Dumarsais exprime une profonde vérité, quand il dit
MÉTHODE hégélie:nxe 2G9
Étes-vous en mesure de satisfaire à ces justes exigences? Si vous ne le pouvez, laissez-nous alors vous dire que vous vous moquez de nous. Vous vous donnez par trop beau jeu : il est vraiment trop commode d'employer un mot sans le définir, de lui attribuer un faux sens pour, établir un faux |)rincipe, puis d'appliquer enfm ce faux principe aux choses que le mot désigne dans la langue usuelle, le tout pour l'étrange plaisir de bafouer la Raison, et d'insulter ses défenseurs.
Nous avons donc beau passer en revue tous ces cas de contradiction que la Logique signale : il n'en est pas un seul que nous puissions trouver réalisé dans la nature. Toutefois, pour plus de certitude, et dussions-nous être obligé d'implorer de nouveau l'indulgence du lecteur pour l'ennui que lui peut causer noire insistance, faisons encore, avant de conclure, la contre-épreuve, et reprenant une question posée plus haut, demandons-nous pour en finir, si parmi ces divers contraires naturels dont nous avons précédemment constaté
les hommes ne sont contraires à la Raison que lorsqu'ils trouvent que la Raison leur est contraire. (Quivres, toni. YI, p. 21). — Impossible de mieiix résumer la secrôte pensée des sophistes, et le motif caché de leurs attaques incessantes contre la Raison.
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Texistence, il en est quelque groupe qui, mis en regard des conditions maintenant bien connues de la contradiction, nous en paraisse plus ou moins offrir le caractère.
Tous les contraires, on le sait de reste, sont fort loin d'être par essence des contradictoires. Il y en a sans doute qui se trouvent dans ce cas : ce sont les contraires de la première catégorie, « ces choses de genres différents qui ne peuvent coexister dans le même sujet. » Mais ceux-là, nous l'avons déjà plusieurs fois remarqué, Hégel ne saurait en rien les invoquer pour sa thèse : la Nature ne peut évidemment les offrir réunis dans un même être, puisque d'après lewr dé finition même, ils sont absolument rebelles à tout rapprochement de cette sorte. Reste à considérer les deux autres espèces de contraires.
Les contraires de la seconde catégorie que nors offre la Nature sont, on se le rappelle, les êtres « qui diffèrent le plus dans le même genre. » 11 s'o,git de savoir si ceux d'entre eux qui peuvent s'unir par suite d'une secrète sympathie, d'une mystérieuse affinité, sont ou non des contradictoires. C'est le cas, par exemple, de tous ces couples d'éléments réputés simples en chimie, et qui s'unissent pour former des composés binaires : c'est le cas aussi de ces groupes de composés
binaires, acides et bases, dont les combinaisons fournissent les ensembles ternaires que les chimistes ont baptisés du nom de sels. Mais qui donc pourrait voir dans l'union du fer avec l'oxygène ou le soufre, dans celle de l'acide sulfurique avec la potasse ou la soude un fait de contradiction? Sans absurde, point de contradictoires : or, qu'un composé soit formé de composants, c'est un peu trop naturel pour nous sembler absurde. S'il y a quelque part absurdité, ce n'est que dans la façon dont Hégel présente les choses : admettre l'identité du vin et de l'eau qui forment notre boisson, du cuivre et de l'étain qui constituent le bronze, de l'acide et de la base qui composent le sel, voilà ce qui est contradictoire, car c'est d'un composé vouloir faire un corps simple, c'est en dernière analyse prétendre qu'un et un font un. Mais cette absurdité, le seul Hégel en est responsable, et non pas nous, qui ne voyons dans le rapprochement des contraires qu'un fait, non point d'identité, mais bien de simple union.
