‹ Méthode pratique de langage et de lecture d'Écriture, de Calcul, etc, a l'usage du cours préparatoire des écoles primaires. Livre du MaîtreChapitre 5 sur 70 · M. Gosruao, directeur de l'écol'i de Quimi-erlé · texte numérisé non relu

M. Gosruao, directeur de l'écol'i de Quimi-erlé

pin? développés à leur entrée dans son école, et voici les résultats auxquels il est arrivé :

M'its >e rapportant aux parties du corps 28

— — à la parenté .• 29

— — à 1 habitation 31

— aux aliments 50

— — aux vêtementïî 24

— — aux maladies 16

— — aux animaux 38

— — aux instruments aratoires 18

— — aux monnaies et aux métaux 11

— — aux professions ; 19

— — * aux accidents géographiques 27

— — à la division du temps 14

— — aux choses de la religion 54

— — aux qualités et aux manières detre

(adjectifs) 54

— — aux actes et aux états (verbesy 100

Total 513

« Ces 513 mots sont un maximum, dit-il, et bien des enfants ne les possèdent pas. »

Il ne faudrait pas croire non plus que ces 500 mots correspondissent dans Tespril du petit Breton à autant d'idées nettes et précises sur lesquelles on puisse tabler pour édifier son instruction. Ce sont des impressions qu'il a bien plus que des idées, et il n'a ^uère besoin de mots pour les rendre; sa pensée reste vague et ne dépasse fiuère la rêverie. « Le petit paysan breton est abandonné à luimême dès qu'il peut marcher, écrit M. Poitrineau, inspecteur d'académie à Vannes; on ne s'occupe plus de lui; il n'est l'objet d'aucun soin, ni moralement, ni pbysi- (juement; tout au plus lui fait-on dire quelques mots de prière le matin et le soir : encore c'est rare. Il est une gêni^ dans la maison, en attendant qu'il devienne une aide. A peine vêtu, malpropre, il patau^'e loulela journée par les chemins, mange a l'écart un moiceau de pain noir, joue peu et ne parle pas. Quand il atteint cinq ou six ans, on Commence a lui confier la garde des vaches, au milieu d'une lande ou d'un pré. Il va continuer là sa vie solitaire, s'amusant à faire claquer son fouet, appelant son chien,

LA MÉTHODE. iô

courant après ses vaches, ou, s'il fait mauvais temps, accroupi silencieusement denière un buisson ou au pied d'un arbre. Rentré chez lui, il ne parie guère davantn^'e : Je Brelon, on le sait, est taciturne, peu expansif. Lorsqu'il a huit ou neuf ans, si l'école n'est pas trop éloignée, ou songe à l'y envoyer : il faut bien qu'il apprenne son catéchisme et qu'il puisse faire sa première communion. Le voilà à l'école, qu'il fréquentera assez irrégulièrement, et où il passera trois ans au plus. S'il a huit ans d'âge physiquement, il en a trois à peine pour le développement intellectuel. Y a-t-il lieu, dans ces conditions, de tenir compte des quelques mots bretons qui lui ont suffi pour traîner jusque-là une vie aussi rudimentaire? Je ne le crois pas. Mieux vaut admettre qu'il ne sait rien et commencer avec lui par le commencement, comme on fait à l'école maternelle. » Nous sommes de cet avis : si l'enfant qui arrive à l'école sait si peu de chose, il est plus simple de le considérer comme ne sachant rien et de tenir son acquis pour une quantité négligeable.

5" Mais il y a, pour se servir exclusivement du français, une raison déterminante et qui va bien au delà de la question bretonne, c'est qu'on apprend mal à parler une langue, quand on l'apprend par la traduction. L'exemple des élèves de nos lycées et collèges en fait foi : encore leur situation n'est-elle pas la même, puisqu'ils savent le français, tandis que le petit Breton ne sait pas le breton. Quoi qu'il en soit, n'est-il pas vrai qu'après avoir étudié Tallemand ou l'anglais pendant six ou sept ans, s'ils arrivent à faire un thème à peu près correct et à traduire un texte, ils sont généralement incapables d'entendi'e et de parler couramment, soit l'allemand, soit l'anglais? Même les plus forts ont, en parlant, des hésitations et des lenteurs que n'ont pas les jeunes gens qui sont allés dans le pays, qui sont moins instruits à coup sûr, mais qui ont vécu dans un milieu oij l'on ne parlait (\u allemand ou anglais. Kt la raison en est bien simple. Quand on traduit, on va d'un mot à un autie mot, et non pas de l'objet ou de l'idée au mot qui les exprime.

