Si l'on entend par ce mot, comme c'est l'usage, une
même où l'esprit crée par synthèse le concept de cette figure formée de trois droites se coupant deux à deux, en même temps la raison décide instantanément et souverainement de la possibilité de ce concept, car son attribut fondamental est de décréter le possible. Devant ce jugement immédiat et tout intuitif, le postulat s'évanouit avant d'être né, l'évidence étant irrésistible. La première proposition est donc simplement l'exposé de l'essence même de l'objet, tel que la raison l'a conçu, et conséquemment elle constitue sa définition. Donc ce qu'on appelle la définition du triangle contient réellement une double définition : la définition de l'objet même, et la définition du mot qui le doit nommer. N'y voir qu'une définition verbale est donc une grave erreur.
Ici c'est donc Spinosa qui a raison contre M. Mill. Mais s'agit-il maintenant des objets de la seconde catégorie, de ceux dont l'existence, au lieu d'être l'œuvre de la pensée humaine, en est absolument indépendante ? Alors M. Mill se trouve en situation de prendre sa rewmchc : dans ce cas, en elTet, on est, selon nous, pleinement
proposition non démontrée, à la rigueur contestable, et qui demande, avant d'être définitivement admise, à être y^rifiée dans se$ conséquences.
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en droit de dire : il n'y a point de définition possible.
C'est en vain que Spinosa nous promet une méthode pour parvenir à la définition des objets de ce genre : ici la nature des choses ne peut que se montrer entièrement réfractaire aux efforts mêmes de son puissant esprit. Aussi son travail, inachevé sur ce point, n'est-il guère à regretter, car il ne pouvait aboutir (l).
L'Univers n'étant pas l'œuvre du philosophe, comment celui-ci pourrait-il acquérir la notion absolue de son essence, notion dont la possession
1. Spinosa pose d'abord (loco cUato. p. 338) quatre conditions à la définition « des choses incréées. » Les trois pi'emières indiquant seulement ce que la définition ne doit pas être, sont purement négatives, et par suite sans intérêt pour notre but. La quatrième est simplement la répétition de la deuxième règle relative aux choses du premier groupe. Gela fait, il se propose de nous«donner le moyen d'obtenir la définition même, car autre chose est de connaître les conditions àfiemplir, autre chose est de savoir comment les remplir. Seulement le livre s'arrête juste là, de sorte que nous n'avons pas le dernier mot de son auteur; à moins qu'il n'ait ^ini par soupçonner l'impossibilité de sa tâche : il arrive à tout penseur, en efTet, de ne reconnaître la fausseté d'une idée longtemps caressée comme vraie, que qo'di^ il est obligé de la serrer d'assez près pour la formuler avec précision.
constitue une condition sine qiiâ non de sa définition ?
Serait-ce par hasard l'expérience qui viendrait la lui fournir? Sans doute, l'expérience est en état de le conduire à une certaine science de la nature, mais l'expérience n'atteint que les lois des phénomènes, elle ne voit que l'extérieur des choses et leurs manifestations, elle ne pénètre point dans leur essence intime, et c'est pourtant l'être même qu'il faudrait saisir pour le fixer dans une définition. Aussi les définitions de choses, telles que la science expérimentale les construit, ne décèlent en rien l'essence. Si l'on veut s'en convaincre, il suffit de se reporter à leur mode de formation. Venant au secours de l'expérience, l'abstraction, dans le but de mettre en ordre les résultats acquis, forme des classifications, c'est-à-dire constitue des cadres où se rangent les choses. Réunissant les objets qui ont des qualités communes plus ou moins saillantes, et mettant de côté les différences secondaires qui les séparent, elle constitue ainsi des groupes qui prennent le nom de genres ; puis ces genres une fois formés, elle rapproche de la môme manière les plus voisins d'entre eux par l'élimination des différences pour constituer d'autres groupes d'ordre supérieur qu'elle soumet à leur tour aux mêmes opérations.
