Voir la note du Traducteur^ p. 91, 2« vol
qu'il invoque de nouveau pour établir sa théorie de l'identité des contradictoires. Là encore nous allons trouver un bel échantillon de ce galimatias, riche d'équivoques, qu'Hégel affectionne, et pour cause.
« Un terme, nous dit-il d'abord (2'' vol. p. 89), est tout à la fois positif et négatif; cela résulte déjà de ce qu'un terme opposé à un autre est le terme de cet autre terme. » Puis il consacre au développement de cette vérité nouvelle tout son cent-vingtième paragraphe, que nous demandons au lecteur la permission de lui transcrire textuellement (1).
<( Le positif consûlue cette différence pour soi (fûr-sich) qui, en même temps, a un rapport intime avec son contraire. »
(( Le négatif, à son tour, constitue aussi un terme indépendant et un rapport avec soi et pour soi ; mais ce rapport négatif qui fait son côté positif, n'existe que parce qu'il est intimement lié à son contraire. Ainsi tous les deux posent la contradiction, et ils sont les mêmes considérés en 5oi. Ils sont aussi les mêmes considérés pour soi, parce que l'un d'eux, en se supprimant lui-même, supprime aussi son contraire. Ils passent par là dans la Raison d'être, »
i. Traduction Véra (p. 92, 2^ vol.). Les mots soulignés lui appartiennent.
« En d'autres termes, la différence essentielle, en tant que différence qui est en et pour soi, contient ce qui la distingue d'elle-même, c'est-à-dire l'identité, et par conséquent, un terme qui constitue la totalité d'une différence en et pour soi, contient tout aussi bien la différence que l'idendité. »
« Dans l'expression, différence qui est en rapport avec elle-même, se trouve l'autre expression, qui est identique à elle-même. Par conséquent, un terme opposé est celui qui contient les deux termes, qui est lui-même et son contraire, et qui contient en lui-même son contraire. Vêtre en soi de l'essence, ainsi déterminé, est la raison d'être » (1).
Voilà qui est clair, et surtout merveilleusement raisonné. Ainsi j^ai deux fils : Jean, l'aîné, et Pierre, le jeune. Evidemment, il n'y a un jeune que parce qu'il y a un aîné, et réciproquement il n'y a un aîné que parce qu'il y a un jeune : supprimez l'un des deux termes corrélatifs, il n'y a plus ni aîné ni jeune. J'en conclus que l'un
1. Ici le traducteur insère une fort longue note explicative de six pages, partie de sou cru, partie d'Hégel luimême, et à laquelle nous avons fait précédemment deux emprunts : la curieuse citation de la page 214 (note 2), et le long morceau rapporté p. 145 et suiv.
2f)4 LIVRE SECOND
n'existe que parce qu'il est intimement lié à son contraire; donc ils sont les mêmes considérés en soi, Mais ils sont aussi les mêmes considérés pour soi, parce que l'un d'eux en se supprimant luimême, supprime aussi son contraire. Donc, conclusion inaperçue des courtes vues : mes deux fils Pierre et Jean sont identiques... ce qui toutefois n'empêche pas les petits coquins de se battre.
Mais s'ils se battent, nous dira Hégel, cela confirme ma théorie même.
A ses yeux, en effet, l'identité n'empêche nullement la différence (1), pas même l'antagonisme. Autrefois l'on disait : les contradictoires s'excluent; plus fort que le médecin de Molière, Hégel a cliangé tout cela. Désormais, à moins de n'êire
1 Qu'on veuille ici reoiarquer la première ligne du § 191, que voici en entier (moins une remarque) :
« La raison d'être est Vuniié de l'identité et de la différence. Elle contient la vérité de ce qui s'est produit comme identité, et comme différence. Elle forme l'unité de la réflexion sur soi et de la réflexion sur un autre que soi. La raison d'être est l'esseDce posée comme totalité. »
Hégel jongle avec les mots sans s'inquiéter le moins du monde s'ils ont un sens : il sait que le nombre des gens sérieux qui lui demanderont compte de ses paroles est infiniment petit relativement à celui des badauds de profession, admirant d'autant plus bruyamment qu'ils comprennent moins.
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quW esprit vulgaire, incapable d'explorations sur les hauts sommets du transcendantalisme, on devra prendre pour règle de ses jugements tout juste le principe contraire, et dire résolument : (( les contradictoires sont idenLiques... » Affirmer qu'une table ronde est en même temps carrée, qu'au même instant, en un même lieu, il fait grand jour et nuit profonde, c'était, selon l'ancienne Logique, débiter une absurdité ; mais l'ancienne Logique n'était vraiment qu'une sotte, et la mission de la Philosophie Iranscendantale, en posant dans l'absolu l'identité des contradictoires, est de mettre en évidence une harmonieuse unité, la même où l'esprit obius des races inférieures n'a su voir qu'une contradiction grossière ; et c'est ainsi qu'à la plus grande gloire de la docte Germanie, l'on essaie de faire mentir l'antique parole de l'Ecclésiaste : rien n'est nouveau sous le soleil !
Est-il donc nécessaire de combattre sérieusement une aussi triste argumentation? Qui ne sait que, si des deux termes opposés, l'idée de l'un éveille et suscite l'idée de l'autre, il ne la contient pas ? L'un ne rappelle l'autre qu'en le repoussant, qu'en se posant en antagoniste, qu'en niant être cet autre. Ce n'est donc pas dans l'un qu'on trouve l'autre, mais bien en dehors. L'intérieur d'une maison conforlablement chauffée peut faire
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songer â Textérieur où sévit le froid, comme aussi le moi peut éveiller la pensée du non-moi : qui donc sera tenté pour cela d'identifier le dehors et le dedans de la maison, le moi et le non-moi? Pas même un fou : un sophiste seul.
Et c'est avec de tels raisonnements que l'on prétend renverser la Logique et renouveler la science i Et dire que pendant près d'un demisiècle, la grave Allemagne a pris cet absurde jargon pour une révélation ! Franchement ce n'est pas une telle dose de perspicacité qui nous fera regretter d'être Welche.' A nos yeux, il est profondément humiliant pour l'humanité qu'il puisse se rencontrer un homme assez peu respectueux de l'excellence de sa raison pour ériger pareilles inepties en vérités transcendantales ; plus tristement humiliant encore, s'il est possible, qu'il se trouve assez de niais pour lui faire un cortège, et célébrer sa gloire. Si c'est avec conviction et bonne foi qu'il débite semblables énormités, il est parfaitement clair qu'il n'a plus sa tête : son cas relève alors exclusivement du médecin aliéniste, et l'on peut vraiment avoir pitié de lui. Mais s'il est établi qu'il possède toute sa raison, si c'est en parfaite lucidité d'esprit qu'il donne effrontément d'aussi déplorables élucubrations comme les résultats de la science la plus avancée, alors ce n'est
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plus qu'un drôle, et de la pire espèce, qui méprise assez les hommes pour espérer et vouloir en faire ses dupes : à eux donc d'avoir le bon sens et le courage de le traiter comme on traite un insolent et un imposteur.