Citons-cn doux comme échantillon
1° Le corps humain se compose de plusieurs individus (de nature diverse), dont chacun est lui-même fort composé.
40 Le corps humain a besoin, pour sa conservation, de plusiem^s autres corps, dont il est sans cesse régénéré.
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VOUS n'y trouverez jamais pour tout attribut que la pure existence.
Comment parvient-il donc à son Dieu? Le plus simplement du monde : il le crée de toutes pièces. C'est l'objet de sa sixième définition. « J'entends par Dieu, dit-i], un être absolument infini, c'est-à- .lire une substance constituée par une infinité d'attributs dont chacun exprime une essence éternelle cL infinie. »
Puis il ajoute comme « explication. »
« Je dis absolument infini, et non pas infini en son genre ; car toute chose qui est infinie seulement en son genre, on en peut nier une infinité d'attributs ; mais quant à l'être absolument infini, tout ce qui exprime une essence et n'enveloppe aucune négation, appartient à son essence.»
Ainsi, voilà la substance qui, quatre lignes plus haut, ne présentait à l'analyse qu'un seul et unique attribut, la voilà douée maintenant (1) comme par enchantement d'une infinité d'attributs absolument infinis. Sont-ils déduits, ou sont-ils ajoutés ? Il est de la dernière évidence c{u'ils sont ajoutés après coup, et cela sans même que l'on sache
1. Il ne faut pas oublier, en effet, que bientôt il va chercher à démontrer (prop. XLV) qu'il n'existe pas d'autre substance que Dieu.
si parmi cette série infinie d'attributs positifs, il n'y en a point, comme la pensée et l'étendue, qui soient incompatibles. Et cependant, que penserait-on d'un géomètre qui, après avoir posé la définition connue du triangle, viendrait définir ensuite le triangle rectangle un triangle qui a une infinité d'angles droits, sans se préoccuper de savoir si cette notion est compatible avec la définition générale du triangle ?
Il est vrai que plus loin (prop. XI) Spinosa prétend nous donner une démonstration de l'existence du Dieu qu'il a conçu ; seulement il n'est pas trèsheureux dans sa tentative, car son semblant de démonstration est dépourvu de toute valeur. Qu'on nous permette de le reproduire ici comme échantillon du peu de sérieux de ses prétendues déductions.
Dans la proposition VII, il démontre (1), ou
1. Remarquons en passant la singularité du procédé : Spinosa cherche à démontrer l'existence de l'objet défini, comme si c'était possible, ba définition de la substance étant le point de départ de la doctrine, sur quoi donc s'appuyer pour établir l'existence de son objet? Sur la définition même? Mais alors il y aurait cercle vicieux. — L'existence des êtres ne se démontre pas ; elle se constate, ou se suppo-,e. — L'objet défini à l'origine du système est ou n'est pas: s'il est, l'intuition saisit immédiatement son existence et la marque du cachet de l'évidence : il n'y a donc
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plutôt croit démontrer que « rexistence appartient à la nature de la substance. » Notez bien qu'il s'agit ici de la substance telle que la donne la troisième définition, c'est-à-dire de la substance toute nue. Cela posé, voici sa démonstration de l'existence de Dieu, du sien, bien entendu, lequel n'est pas celui de tout le monde.
« Si vous niez Dieu, dit -il, concevez, s'il est possible, que Dieu n'existe pas. Son essence n'envelopperait donc pas l'existence (par l'axiome 7: quand une chose peut être conçue comme n'existant pas, son essence n'enveloppe pas l'existence). Mais cela est absurde (par la prop. VII). Donc Dieu existe nécessairement. »
Nous le regrettons pour Spinosa^ mais il a commis là un lapsus énorme. La proposition VIT, en effet, fût-elle vraiment démontrée, n'est relative qu'à l'existence de la subtance toute nue. Il n'est donc nullement contraire à la proposition VII qu'une substance différemment conçue n'existe pas. La substance toute nue peut fort bien exister sans que pour cela son existence entraîne le moins du monde l'existence d'une substance douée d'une infinité d'attributs infinis. Ainsi de ce qu'il existe
pas lieu à démonstration. S'il n'est pas, la définition est sans objet, et dès lors vide de sens.
un certain bipède^ appelé homme, ayant bras et jambes, il ne s'ensuit nullement qu'il existe un homme ayant des ailes. L'existence du Dieu de Spinosa n'est donc pas plus établie que celle de l'homme volant.