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L'ensemble des qualités communes à chaque groupe forme d'ailleurs la définition du groupe, et pour définir un des objets qu'il contient, il suffit d'ajouter à la définition du genre la différence qui fait le caractère spécifique de cet objet. Mais parvient-on de la sorte à de vraies définitions ? Évidemment non.
Examinons d'abord les idées générales ainsi obtenues. A mesure qu'on s'élève dans la série des concepts abstraits, si, d'une part, ils s'étendent à des êtres de plus en plus nombreux, d'autre part, ils sont de moins en moins compréhensifs, c'est-à-dire que le nombre des qualités communes va constamment en diminuant. On ne gravit un échelon qu'en abandonnant au moins une propriété de chaque objet, car pour composer un groupe supérieur, il faut mettre de côté les différences que présentent les êtres destinés à y entrer. Par suite, le terme le plus élevé de cette série, en même temps qu'il est le plus général, est aussi le plus pauvre et le plus vide. Impossible donc de redescendre l'échelle par voie déductive. Le seul moyen de réformer celle-ci en partant du sommet, c'est de restituer à chaque échelon les différences soustraites; or, ces additions successives ne sont pas au pouvoir de la déduction, celle-ci ^'ext•'^^nt d'un
contenant que le simple contenu renfermé. Elle aurait beau, par exemple, tourmenter de toutes façons l'idée générale de mammifère, jamais elle n'en ferait logiquement sortir ni la poche de la sarigue, ni le quadruple eslomac du ruminant, ni la raison de l'homme.
Il faut donc bien se garder de confondre l'idée abstraite avec l'essence : nous avons tous l'idée abstraite de vie, et pourtant nul ne sait ce qu'est la vie ; ce mot résume pour nous tout un ensemble .de phénomènes connus, mais nous ignorons absolument l'essence de leur cause. L'abstraction, opérant sur les données de l'expérience, peut bien en dégager l'idée de la vie^ mais elle ne nous donnera jamais la définition de la vie. Semblablement, il nous est des plus faciles d'aequérir l'idée générale de substance; mais en dépit de tous nos efforts, nous ne saurons jamais ce qu'est en soi la substance.
Maintenant, si un genre n'est vraiment pas défini par l'ensemble des propriétés communes à tous les objets qu'il contient, un de' ceux-ci ne saurait l'être par l'énonciation du genre auquel il appartient, accompagnée de la différence spécifique qui lui est propre: en effet, d'après ce qui précède, il est évident que la réunion de ces deux éléments ne réalise en rien l'es-
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sence. Quand je dis: « L'homme est un animal raisonnable », cette proposition fournit bien les deux idées principales entrant dans l'idée générale d'homme, mais que d'inconnues restent encore à découvrir! Sans doute, nous pouvons connaître l'objet et le rôle de la raison, mais saurons-nous jamais ce qu'elle est en ellemême? Le mot animal nous apporte sans doute plus d'une notion précieuse ; mais qui ne voit aussi, sous ce mot, se cacher tous les insondables mystères de la vie? D'ailleurs, malgré toute l'importance de ces deux idées, que d^ ^ choses en dehors d'elles, soit au point de vue de la forme, soit à celui de la composition chimique, de la structure ou du jeu des organes, soit enfin relativement aux facultés de l'esprit, l'observation nous révélera dans l'homme ! Vie et raison, voilà bien deux traits qui permettent de distinguer l'homme de tous les objets qui l'entourent, mais comme ils sont insuffisants pour dessiner complètement son image, pour donner sa formule, pour constituer la notion absolue de son être !
Si l'expérience ne peut nous révéler le dernier mot de rien, et Spinosa dans sa classification de nos divers modes de perception, le reconnaît lui-même, le raisonnement qui cons-
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titiie l'un d'eux, sera-t-il plus puissant? Et la déduction logique, avec ses nécessités inexorables, est-elle de force à pénétrer les essences des choses? Ici encore, notre philosophe est le premier à proclamer que ce mode de perception n'est jamais « adéquat » à l'objet. Nous n'avons donc pas à le combattre sur ce point ; et si dans un moment, l'occasion s'offrant naturellement à nous, et le terrain de la discussion se trouvant tout préparé, nous en profitons pour insister quelque peu sur ce sujet, notre argumentation s'adressera bien moins à lui qu'à certains philosophes spirituahstes qui, de nos jours mêmes, croient encore à la puissance du raisonnement dans la recherche des causes.
