'homme ne le fait pas; il n'écoute point la voix de Dieu; l'homme, cette créature misérable et chétive ose faire le contraire de ce que son grand Dieu lui recommande! Lorsqu'un roi commande quelque chose à un de ses serviteurs, et que celui-ci refuse de lui obéir, il se moque de son maître, il l'outrage et c'est là une grande faute; mais quand il ne satisfait pas aux désirs du

roi, quand il refuse de lui complaire, alors qu'il le pourrait, ne merite-t-il pas d'être puni?

B) Lorsqu'un enfant ose lever la main sur ses parents, les outrage, les frappe et les maltraite, c'est une conduite indigne et odieuse; mais un enfant ne mérite-t-il pas d'être blâmé, quand il ne se soucie guères d'offenser ses parents en choses légères, de leur donner des réponses fâcheuses et inconvenantes? Peut-on supposer qu'un enfant aime réellement ses parents, lorsqu'il se dit en lui-même : Non, je ne veux pas offenser mes parents jusqu'au point de me faire chasser de la maison, mais si, de temps à autre, je leur fais de la peine dans de petites choses, je ne m'en soucie pas. Un père ne doit-il pas sentir de la tristesse au cœur, lorsque, invitant son enfant qu'il a aimé beaucoup, comblé de bienfaits, à faire telle chose, l'enfant ne le fait pas, et ne lui donne pas de réponse, ou donne même une réponse désagréable? — Et Dieu ne doit-il pas être affligé, lorsque, chers enfants, vous qui êtes si aimés de Dieu, qui avez été comblés de tant de bienfaits, vous refusez bien souvent de faire, par amour pour Lui, quelques petites choses, par exemple : de prier avec attention, d'obéir ponctuellement etc.? lorsque vous vous permettez de commettre des fautes, que vous savez devoir attrister et offenser le bon Dieu.

C). Notre aimable Sauveur déteste aussi le péché véniel ; il a dû souffrir également pour ce péché ; les péchés véniels aussi lui ont fait répandre une sueur de sang, l'ont cloué à la croix. Et vous savez qu'il déteste ces péchés, vous savez com bien ils lui font de la peine, et néanmoins vous osez les commettre! Est-ce avoir de l'amour pour Jésus, quand vous accumulez à la légère des péchés qui l'attristent et que vous ne vous en souciez pas, pourvu seulement que vous n'alliez pas en enfer? Le Sauveur ne pourrait-il pas aussi se plaindre de vous et dire: « Mon enfant, voyez ce que j'ai fait pour vous : j'ai donné pour vous mon sang et ma vie ; je vous ai laissé en nourriture mon corps sacré, et vous ne voulez pas même faire une bagatelle pour moi, me causer un léger plaisir, me donner une petite satisfaction, en vous levant un peu plus tôt, enj faisant bien vos prières? J'ai souffert les mépris, les

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humiliations et les plus atroces douleurs, je les ai soufferts, par amour pour vous, avec patience, avec joie et générosité; et vous ne voulez pas même endurer, par considération pour moi, un léger désagrément, une parole un peu dure, mais vous êtes impatients, irascibles et vous m'offensez? » Est-ce là montrer de la reconnaissance pour tout l'amour que le divin Sauveur vous a témoigné? — Dites-moi, chers enfants, n'avez-vous pas mérité cent fois ces reproches? Et n'êtes-vous pas tristes d'avoir affligé si facilement votre Seigneur, votre Père, votre Sauveur?

Ne l'oubliez donc pas, chers enfants ! Le péché véniel est aussi une offense de Dieu, et c'est pourquoi nous devons haïr cette offense, la craindre et l'éviter plus que les plus grands maux temporels, plus que la maladie la plus douloureuse, même plus que la mort. Sainte Catherine de Gênes a dit, qu'elle préférait souffrir toutes les peines de l'enfer plutôt que de commettre volontairement un seul péché véniel (1). — Oui, quand même nous pourrions, par un seul péché véniel, par exemple, au moyen d'un mensonge, sauver la vie à des milliers d'hommes, ou les préserver de péchés mortels, même de,l'enfer,nous ne devrions pas faire ce péché. En effet chaque péché véniel est une offense faite à Dieu ; or, c'est un mal moins grand, si le monde entier périt que si Dieu est offensé (2). Et dites-moi maintenant : croyez-vous encore que

(i) Le grand serviteur de Dieu, Jules Thomas duc de Parme, était un jour sur le point de conclure un traité, mais ressentit certaines inquiétudes de conscience et se demanda s'il n'allait pas commettre un péché. Il consulta donc de suite des théologiens, et quoique un seul parmi eux, fût d'avis qu'il pourrrait y avoir tout au plus un péché très léger dans la conclusion de cette affaire, le vertueux duc fit à l'instant cette déclaration Non, jamais je ne concluerai ce traité !

