MANIÈRE DE DONNER L'INSTRUCTION
Il est aisé de comprendre qu'il ne s'agit pas ici de montrer ou d'expliquer de quelle manière on doit faire le catéchisme, quelle est la méthode qu'il faut suivre, mais d'exposer succinctement ce qu'il y a à observer en donnant l'instruction préparatoire à la première Communion.
Avant tout donc, il faut que le catéchiste, dans sa conduite à l'égard des enfants, se montre tout rempli de charité et d'une sainte gravité. Se montrer froid, indifférent, dur et sévère à leur égard, ce serait produire sur eux un effet extrêmement nuisible et l'on ne réussirait guères à leur imprimer les sentiments qui doivent les animer. Ce sont leurs cœurs que l'on doit gagner avant tout, et leur cœurs seront gagnés, quand ils verront que le catéchiste leur porte un amour sincère et dévoué; quand ils s'apercevront que leur instruction, leur préparation à la première Communion est une affaire qui lui tient au cœur et lui procure une véritable jouissance. Les punitions, il ne doit les employer que dans des cas exceptionnels. Les enfants doivent être si bien disposés, qu'un simple avis un peu sévère, une réprimande, ayant trait à la première Communion, suffise pour les rappeler à Tordre ou à leur devoir.
Surtout que l'on soit bien doux et bien patient avec les enfants d'une intelligence plus faible; qu'on n'exige pas plus que ce dont ils sont capables ; qu'on tâche de les encourager, de leur inspirer de la confiance et d'exciter ainsi leur zèle (1).
(1) Il arriva qu'un jour où les enfants s'étaient plus dissipés que de coutume, un grand nombre d'entre eux n'avaient pas appris leur leçon de catéchisme. Je leur déclarai, que c'était la première fois qu'un pareil cas s'était présenté pour moi chez des enfants qui voulaient faire leur première Communion, et que j'en étais bien triste; je leur dis que je n'étais pas d'avis de leur donner des explications ou de les garder pendant une heure comme de coutume ; allez, leur dis-je, allez devant le saint Sacrement demander pardon, et retournez chez vous apprendre de nouveau votre leçon. — L'impression que produisirent ces quelques paroles sur les enfants, fut très vive et dans la suite je n'eus plus de motif de me plaindre.
Si le catéchiste doit éviter d'être rude et sévère, il doit éviter également le défaut contraire. Ce serait en effet une grande maladresse de croire qu'il faut gagner les enfants par des badinages, des flatteries et des caresses, par le récit de farces et d'histoires pour rire. Non-seulement ce serait perdre un temps précieux, mais mettre un obstacle aux pieuses dispositions qui doivent animer ces jeunes cœurs, et les exciter à la dissipation ou an désordre. Non, une sainte et douce gravité doit percer dans toute la conduite du catéchiste ; il faut que les enfants remarquent qu'il s'agit de quelque chose de grand, de saint, de vraiment important; que le catéchiste les considère maintenant avec des yeux tout autres, en un mot je dirai qu'un saint respect doit dominer dans toute l'instruction. Au reste, nous ne pouvons que répéter ici, ce que nous avons déjà dit : Le catéchiste doit chercher à se mettre luimême dans les meilleures dispositionspossibles ; alorsil saisira le vrai ton, la véritable manière d'instruire, et il excitera chez les enfants les sentiments convenables.
Un peu plus haut nous avons fait la remarque que l'instruction préparatoire à la première Communion, ne doit pas être sèche et aride, ni consister simplement dans des explications qui s'adressent à l'intelligence; non, elle doit s'emparer du cœur et de la volonté des enfants. C'est pourquoi, après avoir exposé à l'intelligence tous les principes renfermés dans une proposition, et les vérités qui en découlent, le catéchiste doit, par une allocution animée, par le récit d'exemples émouvants, chercher à réveiller dans le cœur des enfants des sentiments qui correspondent à ces vérités et faire en sorte qu'ils soient amenés à prendre des résolutions conformes.