Où donc trouver cette précieuse méthode qui doit nous livrer le secret des choses ? Spinosa nous montre à demi la voie qu'il croit la bonne; il nous indique la faculté à mettre en branle, sans nous donner, bien entendu, le moyen de l'y mettre. Toutefois, c'est déjà quelque chose; c'est même assez pour qu'il nous soit possible de juger à fond la valeur du système. Ayant rejeté, sauf un, tous nos moyens de connaître, il ne lui reste plus que le dernier, « l'intuition », et c'est celui-là même qui seul, selon lui, « saisit l'essence adéquate de la chose », et cela
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« d'une manière infaillible. » L'erreur oii il est tombé, malheureusement trop commune encore, est facile à comprendre.
Il a pensé, comme bien d'autres métaphysiciens, qu'il n'est nullement nécessaire d'être l'auteur de l'Univers pour en savoir le dernier mot, pour en connaître l'essence. — L'homme n'a-t-il donc pas la Raison, la Raison intuitive ? Et la Raison ne possède-t-elle pas toute la puissance voulue pour sonder et découvrir la nature intime des choses ? — Hélas ! Non : c'est une illusion complète ; et pour les esprits sérieux, il serait bien temps d'y renoncer, car elle ne produit que des chimères, et par suite ne peut que jeter dans un profond discrédit toute recherche métaphysique. La Raison a son rôle et ses bornes : sachons donc enfin les connaître et les respecter.
Le monde du possible est bien plus vaste que le monde du réel ; le réel rentre sans doute dans la catégorie du possible, mais tout le possible est loin d'être réahsé. Or Vohjei de la Raison, ce n'est pas le réel, mais bien le possible , qu'elle sait nettement séparer de son contraire, excluant résolument l'absurde et le contradictoire. S'agit -il de décider une question de possibilité ? Elle saura la trancher sans appel ; mais ne lui demandez pas de découvrir par elle seule si telle région du
possible est ou non réalisée : là son impuissance est absolue,- car dans la question des essences, 1-e rationnel n'est pas ce qui est, mais seulement ce qui peut être , ce qui n'implique pas contradiction. Aussi, quand oubliant son rôle, la Raison veut atteindre les essences, ses conceptions, malgré toute l'apparence logique dont elles sont douées, ne sont que des vues de V esprit interprétant les choses, autrement dit, ce sont des /lypot/ièses, hypothèses rationnelles sans doute, c'est-à-dire ne renfermant point d'éléments contradictoires; hypothèses souvent très-précieuses, nous le savons, et de la plus haute importance pour la science, car il se peut qu'elles résument admirablement les faits observés ; mais enfia ce ne sont que des hypothèses ; en conséquence, ces vues de l'esprit, peuvent aussi parfois n'offrir aucune ombre de réalité ; dans tous les cas, elles ont besoin du rigoureux contrôle de l'observation avant de prendre rang dans les théories scientifiques, et d'inspirer quelque confiance au penseur accoutumé de mesurer le degré de certitude de toute chose.
