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Apologie, § xxvjii.
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permettez-lui donc, quand Novembre a tari autour de lui la source de la vie, et flétri pour longtemps ses œillets et ses roses, permettez-lui d'égayer quelque peu les tristesses aimées de ses longues nuits d'hiver, en les illuminant de ces douces lueurs crépusculaires que projette autour d'elle la science de l'intangible : à son tour, il vous promet, si les visions de ce monde mystérieux vous semblent des chimères, de vous laisser volontiers en sourire.
P. AuG. Bertauld.
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PhÉDON, § XXXV.
Socrate, je pense comme toi que sur ces matières, il est impossible ou du moins très-difficile de savoir toute la vérité dans cette vie, et je suis persuadé que ne pas examiner très-exactement ce qu'on en dit, et se lasser avant d'avoir fait tous ses efforts, c'est l'action d'un homme mol et lâche.
(Trad. a. Saisset, p. 64).
« Des assertions tranchantes, « là où le doute devrait accom- « pagner chaque parole, nuisent « essentiellement au progrès des « sciences. »
Arago, Notice sur le tonnerre.
Trop souvent, c'est chose connue de tout le monde, l'esprit humain, sur le terrain philosophique, s'agite comme un pendule, oscillant à court intervalle de l'affirmation sans réserve à la négation absolue. Aussi le mouvement qu'il se donne est-il en grande partie perdu : il se meut, mais n'avance guère. Trop confiant dans sa force, il va sans cesse et par sauts et par bonds, dépassant à chaque instant le but ; amoureux de la contradiction, il ne sait point, dans sa réaction contre un système, s'arrêter à temps ; habitué par éducation même aux assertions dogmatiques, trop impatient dans ses légitimes désirs de saisir la vérité, trop entier, trop
absolu dans les idées qu'il croit siennes, trop exclusif pour celles d'autrui, il ne sait point douter à propos, ou s'il doute par hasard, son doute est alors sans limites. Toujours il se complaît dans les extrêmes, et ce qui lui manque, c'est la mesure.
C'est là sans doute une vérité devenue banale à force d'être répétée: il faudra bien pourtant la redire encore, la redire bien des fois peutêtre, tant que la science philosophique ne sera pas mieux assise, tant que sa base reposera sur un sol mouvant et disputé, tant que, comme à l'heure présente, le choc des opinions extrêmes ébranlera les vérités qui semblaient naguère les plus solides.
Voyez un peu le spectacle que nous offre en France la scène philosophique depuis une soixantaine d'années. Au sortir des sanglantes convulsions de la Terreur, la société française avait éprouvé, comme diversion, le besoin du plaisir ; pour un moment, sa philosophie fut celle que l'on qualifie d'Épicurienne, et la frivolité fut de mode jusqu'à l'heure où l'épée devint souveraine, où, la force étant le fétiche du jour, l'homme n'eut plus le temps de jouir ou de penser, mais seulement de frapper et de mourir. Quand s'écroula l'Empire, si peu favorable
aux « Idéologues >, la pensée, longtemps comprimée, reprit soudain tout son essor. Oublié de tous, ou peu s'en faut, le vieux sensualisme, si cher au xviii' siècle, mais ne suffisant plus aux aspirations du moment, tomba de luimême comme une idole vermoulue, et l'idée spiritualiste trouvant le temple vide et la porte grande ouverte, put s'installer à sa place presque sans coup férir. Fut-ce heur ou malheur pour la nouvelle doctrine? La lutte eût mieux valu sans doute, car la lutte est le principe de la force. N'ayant à vaincre aucun obstacle sérieux, le spirituahsme s'endormit dans une victoire trop aisée. Accueilli sans discussion, il ne fut point assez sévère pour lui-même ; il se borna trop à plaire, et grâce aux séductions de la forme qu'il sut revêtir, plus d'une théorie hasardeuse, malgré son importance majeure , passa sans conteste.