L'élève qui ne fait que traduire n'arrive pas à penser dans la langue qu'il apprend; les mots de cette langue

n'ont pas pour lui une valeur propre et directe; ce ne sont que des équivalents. Quand il veut parler, il pense toujours dans sa langue maternelle et il s'essaie ensuite à traduire. Kh bien ! ce qu'on remarque chez ceux qui n'ont étudié rallemand ou l'anglais que dans les livres, se remarque également chez les bretons qui savent le français. I.es élèves de l'École normale de Quimper, au moins ceux de première année, pensent encore en breton; ils rêvent en breton. Pour parler ou pour écrire en français, ils sont obligés de traduire; de là une gène réelle et des difficultés de toutes sortes pour exprimer leur pensée, d'autant que le breton n'a aucune parenté avec le fiançais, ni comme vocabulaire, ni comme syntaxe, et que ses mots n'ont pas toujours dans la langue française leur équivalent exact et complet.

Toutes ces raisons nous amènent à conclure que l'introduction du breton dans les écoles primaires est plutôt un obstacle qu'un secours pour l'étude pratique de la langue française.

Dans les autres parties de la France, les enfants arrivent à l'école comprenant et parlant le français; dans la Basse-Brelagne, ils y arrivent incapables de comprendre et d'exprimer quoi que ce soildans la langue de l'école : une conséquence toute naturelle de cette difîérence, c'est qu'il devrait y avoir dans toutes les écoles de la Basse-Brelagne une classe, ou au moins une section préparatoire, dans laquelle les débutants apprendraient ce que les autres enfants apprennent ailleurs dans la maison paternelle, et par les mêmes moyens. Ce cours toutefois ne devrait pas être absolument le même que celui des écoles maternelles. Les petits enfants qui fréquentent ces écoles, si jeunes soient-ils, possèdent déjà les premiers rudiments de la langue française, tandis que ces rudiments font défaut aux petits Bretons; d'autre part, ceux-ci sont généralement, par suite de l'éparpillement de la population et de leur éloignement des établissements scolaires, plus âgés que les élèves des écoles maternelles, et l'on peut ne pas les traiter

comme de tout jeunes enfants. On peutaller plus vite avec bux, en raison de leur force physique et de certaines qualités inhérentes à leur race : s'ils ne sont ni vifs, ni ardents, ils sont assidus, tenaces, réfléchis* ; si leur imagination et leur intelligence sont encore à l'état latent, pour ainsi dire, elles peuvent facilement être éveillées, et elles se développeront d'autant plus vite qu'elles ont été jusque-là moins fatiguées. Ce cours nous paraîtrait donc réclamer un programme et un emploi du temps particuliers.

Programme. — Il ne peut être question ici de cet ensemble encyclopédique des connaissances enseignées, à l'état tout à fait rudimentaire il est vrai, aux élèves des écoles maternelles. Ce qu'il faut apprendre avant tout aux petits Bretons, c'est à comprendre et à parler le français. C'est vers ce but que la classe tout entière doit être orientée; les autres exercices ne peuvent être que l'accessoire des exercices de langage.

On devra d'abord apprendre à l'enfant les noms des objets qui l'entourent. Point n'est ici besoin du breton, puisque l'élève peut aller directement de la chose au mot qui l'exprime. Le maître montre un objet et il le nomme; les enfants répètent en chœur, puis individuellement, à tour de rôle. Il veille à ce que la prononciation soit nette et correcte. Il sera bon qu'il joigne à chaque nom le, la; itn une; mon, ma, etc., ce qui n'augmente guère la difficulté, pour leur apprendre la différence des genres : l'expérience a montré, en effet, que la distinction des genres est une des choses que le Breton, comme tous les étrangers du reste qui étudient notre langue, apprend très difficilement. Il passera ainsi en revue tout ce qui se voit dans la classe : les outils dont l'élève se sert (livre, cahier, plume, etc.); les objets mobiliers (tableau, banc, etc.); les diverses

1. Il faut les voir, un doigt do la main gauche appuyé sur le livre pour marquer l'endroit où ils en sont, pendant que leur main droite travaille a copier sur un cahier un texte que d'ordinaire ils ne comprennent pas. Avec quelle application ils accomplissent leur tâche ! C'est à peine si la présence de l'inspecteur, dont l'arrivée dans la classe est partout ailleurs un événement, est capable de leur faire lever la tête et do las en distraire.

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