l'enfant prodigue
Jusqu'ici, chers enfants, je vous ai montré comment vous avez été créés pour connaître Dieu, l'aimer, le servir et ainsi aller au ciel; comment, par le péché, vous vous êtes écartés de cette fin sublime et combien par là vous êtes devenus malheureux. Mais vous ne pouvez rester dans le péché, ni dans ce triste état. Vous devez revenir à Dieu, votre père que vous avez offensé, il est vrai, mais qui vous recevra de nouveau avec la plus grande bonté, avec miséricorde, et même avec la joie la plus vive. C'est ce que nous allons considérer aujourd'hui pendant quelques instants, dans la parabole de l'enfant prodigue, que presque tous vous connaissez, j'en suis sûr. Considérez :
I. La faute de l'enfant prodigue. Il exigea de son père, avec grossièreté et arrogance la part de son héritage, qui ne lui appartenait pas encore; par là il insultait à son père, comme si celui-ci ne lui donnait pas ce qui était convenable. Si le cœur du père qui l'aimait si tendrement, qui avait pris de lui des soins si paternels, devait être affligé, il devait ressentir une affliction bien plus grande encore, en voyant que son fils le quittait complètement, ne s'embarrassait plus de lui, préférait des camarades corrompus, des hommes méchants à son propre père, et les aimait plus que lui. — Chers enfants! n'avez-vous pas fait quelque chose de semblable ? Vous aussi , vous avez si souvent attristé gravement le cœur de votre Père céleste ; vous aussi vous n'avez pas voulu demeurer près de lui, le servir, lui qui vous a créés, qui vous a adoptés pour ses enfants, comblés de bienfaits et vous a promis le riche et glorieux héritage du ciel. Vous avez abandonné Dieu, vous l'avez oublié, méprisé, vous avez passé des jours et des semaines sans penser à lui ; vous avez préféré à Dieu, de mauvais camarades, de misé-
rables plaisirs, des amusements frivoles. Ah! chers enfants, quelle ingratitude ! Quelle offense vous avez faite à votre Père céleste!
II. Considérez la misère où fut réduit l'enfant prodigue. L'argent que son père lui avait donné, il le dissipa, en menant une vie criminelle et débauchée. Réduit à la plus profonde misère, lui, le fils d'un homme riche, il fut obligé de s'engager comme domestique dans une ferme, de garder les cochons, et il aurait voulu apaiser sa faim en partageant avec ces animaux leur vile nourriture. A moitié nu, réduit à une affreuse maigreur, représentant la misère dans tout ce qu'elle a de hideux, il était à peine reconnaissable, tellement il différait de ce qu'il avait été dans la maison paternelle. — Vous aussi, chers enfants, vous avez dissipé et perdu ce que votre Père céleste vous avait donné. Vous avez perdu et dissipé le temps précieux que Dieu vous avait accordé pour gagner le ciel ; vous avez passé des heures, des jours, des semaines, des mois et des années, sans penser sérieusement à Dieu et au salut de votre âme. Vous avez dissipé tant de grâces que Dieu vous avait accordées, que Jésus-Christ avait acquises pour vous par son sang précieux; vous avez perdu tant de bonnes inspirations, tant d'avis donnés à la maison par vos parents, au catéchisme et au confessionnal par le prêtre, tant de messes auxquelles vous aviez assisté, tant de confessions que vous aviez faites. Au lieu de devenir plus sages, vous êtes devenus plus méchants; au lieu de mériter le ciel, vous vous êtes livrés à l'enfer, ou du moins vous vous en êtes approchés; vous, les enfants du Très-Haut, les bien-aimés de Dieu, vous êtes devenus les esclaves du péché, les valets du démon ; vous avez suivi sa volonté, vous avez fait ce que, par vos mauvais désirs et vos passions, il vous commandait. Vous aussi vous avez désiré la vile nourriture des pourceaux, vous avez peutêtre eu le désir de faire des choses tellement vilaines et mauvaises, que les animaux en auraient rougi, s'ils avaient eu la raison. Votre âme aussi, elle qui était l'image de Dieu, ornée d'une beauté toute céleste, chérie du Seigneur, elle est devenue une image de l'esprit impur, un vase d'ignominie, oui quelque chose de hideux comme un cadavre en putréfaction,
de sorte que votre ange gardien ne pouvait plus reconnaître en vous l'enfant, tel que vous étiez après avoir reçu le baptême, et qu'il devait, en pleurant, détourner avec tristesse ses regards loin de vous. Petits garçons, petites filles, enfants prodigues aussi, qu'êtes-vous devenus par le péché !