Cependant l'esprit scientifique, avec ses méthodes précises, se développait tous les jours ; déjà, depuis des années, il portait des fruits de premier ordre, et par ses brillantes conquêtes sur la nature, il étendait peu à peu son influence sur la société toute entière. Tout fier, on le serait à moins, d'avoir fait ses preuves, et confiant dans sa force, il sortit alors des laboratoires,
Il DE LA MÉTHODE
et voulut, peut-être un peu trop tôt, philosopher à son tour.
Pour quiconque était pénétré des méthodes scientifiques, le point faible de l'École régnante était facile à saisir. Dans son entraînement enthousiaste, le spiritualisme remontait beaucoup trop vite aux causes premières, et marchant sur les traces de Descartes, croyait pouvoir a priori les saisir : comme nous le verrons plus tard, il ne saisissait que des fantômes.
M. Comte aperçut aisément le défaut de l'armure ; et dans son ardeur agressive, il résolut d'en profiter, non pour réformer, mais pour détruire. Saisissant la vieille arme oubliée que Bacon (1) même avait trempée, il en frappa vigoureusement son adversaire plus surpris qu'inquiet de l'attaque ; constatant les inutiles efforts faits par vingt -cinq siècles de penseurs, il
1. « Celte faiblesse (de l'esprit), dit Bacon, se fait sentir d'une manière tout autrement préjudiciable dans la recherche des causes : car, quoique les faits les plus généraux de la nature doivent seulement être constatés, et donnés comme tels, et que la cause en soit insaisissable, néanmoins l'entendement humain, qui ne sait point s'arrêter, demande encore quelque chose de plus connu pour les expliquer. » (48« aphorisme, trad. de M. F. Riaux). — N'est-ce pas là, en quelcfues mots, toute la doctrine positiviste?
EN MÉTAPHYSIQUE i$
proclama hautement la folie de la recherche des causes premières, et relégua la science qui en traite, la métaphysique, au rang des curiosités que l'on renferme dans les musées d'antiques, avec les débris des vieilles superstitions du passé.
Ce n'est pas qu'il les nie; il les déclare seulement insaisissables. S'il en proscrit l'étude, ce n'est pas parce que Vobjet n'est point, mais seulement parce qu'il est inabordable, parce que l'esprit humain n'en saurait rien connaître, parce que relativement à sa nature, aucune affirmation comme aucune négation n'est légitime. Si donc le positivisme interdit absolument la recherche des premières causes, c'est par cette raison unique, mais bien suffisante, que le problème dépasse les forces humaines.
Du sein de la doctrine de M. Comte n'ont point tardé à naître des hérésies qui ont poussé jusqu'aux dernières limites l'exagération même du maître (1). Ainsi, renouvelant les idées de Hume sur la substance et la cause, M. Taine apporte une solution plus radicale encore ; la
1. Ne nous occupant présentement que des variations de l'opinion philosophique en France, nous passons sous silence les théories de M. Stuart Mill, mais en nous réservant d'y revenir un peu plus tard.
cause d'un fait est toujours un autre fait ; il n'y a dans l'univers que des faits ; donc pas de substances ; donc pas de causes dans le sens absolu du mot ; partant pas de question des causes premières, non pas parce que de leur nature elles sont inaccessibles, mais bien parce qu'elles ne sont pas.
Il est clair qu'on ne saurait pousser plus loin l'antagonisme avec l'idée spiritualiste . Mais cette théorie qui réalise le mot de Pindare (1), et fait de l'homme a le songe d'une ombre », sacrifie trop la personnalité humaine, et fait trop bon marché de la matière, pour être vraiment appropriée aux besoins intellectuels d'un siècle à tendances positives. Comme toute doctrine excessive, la théorie de M. Taine, destinée à donner le coup de grâce aux recherches métaphysiques, devra manquer son but ; peut-être faudrait-il même déjà lui attribuer sa part dans cette réaction assez vive qui s'est produite en faveur de l'idée combattue. Seulement, dans cette nouvelle phase de l'esprit philosophique, ce n'est pas la théorie spiritualiste qui profite du mouvement : n'ayant pas su, pour sauver la cargaison, jeter par dessus bord quelques