UN MOT AU LECTEUR
est assez Téquivalent de cerveau malade et de songe-creux.
Dieu nous garde d'y contredire, et d'oser interjeler appel de la sentence portée ! Quand un écrivain ne sait pas être de son temps, il est clair que c'est tant pis pour lui. Tout ce qu'il peut faire, c'est, comme on dit au Palais, de plaider les circonstances atténuantes, et d'invoquer la clémence des juges.
Ainsi ferons-nous.
Et d'abord, nous prierons humblement le lecteur de vouloir bien considérer ceci : si l'eau de la nue, une fois tombée sur le flanc de la colline, suit fatalement la pente du sol qu'elle arrose ; si sous les fécondants effluves du Printemps, la sève monte irrésistible aussi bien dans la plus modeste des graminées que dans rorgueilleuse cime du cèdre ; si le navire, une fois au large et la voile au vent, se précipite invinciblement vers le point de l'horizon où l'ouragan le pousse ; ainsi, dans sa course aventureuse, l'Esprit va fatalement^ lui aussi, là où le porte le souffle.
A chacun son rêve de bonheur; à chacun son
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idéal de vie. Alors qu'avides de jouissances, les uns se ruent à la conquête de cet or qui doit payer les décevantes voluptés dont leur âme est éprise, alors que d'autres, nés dominateurs, s'élancent à l'abordage du pouvoir au risque de faire sombrer la Patrie ; pourquoi donc ne serait-il pas permis au solitaire vivant aux champs loin des ardentes passions du jour, de croire que la meilleure part de l'existence, c'est encore la part faite à la pensée, et que, selon le mot profond de Socrate (1), vivre sans philosopher, ce n'est vraiment pas vivre ?
Sans doute, il peut se tromper ; mais au fond, cela importe médiocrement, car sa rêverie est sans danger; et son mal, si c'en est un, n'est nullement contagieux. Laissez-lui donc, de grâce, ses illusions bénies ; si vous êtes un véritable ami du Plaisir, soyez indulgent pour son inoffensive fantaisie ; et pendant que vous épuisez la série toujours renaissante des enchantements de la grande ville, pendant que vos heures s'écoulent joyeuses et bruyantes sous l'éclat resplendissant des lustres,