Cet exemple nous montre deux choses : d'abord combien il faut se défier des prétendues déductions de l'Éthique (1) ; puis aussi comment un théorème
l.Nous comprenons peula réputation d'extrême rigueur que l'on a faite aux démonstrations de Spinosa ; et l'embarras de Malebranche po ir en trouver quelqu'une en défaut ne nous semble guère compréhensible. Il n'est pas, en cfifet, besoin de chercher loin : la première proposition, « la substance est antérieure en nature à ses affections » non-seulement n'est pas démontrée, mais encore est parfaitement fausse. Sans doute, quand on redescend l'échelle des abstraits, Ig, substance nue occupant le sommet de la série, l'on ne retrouve les modes que plus bas et postérieurement à la substance. Mais le travail de la descente a dû être précédé du travail de l'ascension, et dans la marche ascendante, la substance nue n'apparaît qu'après la substance douée de modes. On pourrait donc renverser le théorème de Spinosa sans que le nouvel énoncé fût plus faux que l'ancien. Jln réalité, les modes, dans un système tout géométrique, aont évidemment contemporains delà substance, vu qu'ils en sont, en fait, absolument inséparables, l'abstraction n'étant qu'un procédé fictif sans aucune action sur la nature. - Que de propositions, d'ailleurs, dont le sens vague, indécis, ne se prête ni à démonstration, ni à réfutatio
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mdémontré peut introduire un élément nouveau, souvent de très-haute importance, dans la doctrine. Désormais, en effet, Spinosa va tout subordonner au Dieu de sa pensée, comme si ce Dieu était réel; et pourtant ce n'est qu'un fantôme. La chaîne de la déduction, lors même qu'elle existerait ailleurs, est donc ici complètement brisée.
En résumé, Spinosa s'est donc absolument mépris sur la nature même du procédé qu'il suivait. D'abord il a cru recueillir les infaillibles révélations de la Raison intuitive, alors qu'il ne mettait en œuvre que les idées générales provenant d'un emploi mal dirigé de l'abstraction ; puis lorsqu'il s'imagine déduire par voie s^^llogistique le contenu de définitions donnant l'essence même des choses, il rompt à chaque instant le fil de ses déductions, soit par le fait de propositions indémontrées, soit par l'apport d'éléments nouveaux pris complètement en dehors du monde rationnel. Comment s'étonner d'ailleurs de son insuccès ? La tâche étant impossible, l'échec était fatal.
Quand on examine de près son Éthique, il est donc assez facile de découvrir le chemin qu'a suivi ■son esprit soUtaire et spéculatif dans la production de sa doctrine. Visant à la certitude mathématique, il ne voulait ni ne pouvait, nous l'avons vu, recourir franchement à l'expérience : aussi la dédaigne-
t-il souverainement, du moins en théorie. Qu'a-t-il donc fait ? Jetant un voile sur ses yeux pour oublier le monde réel, il a commencé par construire dans sa pensée, à Faide de matériaux provenant cependant en grande partie de l'observation vulgaire, un monde plus ou moins fictif, imaginaire, formé d'abstractions à peu près échelonnées suivant leur plus haut degré d'extension, et conséquemment de plus en plus vides; puis éprouvant le besoin de croire à l'existence d'un tel univers, il a adopté, pour s'exposer à lui-même son système, la forme du raisonnement géométrique, mais en prenant, d'ailleurs avec une entière bonne foi, l'excellente précaution d'introduire autant que possible, soit dans des définitions arbitraires d'objets sans réalité, soit dans des axiomes ou postulats empruntés à la vie commune, les éléments jugés nécessaires pour pouvoir redescendre les divers échelons de la série des abstraits composant le monde de sa fantaisie, et se procurer ainsi un simulacre de marche déductive. C'est là le moyen qu'il a pris pour se rapprocher quelque peu des conditions du mathématicien, et tout le secret de l'apparente rigueur de sa doctrine. Au lieu de déduire réellement, il restitue, il ajoute l'élément indispensable soustrait par l'abstraction, en le dissimulant sous une enveloppe qui le lui cache provisoirement à
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luî-même, mais d'où ensuite il saura bien l'extraire par un semblant de raisonnement géométrique. Son procédé d'ailleurs ne lui a que trop bien réussi, car il s'est fait illusion à lui-même, et tout le premier s'est laissé prendre à l'apparence plus ou moins correcte de ses prétendues déductions.