A ces instructions viendront se joindre des exercices spirituels. Sans ceux-ci, le reste demeure à l'état de simple théorie, qui ne devient rien de réel, de pratique pour la vie. Parmi ces exercices, celui qui occupe la première place, c'est la visite au S. Sacrement, laquelle peut se faire très convenablement en commun, après chaque heure d'instruction. La manière dont cette visite devra se faire, est expliquée dans l'introduction aux instructions sur la sainte Eucharistie. Une remarque que nous ne devons pas oublier ici, c'est que, pen-
dant cette visite, le catéchiste a l'occasion d'exprimer, par une prière à haute voix, les actes correspondait à l'instruction donnée, ou d'exciter les enfants à les faire en silence; ainsi il pourra faire un acte de remercîment pour l'institution de ce Sacrement d'amour, exprimer un acte de désir pour le recevoir, un sentiment d'horreur pour la Communion indigne. De cette façon, on obtiendra un résultat qui est d'une extrême importance : les enfants apprendront à prier. Si l'on néglige ce point, les suites de cette négligence sont fatales, comme le fait remarquer un publiciste distingué, dans les paroles suivantes : « A notre époque, où l'on se croit si fort en progrès, si avancé dans la civilisation, il y a un mal qui règne, d'une façon effrayante, dans les âmes, et que nous ne pouvons exprimer autrement qu'en le désignant sous le nom de grossièreté spirituelle et religieuse. De même qu'un homme mal élevé, qui ne sait comment converser ou se conduire dans une société polie, s'y ennuie, y est sur les épines ; de même, de nos jours, un grand nombre de chrétiens, quand il s'agit de pratiquer la piété, de converser avec Dieu, de traiter les choses célestes, n'y trouvent qu'ennui et fatigue; ils en ont une espèce d'aversion et pourquoi? Parce qu'ils ne savent ni comment se mouvoir, ni comment vivre dans cette atmosphère religieuse. Mais cette grossièreté intérieure, cette stupidité de l'âme, pour tout ce qui est surnaturel et divin, ne se montre nulle part d'une manière plus frappante, que lorsqu'il s'agit de communier sacramentellement, parce que alors l'homme est le plus directement en contact avec Dieu, et que la foi dans sa présence exige la dévotion la plus vive, la plus ardente. »
Il est de plus très important que, dès les instructions préparatoires et pendant le cours de celles-ci, les enfants s'approchent dignement du tribunal de la Pénitence. C'est pourquoi on leur fera remarquer tout d'abord, qu'une ère nouvelle va s'ouvrir dans leur vie, qu'ils doivent commencer la préparation à la première Communion, en renonçant à leurs anciens défauts, et en changeant sérieusement de conduite, ce en quoi les aidera le bon Sauveur, dans le sacrement de Pénitence. Pour entendre ces confessions, il faut
du côté du confesseur une grande prudence, de la patience, de la charité et 4u zèle (1). La malice des péchés dont s'accusent les enfants, doit leur être mise sous les yeux plus vivement qu'autrefois; il leur montrera, par de touchantes exhortations, combien ces fautes, surtout celles qui sont graves, déplaisent au divin Sauveur, et sont un obstacle à ce que Jésus descende avec joie dans leur cœur, avec l'abondance de ses grâces et de ses bénédictions. Que le confesseur excite en eux la ferme résolution de renoncer à ces péchés, et leurs prescrive les moyens de ne plus y retomber. De la négligence, de l'impatience chez le confesseur, pourrait avoir ici des suites très funestes.
D'autres pratiques de piété (que l'on pourrait conseiller ou prescrire, soit pendant les instructions, soit pendant la confession), consistent : dans la récitation de certaines prières pour obtenir la grâce de faire une bonne première Communion (ces prières sont : le Pater, le Memorare, le Chapelet, des aspirations au S. Sacrement : Ame de Jésus, sanctifiez-moi, etc, lorsque les enfants ont un livre de piété ou les savent par cœur); dans la dévotion envers la sainte Vierge, S. Joseph, S. Louis de Gonzague etc., dans l'assistance à la sainte Messe, entendue à cette intention, dans quelques petits pèlerinages, danslarevuejournalièredela conscience, jointe au bon propos et à l'examen particulier de certaines fautes capitales, chose à laquelle on doit veiller surtout pendant les confessions.
Puis les enfants doivent s'habituer à devenir modestes dans toute leur conduite, obéissants, pacifiques, le catéchiste leur rappelant souvent à cet effet l'exemple de Jésus-Christ et la communion qu'ils feront bientôt; à l'occasion, on peut prendre chez leurs parents des informations sur la manière dont ils se conduisent. Qu'on les habitue également à pratiquer quelques mortifications ; car ici encore, le Royaume
(i) Un missionnaire très connu, aussi éloquent qu'expérimenté, disait que rien ne l'effrayait tant que les confessions des enfants. Que de bien on peut y produire, mais aussi que de bévues on peut y commettre! Bien des personnes ne s?.vent pas se confesser d'une manière convenable pendant toute leur vie, parce qu'on ne le leur a pas bien appris dans leur jeune âge.