(2) Quand une mouche a piqué quelqu'un et qu'il peut s'en saisir, il lui ôtela vie. Mais pourquoi donc, à cause d'une légère piqûre, faire mourir ce pauvre insecte, lui prendre la vie, ce qu'il a de plus précieux? Une mouche, comparée à l'homme,est si petite et si méprisable, qu'il semblepréférable d'ôler la vie à la mouche, que défaire endurera l'homme une légère douleur. Mais l'homme, mais le monde entier, comparée à Dieu, est infiniment moindre et plus misérable qu'une mouche comparée à l'homme. C'est pourquoi il vaut mieux que tous les hommes périssent, plutôt que d'attrister ou d'affliger Dieu dans les moindres choses.

le péché véniel soit une bagatelle dont on n'a pas besoin de s'inquiéter? Vous verrez que c'est tout le contraire, lorsque vous aurez compris

II. Les suites funestes du péché véniel, combien il fait du tort à l'homme.

A). Le péché véniel nous prive de beaucoup de faveurs divines ; cela signifie que, lorsque nous commettons des péchés véniels, nous nous privons de bien des grâces que sans cela, Dieu nous eût accordées. Un père a deux enfants. Ni l'un ni l'autre ne lui causent de grands chagrins. Cependant l'un des deux ne se soucie guères d'être parfois désobéissant à son père dans de petites choses ; l'autre au contraire lui obéit, même dans les moindres choses et fait tout pour lui, au moindre clin d'œil, au moindre désir qu'il aperçoit. Quel sera l'enfant le plus chéri de son père, et auquel il fera le plus de cadeaux? Evidemment ce sera celui qui est soumis, même dans les moindres choses ; l'autre enfant sera aimé aussi, c'est vrai, mais il le sera moins, et il ne recevra pas de loin autant de cadeaux que son frère qui est sage.

Le Père céleste en agit de même. Ceux qui lui obéissent ponctuellement, mêrnedans les moindres choses, oh! comme il les aime! comme il répand sur eux l'abondance de ses grâces ! Voilà pourquoi il a tant favorisé un saint Louis de Gonzague, une sainte Catherine de Gênes et d'autres. Voilà pourquoi il leur a accordé dès cette vie, cette paix de l'âme, cette douceur et cette joie, dont nous autres, pauvres pécheurs, nous ne pouvons nous former une idée. Et maintenant, chers enfants, pensez-y comme Dieu vous aimerait, combien de grâces vous auriez reçues de lui, que vous seriez meilleurs, que vous auriez du plaisir à prier avec ferveur, quelles douces joies vous goutteriez, si vous n'aviez pas commis aussi facilement des péchés véniels ! Et tout cela vous l'avez perdu par votre légèreté. Si, par votre étourderie, vous aviez perdu quelques centimes que l'on aurait donnés à un autre, vous en seriez chagrins ; mais ne devez-vous pas être bien plus tristes d'avoir perdu tant de grâces, dont la moindre vaut plus que tout l'or et tous les biens du monde?