Et qu'à défaut de l'intuition immédiate, on ne nous objecte pas, contrairement à la pensée même de Spinosa, ces nécessités logiques, impérieuses, fruits du raisonnement, et entraînant fatalement la certitude : ce n'est certes pas ici le cas. Il y a
Méthode: spïnosi'ste nécessité logique dans ce genre de déduction dont nous avons parlé : quand le géomètre a créé la notion du triangle, en a formulé la définition, les conséquences que le raisonnement en déduit sont rigoureuses, et nous savons pourquoi : cela tient à ce fait qu'ici c'est l'essence elle-même qui est la donnée du problème, et la déduction ne fait qu'en extraire ce qu'elle contient, comme le moulin extrait le son et la farine du froment dont le meunier a rempli la trémie. Mais si l'essence, au lieu d'être la donnée, est l'inconnue même, et c'est le cas du monde réel, alors le problème change du tout au tout. Parfois encore l'on pourra bien rencontrer une nécessité logique, mais il est facile de se convaincre que ce n'est point dans la question des essences. Prenons un exemple bien connu : un corps de pompe plonge-t-il dans l'eau par son extrémité inférieure, tout le monde sait que, si l'on soulève le piston, une colonne liquide monte dans le vide ainsi produit. Appliquant à ce phénomène de l'ascension de l'eau le principe de causalité, la Raison proclamera souverainement la nécessité d'un déterminant, c'est-à-dire l'existence d'un ou de plusieurs phénomènes qui sont la condition nécessaire de l'apparition du premier. A l'aide du principe de la substance, elle pourra aussi, de ces faits indispensables à la production du phénomène
étudié, conclure à l'existence d'une ou de plusieurs substances dont ils sont les manifestations. Ces conclusions de la Raison, d'ailleurs, s'offriront évidemment à nous comme marquées du cachet de nécessité logique, et par suite seront au-dessus de toute discussion. Mais voulons-nous aller plus loin, et nous demander quels sont ces phénomènes dont l'ensemble constitue le déterminisme de l'ascension de l'eau dans le corps de pompe, et quelle est la nature de la substance ou des substances auxquelle on doit les rapporter? Même ici, sans doute, la Raison ne nous fera pas complètement défaut ; seulement ses conceptions, tout le monde le sait, ne seront plus alors que des suggestions dépourvues de tout caractère de nécessité. Elle cherchera dans l'immense champ des possibles un certain possible pouvant rendre compte du fait inexpliqué; mais rien, en dehors de l'expérience, ne pourra garantir qu'elle ait saisi la véritable interprétation des choses : d'une part, en effet, la Raison ne possède point de critérium pour discerner par ellemême le simple possible du possible réalisé; et d'autre part, la nature a des ressources infinies que l'esprit le plus déUé ne soupçonne pas (1).
1. Les personnes qui ont plus ou moins vécu de la vie du laboratoire savent seules combien d'essais infructueux font parfois le physicien, le chimiste, le physiologiste, pour
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Aussi faudra-t-il souvent des siècles avant qu'un Descartes et un Torricelli songent à la présence de l'atmosphère, à la pression qu'elle -exerce, et mettent enfm le doigt sur la vraie cause.
Lors donc qu'au lieu d'opérer sur des objets abstraits, la Raison s'attaque aux objets concrets tels que le monde réel nous les offre, le caractère de nécessité se présente bien encore dans les rapports d'effet à cause et de phénomène à substance, mais là seulement. Déco'uvrir le phénomène déterminant, ou la substance dont ce phénomène est la manifestation, c'est là un problème insoluble à la Raison livrée à ses seules forces. Sans doute elle jouera un rôle dans la poursuite de la solution, en fournissant l'idée à vérifier, autrement dit l'hypothèse, mais il lui faudra s'adjoindre l'expérience, et soumettre son hypothèse au contrôle obligé des faits. Ainsi que nous l'avons rapidement indiqué à propos du rôle de l'hypothèse et des résultats auxquels celle-ci peut conduire dans la recherche des causes, la Raison s'aidant de l'expérience, pourra
résoudre telle question posée ; et pourtant chaque essai a pour guide une vue rationnelle : un certain possible a été conçu, et l'expérimentateur examine si c'est ce possible que la nature a réalisé. Souvent il pose ainsi successivement cent questions à la nature, et souvent celle-ci lui répond cent fois: «Non, cen'e^t pas cela. Cherche encore.»
de la sorte parvenir à constater l'existence d'un pluâ' ou moins grand -nombre de substances, et à les concevoir comme distinctes d'après la différence de leL^s manifestations; mais quant à pénétrer l'essence même de chaque substance, elle ne saurait jamais y prétendre, même avec le secours de l'expérience : jamais elle ne verral'objet que du dehors, et sa nature intime lui échappera toujours. Donc quand il s'agit des objets du monde réel, il nous est absolument impossible d'en formuler une définition analogue aux définitions de la géométrie, c'est-à-dire une définition qui en donne l'essence, et permette d'en extraire pax simple déduction toutes les propriétés de l'objet.