Aux esprits entreprenants, audacieux, qui rêvent de grandes choses, l'exemple deSpinosa peut servir d'utile leçon. Les lois de la logique sont plus fortes que les hommes, et le plus puissant génie, s'il dévie de la bonne voie, peut user ses efforts dans le vide et n'enfanter que le néant. Voyez ce grandiose édifice auquel notre philosophe a consacré sa laborieuse existence : eh bien ! Il n'en est pas une pierre qui tienne vraiment debout. Ce grand travailleur n'a produit que des ruines, et cela devait être : il a voulu construire le palais de la Science contre l'ordre même des Puissances naturelles; il a cru pouvoir, par un coup d'audace, en bâtir d'abord le faîte et le fixer aux cieux ; puis continuant son œuvre à travers l'immensité de l'espace, la finir en descendant ses fondements jusque sur terre : c'était un défi jeté à la nature, et la nature s'est vengée. Il est bon d'oser sans doute, mais il ne faut oser que le possible.
On est donc en droit de porter un jugement sévère sur la méthode spinosiste. En voulant édifier
la science à rebours, Spinosa se trompe autant qu'homme peut se tromper. Traiter les questions métaphysiques, lesquelles ne sont après tout que les problèmes les plus élevés des sciences cosmiques, comme on traite les questions mathématiques où les objets sont des créations de la pensée, c'est-à-dire prétendre de quelques définitions plus ou moins arbitraires posées à priori, déduire par voie syllogistique toute la science de l'Univers, c'est vraiment commettre contre la logique, nous croyons l'avoir suffisamment montré, la plus énorme des fautes.
Mais cela dit, si nous ne reculons pas devant ce reproche si mérité, devrons-nous aller plus loin, et sommes-nous tenu de nous joindre à ses nombreux ennemis, soit de la synagogue, soit d'ailleurs, pour lui jeter, comme on Fa tant fait, l'injure et l'anathème ? Nous ne le croyons pas, et ne saurions nous y résoudre. Qu'on veuille bien y prendre garde, en effet; sans le droit d'errer, pas de philosophie possible ; sans le droit d'errer, toute science même est détruite dans son germe, car l'homme ne trouve la vérité qu'en tâtonnant dans l'erreur pour tâcher d'en sortir. Respectons donc la bonne foi qui se trompe et réservons nos mépris pour l'imposture, car si c'est le devoir de toute âme honnête, et à l'occasion nous n'y
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faillirons pas, d'infliger le châtiment de son dédain au sophiste éhonté qui trafique du mensonge, il n'yaquela sottise, l'hypocrisie ou le fanatisme qui puissent traiter de crime l'erreur inconsciente. Un fait incontestable, c'est que jamais homme plus que Spinosa ne porta haut dans son cœur le culte désintéressé de la science; amant passionné de l'éternelle Vérité, il a consacré à sa poursuite, avec toutes les heures de sa trop courte existence,' toutes les énergies de son puissant esprit : s'il n'a pas su l'atteindre, libre aux ennemis de la recherche scientifique de s'en réjouir à leur aise ; pour nous, amis de l'indépendance de la pensée, songeons à nos erreurs de chaque jour, et plaignons-le de ses efforts perdus, car il méritait mieux. « Or, plaisir et gloire, » il a tout sacrifié à la Philosophie ; que la Philosophie, tout en rejetant sa doctrine, lui garde donc un affectueux souvenir. Oui, sous peine d'être ingrate, elle doit, après tout, l'aimer un peu, car lui, l'austère et bon Spinosa, l'a beaucoup aimée.
« La Sopliistlque n'est que « l'apparence de la Philoso- «f phie. »
(Aristote, Jlfe'/apTi. liv. iv.
ch. ir, p. i09 delatrad.
Pierron et Zévort.)
« Quiconque a dessein de « piper le monde, est assuré « de trouver des personnes « qui seront bien aises d'être « pipées ; et les plus ridicules « sottises rencontreront tou- « jours des esprits auxquels « elles sont proportionnées. i>
Logique de Port-Royal, 1*' discours.