III. Mais l'enfant prodigue ne demeura pas dans son péché et sa misère; il se leva et il retourna vers son père. Et comment s'y est-il pris? D'abord il a réfléchi à sa misère : « Combien d'ouvriers etc. et moi je meurs ici de faim.» Il se repentit amèrement d'avoir fait de la peine à un père si bon, si aimable, de l'avoir quitté, et il prit la ferme résolution de retourner près de lui : « Je me lèverai, dit-il, j'irai vers mon père; » et il eut la volonté sincère d'avouer ses torts; car il dit : « Je lui dirai : mon père, j'ai péché etc. (de sorte qu'il voulait reconnaître ses fautes, mieux obéir à son père et réparer ses torts par une vie dure et pénitente, en servant comme domestique chez lui); cette résolution, il l'exécuta fidèlement, car il retourna vraiment chez son père. — Et vous aussi, chers enfants, sans doute que vous ne voulez pas demeurer dans le péché, ni dans la misère où le péché vous a réduits. Pour vous aussi s'ouvre un chemin, si vous voulez retourner à votre père céleste; c'est le chemin que suivit l'enfant prodigue, le chemin de la pénitence, du repentir. Comment, à l'exemple de l'enfant prodigue, vous devez d'abord, par un sérieux examen de conscience, reconnaître vos péchés et votre malheur; comment vous devez vous repentir d'avoir offensé votre bon Père, votre aimable Sauveur ; comment vous devez être résolus à vous convertir, à mieux vivre, à ne plus jamais offenser Dieu, à faire pénitence de vos péchés, etc, c'est ce que je vous ai déjà expliqué et vous avez fait tout cela. Maintenant le jour est arrivé, où, comme l'enfant prodigue, vous devez exécuter votre résolution, vous jeter aux pieds du Père céleste, du bon Sauveur, et de son ministre (le prêtre) et lui dire : « Mon Père, j'ai péché, » c'est-à-dire: il est arrivé le jour où vous vous accuserez avec sincérité et douleur de tous vos péchés, de tous vos égarements. Car sans cette confession sincère de tous vos péchés, au moins mortels, il est impossible d'obtenir de Dieu le pardon. Mais afin
que vous confessiez d'autant plus volontiers et plus sincèrement vos fautes, nous considérerons de quelle manière Dieu vous recevra, et quels grands biens, quelles grâces vous obtiendrez par la confession et l'absolution.
IV. De quelle manière l'enfant prodigue a-t-il été accueilli par son père? Celui-ci ne l'a-t-il pas puni comme il le méritait, ou du moins ne lui a-t-il pas adressé quelques paroles sévères, quelques reproches sur son inexplicable étourderie? Non, il n'a pensé qu'au retour de son enfant qui était perdu, tout le chagrin qu'il lui avait causé, oui, tout était oublié devant la joie d'avoir retrouvé son fils; il n'attendit pas que son fils fut près de lui, mais il se précipita à sa rencontre, il l'embrassa tendrement, il lui donna le meilleur des habits, et lui mit au doigt un anneau d'or ; il fit préparer un magnifique festin, il le reçut, non comme un domestique, mais comme son fils bien-aimé. Ah ! que devait-il alors se passer dans le cœur du fils ! Quelle joie, quel amour, quel repentir devaient remuer et remplir son âme!
Et vous, chers enfants, de quelle manière serez-vous reçus par votre Père céleste ? De la même manière que l'enfant prodigue fut reçu par son père ; votre Père aussi est venu à votre rencontre. Malgré toute la douleur que vous lui avez causée, et que vous lui causiez encore chaque jour, il ne vous a pas oubliés. Que feriez-vous, si quelqu'un vous disait tous les jours des injures, s'il vous outrageait, et cela pendant des années entières ? A la fin ne perdriez-vpus pas patience ? Eh bien ! Dieu a eu patience avec vous pendant plusieurs années, il ne vous a pas châtiés malgré vos nombreuses fautes ; bien plus, comme s'il n'avait pu être heureux sans vous, il ne s'est pas donné de repos qu'il ne vous eût rappelés dans la maison paternelle, près de son cœur de père. Il vous a appelés pour assister aux instructions de la première Communion ; il vous a parlé tant de fois intérieurement ; il vous a donné maintenant la volonté de faire une bonne confession générale. Et quand vous viendrez à lui, quand vous vous confessereZj bien : oh ! avec quel amour, avec quelle bonté et quelle miséricorde,il vous recevra! Il ne vous adressera pas, à cause de vos péchés, des reproches, quoique vous les ayez bien
mérités ; non, tout est pardonné, tout est oublié. Il vous parlera par la bouche du prêtre, et il vous dira intérieurement par la douce voix de la grâce, au fond de votre cœur : « Mon fils, ma fille, allez, vos péchés vous sont pardonnes. » Que Marie Madeleine dut être heureuse quand elle entendit ces paroles de la bouche de Jésus-Christ ! Et vous aussi que vous devrez vous sentir heureux, quand il vous adressera les mêmes paroles ! Rappelez-vous encore une fois, chers enfants, quel mal affreux, quel monstre c'est qu'un seul péché ! et voilà que maintenant, d'un seul coup, vous êtes délivrés de tous les péchés. Quelque grandes qu'aient pu être vos fautes, vous deviendrez purs, votre âme sera lavée et purifiée dans le sang de l'agneau, elle sera blanche comme la neige qui vient de tomber du ciel. Votre âme était autrefois devenue affreuse à cause du péché ; voilà qu'elle sera ornée de la main de Dieu, revêtue de la robe de la grâce, elle deviendra si belle, si ravissante que Dieu lui-même et les saints Anges se plairont à la contempler. Tandis que, auparavant, vous deviez trembler devant Dieu, ce juge sévère que vous aviez si souvent offensé, craindre ses jugements terribles et redouter l'enfer, — voilà que vous pourrez de nouveau, libres et heureux, lever vos yeux et vos mains vers le ciel, et saluer ce Dieu si grand, si saint, du doux nom de : « Père. » 11 abaissera avec une joie céleste ses regards sur vous, il vous aimera de l'amour le plus tendre, il se tiendra si près de vous, que, lorsque vous le voudrez, vous pourrez vous entretenir avec lui dans la prière. Et de même qu'il se réjouit dans le ciel avec tous les Anges et les Saints, à cause de votre pénitence ( « car dans le ciel il y a de la joie pour un pécheur qui fait pénitence »), de même il vous prépare sur la terre un banquet sacré, un festin admirable ; vous savez de quel festin je veux parler, c'est de celui après lequel votre cœur soupire depuis si longtemps et si vivement, la sainte Communion.