C'est donc avec raison que nous avons, au point de vue de la définition, classé tous les objets en deux catégories bien tranchées. Ce qui précède nous prouve, en effet, avec la dernière évidence que ces deux groupes ont entre eux une différence radicale : est-il question d'un objet créé par la pensée, sa définition, nous le savons, est possible, et donne son essence même, si bien que toutes ses propriétés pourront s'en déduire comme de simples conséquences; mais s'il s'agit d'un objet réel pris dans la nature, formuler son essence pour constituer sa définition, c'est une impossibilité complète; car son essence est inaccessible. La
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seule vraie définition d'un tel objet serait la somme absolue de ses p* opriétés ; c'est la seule aussi qu'on doive poursuivre (1), étant la seule en partie réalisable : seulement, si c'est une limite vers laquelle sans cesse on peut tendre, c'est en même temps un but qu'on ne pourra jamais complètement atteindre, car la liste des propriétés cherchées ne sera jamais close. 11 n'y a pas lieu d'ailleurs d'espérer découvrir quelque propriété dont toutes les autres découlent : alors même qu'il en existerait une, nous ne le saurions pas, et jamais nous ne pourrions garantir que toute propriété encore à connaître sera la simple conséquence d'une propriété connue. Puisque tant de métaphysiciens ont si complètement oublié cette vérité, nous ne saurions donc trop la redire: jamais nous n'aurons le dernier mot du moindre élément de la nature, et jamais il ne nous sera donné d'en posséder la définition complète, soit
1. « C'est la seule, disons-nous, qu'on doive poursuivre » dans le cas où l'on cherche une notion complète de l'objet. Mais nous n'entendons pas pour cela nier l'utilité de la définition des classifications, par le genre et la différence spécifique. Il ne serait nullement exact de dire qu'une telle définition n'apprenne rien, et soit purement verbale: elle marque à chaque objet sa place dans la série des objets naturels, et c'est bien quelque chose. Seulement ou doit reconnaître qu'elle ne donne en rien l'essence. B 7 g
au moyen de l'essence, soit par la somme absolue de ses propriétés.
La conclusion que nous poursuivons se tire maintenant d'elle-même : toute vraie détinition des choses de la nature étant absolument irréalisable, la méthode déductive n'a donc pas d'emploi possible dans la solution des questions qui nous occupent. Toute-puissante dans le problème géométrique, elle devient dans le problème métaphysique tout à fait impraticable. La cause de cette différence peut d'ailleurs se résumer en ^eux mots : c'est Tessence, dans le premier, qui constitue la donnée, et le rôle du mathématicien se borne à mettre en évidence une partie de son contenu; dans le second, au contraire, le monde tel qu'il est , s'offrant à nous avec tous ses mystères, on en demande l'explication, la formule : alors l'inconnue est l'essence même. Si, comme Spinosa, l'on supprime l'expérience, c'est un problème absolument sans données, partant c'est un non-sens. Appelle-t-on l'expérience à son aide ? La méthode déductive n'est pas plus applicable, car la situation du métaphysicien ne devient pas pour cela celle du géomètre : celui-ci porte en effet un tout dans sa main, et peut par analyse connaître successivement telle ou telle de ses parties; moins heureux,
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le premier possède à peine quelques fragments d'un tout immense ;or si le tout contient la partie, la partie ne contient pas le tout : dès lors demander à la déduction de livrer ce tout lui-même, n'est-ce pas simplement lui demander l'impossible?