des cieux souffre violence. Le point principal et sur lequel j'appelle une grande attention, c'est que les enfants ne s'inquiètent pas beaucoup des habillements, qu'ils mettront le jour de leur première Communion. Qu'on leur fasse donc bien comprendre que le divin Sauveur ne fait aucune attention aux habits, mais bien à la pureté, aux vertus qui ornent le cœur, aux sentiments d'amour et de dévotion qu'on a pour lui ; montrez-leur, comment lui-même fut pauvre, que ce furent de jeunes bergers pauvres comme lui et mal habillés, qu'il appella les premiers autour de sa crèche, etc. Citez des exemples qui édifient ou qui effrayent, des exemples d'enfants sages ou orgueilleux. Demandez-leur un sacrifice par lequel ils puissent montrer au divin Sauveur, qu'ils l'aiment, qu'ils tiennent plus à Lui qu'aux beaux habits. Engagez-les à ne point presser ou tourmenter leurs parents pour que ceux-ci leur achètent tels ou tels habits ; à ne pas s'en informer, à ne pas se demander entre eux quel sera le costume qu'aura celui-ci ou celle-là. Lorsque les parents leur parleront de ces choses, ils devront dire : « Mon père, ma mère, je laisse tout cela à votre disposition. » Lorsque des gens sans esprit viendront à en parler, ils répondront. « Je ne m'embarrasse pas de cela, pourvu que je sois digne de bien communier, cela suffit. »
Là où, pour aller à la sainte Table, existe la coutume d'habiller tous les enfants (au moinj les petites filles) d'une manière uniforme, on doit y tenir strictement et ne pas souffrir d'innovations sous ce rapport ; là où cette coutume n'existe pas, on doit tâcher de l'introduire. Tout ce qui est inconvenant dans la coupe ou la forme des habits, doit être impitoyablement supprimé ou repoussé. Qu'on ne néglige pas non plus, d'attirer sur ce point l'attention des parents, qui parfois y mettent plus de vanité que les enfants et leur servent ainsi de pierre d'achoppement; suppliez-les, conjurez-les de ne pas diminuer ou ravir à leurs enfants la dévotion et les grâces de ce saint jour, soit en leur prodiguant de faciès flatteries, soit en leur faisant étaler un luxe ridicule etc(i).
(l) Combien ce point est important, principalement dans les villes,
Les autres pratiques de mortification à conseiller aux enfants, sont de ne pas regarder de côté et d'autre à l'église ou à l'école; de mettre un frein à la curiosité quand ils veulent porter leurs regards sur toutes sortes d'objets et de personnes; de diminuer un peu la quantité de leur nourriture, surtout le vendredi (sans cependant le laisser apercevoir); de se lever un peu plus tôt et avec régularité; de garder le silence à certains moments et dans certaines circonstances; de ne pas se plaindre des aliments, des fatigues, des injures, mais d'offrir tout cela à Jésus-Christ. Quant aux œuvres de charité envers le prochain, elles dépendent de la position des enfants ou plutôt des parents. C'est vraiment un spectacle aussi beau que touchant, de voir parfois de petits garçons, de petites filles engager leur parents, qui sont riches et dans l'aisance, à venir en aide à d'autres enfants pauvres qui doivent faire aussi leur première Communion, à leur fournir des habillements, à les faire dîner avec eux, ce jour-là etc.
Il est aisé de comprendre que l'on ne doit pas surcharger les enfants de pratiques et d'exercices. C'est l'affaire du prêtre d'examiner lesquels sont les mieux appropriés à la position et au caractère des enfants ; quels sont ceux que l'on peut prescrire à tous en général ou à quelques-uns en particulier ; il doit veiller ensuite, autant que possible, à ce qu'on les observe. On dira néanmoins, d'une façon claire et expresse, que la pratique de ces œuvres de piété, de pénitence ou de charité, n'est pas d'une obligation sévère pour eux, et que par conséquent, s'ils les omettent, il n'y a aucun péché.
c'est ce que prouve un fait qui m'est connu. Une jeune fille devait faire sa première Communion ; le matin de ce grand jour, en se levant, elle dit qu'elle n'avait pas fermé l'œil de toute la nuit, parce qu'elle n'avait pu s'empêcher de rêver sans cesse à la belle robe qu'elle allait mettre. D'un autre côté je connais des cas où, par suite des bons avis du catéchiste, des petites filles, d'ailleurs portées à la vanité, allèrent si loin, qu'elles ne dirent pas un seul mot de leurs habillements de première Communion; et lorsque la mère acheta leur robe, elles ne s'en inquiétèrent pas le moins du monde ; ce fut seulement au moment de la mettre qu'elles savaient quelle robe on leur avait confectionnée.