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la métaphysique en la faisant dévier de sa route. Celle-ci, en effet, ne se rendit pas un compte exact de la raison de cette certitude qu'elle enviait aux sciences mathématiques ; elle crut qu'elle aussi pouvait y prétendre (1), et qu'il suffisait pour y parvenir, de suivre la même voie, et de recourir pour la démonstration au raisonnement déductif dont Aristote avait si parfaitement formulé les lois.
C'est cette illusion qui a traversé les âges, et fait perdre le fruit de tant d'opiniâtres travaux à ces nombreuses générations de penseurs qui se sont succédé depuis les temps antiques.
L'erreur était assez naturelle, il faut l'avouer. Cette forme sévère du raisonnement, si nettement arrêtée par un des plus grands esprits dont la Grèce s'honore, il semblait qu'il dût suffire de la revêtir, d'en faire le moule de la pensée, pour
1. Le fait est d'autant plus facile à concevoir qu'en ce temps le géomètre et le philosophe ne faisaient très-souvent qu'un seul homme ; par suite, le chercheur portait naturellement dans son travail métaphysique le même esprit qui le guidait dans ses études mathématiques. Aussi croyons-nous assez probable que Platon lui-même, avec ses habitudes de géomètre, n'a pas toujours reproduit exactement la pensée de son maître : on sent parfois qu'il dévie un peu de la méthode Socratique dans le but de poursuivre la certitude. De là une certaine incohérence dans sa marche.
MÉTHODE SPINOSISTE 73
écarter toute chance d'erreur. Ainsi, pour nous borner aux temps relativement voisins du nôtre, voyons-nous le syllogisme régner souverainement dans les écoles du moyen-âge ; et plus récemment encore, n'est-ce pas dans ce cadre, en apparence si sûr, que Pascal nous engage (1) à modeler nos arguments, si nous voulons saisir la vérité dans sa complète certitude, dans sa pureté parfaite?
Pendant que le solitaire de Port-Royal formulait en huit règles les préceptes à suivre, un autre solitaire, sous le ciel brumeux du Nord, les mettait en pratique. Après avoir débuté, sans doute pour se faire la main, par un résumé de la Philosophie Cartésienne, more geometrico demonstratœ, il se livrait bientôt à sa propre inspiration, écrivant, toujours avec l'appareil de la géométrie, sa fameuse Ethique ; prodigieux tour de force oii partant de la définition de la substance et de certains axiômes, il parvenait de théorème en théorème à embrasser dans ses déductions tout l'ensemble même de l'univers. En ce temps-là, le Panthéisme put croire qu'il avait trouvé son Euclide,et gravé pour jamais sur des tables d'airain ses indestructibles principes.
Il n'en était rien. Nous n'avons pas ici pour but,