B). Le péché véniel est sévèrement puni de Dieu, souvent

même en ce monde. Rappelez-vous, comment Dieu punit une légère défiance chez Moïse, quelques sentiments de vanité chez David (1). Que de maladies, de fléaux, de souffrances Dieu nous envoie, et cela en punition des péchés véniels! Mais c'est surtout dans Vautre monde que Dieu les châtie ; rappelez vous le purgatoire. Que doivent y souffrir les pauvres âmes! Plus qu'aucun homme a jamais souffert dans la plus cruelle maladie, plus qu'aucun martyr a jamais enduré dans les plus affreux tourments. C'est ainsi que Dieu châtie les âmes de ceux qui sont morts cependant dans sa grâce, et que par conséquent il aime; et c'est ainsi que ce Dieu si bon, si miséricordieux, les punit à cause de leurs péchés véniels. Qu'en pensez-vous, chers enfants, le péché véniel peut-il être une bagatelle, un rien, quand Dieu le punit si terriblement? Ah! que ces pauvres âmes doivent être aux regrets d'avoir commis si facilement des péchés véniels, d'avoir prié sans attention, d'avoir menti légèrement, d'avoir désobéi, d'avoir été impatientes, etc. ; et si une de ces âmes pouvait sortir du purgatoire pour revenir sur la terre, comme elle éviterait, comme elle fuirait ces fautes avec plus de soin qu'une bête féroce et que la mort! — Vous en avez encore le temps, vous chers enfants ! Repentez-vous et confessez-vous maintenant avec un sincère repentir de vos péchés véniels, surtout de vos péchés d'habitude, et soyez résolus à les combattre, afin de vous en déshabituer en ce monde, pour que dans l'autre monde vous ne soyez pas obligés de les expier dans de cruelles et amères souffrances.

C) Mais je n'ai pas encore parlé du plus triste effet que produit le péché véniel. Celui qui commet facilement des péchés véniels, tombera infailliblement dans des péchés mortels, et ainsi il se damnera.

Un fermier voulut un jour aller en ville, à cheval; comme il était sur le point d'y monter, le domestique lui dit : <( Maître, attendez un peu ; il manque un clou au fer du

(1) Si on a raison de supposer que les enfants ne connaissent pas ces faits, il sera bon de les leur raconter rapidement.

sabot. )) — « Qu'est-ce que cela fait qu'il y manque un clou, répliqua le fermier, le cheval en a assez sans cela » — puis il piqua des deux et partit. C'était un chemin pierreux et raboteux; bientôt le cheval eut perdu le fer auquel manquait un clou. « Peu importe, s'écria le campagnard, il a encore trois autres fers aux pieds, et, au lieu de le faire ferrer, il alla plus loin. Le lendemain le cheval était boiteux et mis hors de service pour toujours. Le fermier avait refusé de s'occuper d'une prétendue bagatelle, et ainsi il avait gâté tout son cheval. Il en est de même de celui qui ne se soucie pas des péchés véniels : il tombera dans des fautes toujours plus grandes, comme l'a dit notre Sauveur, et peu à peu il se perdra. Que de voleurs ont commencé par voler des plumes, des crayons, des aiguilles, etc., et ont fini leurs jours dans la prison ou sur lechafaud. Une étincelle, à laquelle on ne fait pas attention, peut réduire toute la maison en cendres. C'est pourquoi, chers enfants, faites attention à vos moindres fautes. Des fautes, vous en commettrez pendant toute votre vie, mais il y a une grande différence entre la manière de les commettre. Si vous les commettez facilement et que vous ne vous en souciiez pas, c'est mal agir, et alors vous tomberez dans des fautes toujours plus graves qui pourront vous perdre. Mais si vous commettez des fautes par faiblesse humaine, sans y avoir réfléchi, et que vous vous efforciez de les effacer de suite par un vrai repentir, que vous tâchiez de les éviter sans cesse avec plus de soin, alors votre âme deviendra toujours plus pure, Dieu vous aimera toujours plus et vous accordera ses grâces. C'est pourquoi je vous en conjure encore : repentez-vous, confessez-vous avec une grande douleur, même de vos péchés véniels. S. Louis de Gonzague avait tellement regretté les petites fautes qu'il avait commises, étant encore un enfant (je vous en ai déjà parlé), que lorsqu'il fit sa confession générale, il s'évanouit aux pieds de son confesseur. Proposez-vous aussi, mais sérieusement, d'être sur vos gardes contre les petites fautes, principalement contre vos fautes d'habitude, et tâchez, chaque soir, par un bon examen de conscience et souvent par une bonne confession, de vous en purifier, alors

vous ne tomberez pas dans de grands péchés, mais vous mènerez une vie agréable à Dieu, une vie contente et heureuse, et plus tard vous obtiendrez la magnifique couronne promise à ceux qui ont le cœur pur. Ainsi soit-il.

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