Et vous pourrez vous y présenter, dignes et purs ; vous pourrez le recevoir, le doux Sauveur, et avec lui se lèvera dans votre cœur le céleste soleil de la grâce. De même que le soleil, au printemps, fait naître les boutons, les feuilles et
les fleurs ; répand une vie nouvelle et joyeuse dans les campagnes et les forêts ; de même, Dieu réveillera dans votre cœur, une vie nouvelle et heureuse, il y fera naître les boutons, les feuilles et les fleurs de la piété, des plus aimables vertus, des saintes pensées et des bonnes œuvres. La paix du Seigneur habitera dans votre Ame, vous goûterez une paix dont vous ne connaissiez rien auparavant et que vous ne soupçonniez même pas ; et vous ressentirez par vous-même combien sont vraies ces paroles de S. Bernard :
Aucune langue ne peut dire, Nulle plume ne sait écrire, Jésus! ce que c'est vous aimer ; Pour le croire, il faut l'éprouver.
Et après que vous aurez mené une vie tranquille et heureuse, la glorieuse couronne de l'immortalité, à laquelle vous avez de nouveau droit et qui vous a été promise, vous attend là-haut dans le ciel. — Sous le règne de Léon, empereur d'Orient, on accusa un des principaux citoyens, appelé Michel, d'avoir conspiré contre lui, et l'empereur ordonna de le mettre à mort. L'impératrice pria et supplia son époux d'accorder la vie au malheureux, mais ce fut inutilement. L'unique grâce qu'elle put obtenir, fut que l'exécution serait remise jusqu'après les jours de fêtes de Noël. Mais qu'arriva-t-il ? Pendant ce temps, éclata une révolution, le peuple massacra l'empereur Léon et proclama Michel empereur, à la place de celui qu'on venait de faire mourir. Quand il entendit le vacarme et les cris s'approcher de sa prison, il devait penser sans doute qu'on venait le prendre pour le conduire à l'échafaud ; il attendit donc, pâle et muet, l'apparition du bourreau. La porte s'ouvrit, et devant ses yeux se présentèrent les principaux d'entre le peuple qui le saluèrent empereur. Quel changement ! Il n'y a que quelques moments, il était prisonnier, méprisé de tous, maltraité, condamné à mourir; et maintenant, voila qu'il est salué avec joie et respect, on le revêt de pourpre et d'or, on le conduit au palais impérial, on le fait monter sur un trône resplendissant, où on lui ceint la tête de la couronne. De quelle joie tout son cœur
dut-il tressaillir ! Chers enfants, plus grand encore est le changement qui s'opère chez le pécheur et aussi chez vous, si vous faites une bonne confession. Si auparavant vous avez été un objet d'horreur aux yeux de Dieu, et serrés dans les chaînes du démon, maintenant vous pourrez vous reposer comme des enfants tendrement chéris, sur le cœur du Père céleste ; si, auparavant vous avez été abandonnés des Anges et des Saints, pleures par votre Ange gardien, maintenant vous serez salués avec une sainte joie et protégés par eux comme leurs frères ; si auparavant vous avez été sur le chemin de l'enfer, maintenant vous allez entrer dans le chemin qui conduit au royaume éternel, à la couronne céleste.
Chers enfants, quel bonheur, quelle joie remplira et dilatera tout votre cœur, quand vous recevrez la sainte absolution ! Pour que vous puissiez goûter ce bonheur et cette joie, prenez de nouveau, en ce moment, la résolution de vous confesser avec une grande franchise et une contrition aussi grande que possible; demandez au divin Sauveur, dans le saint Sacrement de l'autel, qu'il daigne vous accorder sa grâce. Et si vous avez réellement cette volonté, entrez alors tranquillement et sans la moindre crainte au confessionnal : vous y trouverez, comme l'enfant prodigue, un Père plein d'amour et de miséricorde. Ainsi soit-il.