Serait-ce enfm dans le concours nécessaire des deux sexes à l'acte de la procréation, ou bien encore, comme le veut M. Véra, dans ce fait que l'homne est composé « de corps et d'âme », qu'on pourrait voir un cas de contradiction? Sans doute la pensée humaine n'est pas en mesure de découvrir le
secret de tels rapports, car le trouver serait pénétrer l'essence même des choses ; mais en quoi donc la Raison a-t-elle jamais prononcé que pareilles alliances soient absurdes ? Et si, bien loin de reconnaître à ces faits un semblable caractère, elle les classe au contraire dans la catégorie des possibles, de quel droit l'Hégélianisme viendrait-il s'en emparer pour proclamer la ruine de la Raison, et prononcer officiellement sa mise en faillite ?
Nous n'avons plus à examiner que les contraires de la troisième catégorie : ce sont, comme on le sait, « les choses qui diffèrent le plus dans le même sujet. » Ici ce ne sont donc plus deux individus distincts qui forment le groupe, mais seulement deux attributs ou deux manifestations d'un même être. Que l'on classe les facultés ou les modes d'un être quelconque selon leurs analogies et leurs différences, les extrêmes de chaque série ainsi formée seront en vertu de notre définition même, des contraires, Par suite, pour qu'un être n'offrît pas en lui-même l'union de tels contraires, il faudrait que son essence fût si pauvre qu'elle se réduisît à l'unité de mode et de faculté, c'est-à-dire à la pure existence; il faudrait qu'on ne pût dire de cet être qu'une seule chose : il est. Or, un tel cas ne saurait j.amais s'offrir : il est
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clair que tout être a ses manifestations propres, et que la diversité de modes et d'attributs s'impose à toute existence concrète. Voilà ce que s'accordent pleinement à dire l'Expérience et la Raison. Mais alors où donc trouver dans des contraires de cette nature les éléments de la moindre contradiction ? En quoi la coexistence de facultés diverses dans un même être est-elle donc marquée de ce cachet de l'absurde absolument nécessaire, cependant, pour constituer des contradictoires ? '
C'est donc en vain que nous cherchons : nous avons beau regarder de toutes parts, et interroger de toute manière la Nature elle-même : en dépit des affirmations d'flégel, elle se refuse formellement à nous montrer ce qu'il proclame pourtant sa loi fondamentale, la contradiction réalisée. Ce qu'il voit partout n'est nulle part (1).
C'est bien inutilement d'ailleurs que M. Véra cherche à venir à son aide. A qui fera-t-il croire, en effet, qu'il y ait contradiction dans ce fait que,
1. Ainsi se véiilie une fois de plus ce mot de Platon : « Sur toutes choses le Sophiste ne peut jamais nous offrir qu'un semblant de science: la vraie science, il ne l'a pas. a AoqajTiy/^v apa Tivà TTEpl TuàvTcov s7i:iC7r^;rr^v h cro-
(Le Sophiste, §2^).
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chez l'homme, le rire succède aux larmes, la maladie à la santé, la mort à la vie ? Sera-t-il plus heureux quand il nous objectera que « depuis l'obscur insecte qui rampe à la surface de la terre jusqu'aux vastes masses qui roulent dans l'espace, 5) rien ne pourrait exister sans la présence d'éléments, de tendances et de forces opposées ? Enfin le champ de la métaphysique lui sera-t-ii plus avantageux (1), quand il nous montrera « les oppositions de la cause et de l'effet, de la substance et des accidents, du fini et de l'infini, i» comme aussi dans les mathématiques « les oppositions de l'unité et de la dualité, du nombre pair et du nombre impair, du nombre entier et du nombre fractionnaire, de la ligne droite et de la ligne brisée, de la ligne perpendiculaire (il veut dire sans doute horizontale) et de la ligne verticale » ?
1. M. Véra nous cite aussi des contradictoires de Tordre moral : (c les oppositions de la liberté et de la nécessite, etc..» Il pourrait nous présenter toutes les antinomies de Kant qu'il ne nous convaincrait pas davantage. On comprendra que nous ne puissions entrer ici, faute d'espace, dans la discussion de ces prétendues antinomies^ dont l'examen trouvera mieux sa place ailleurs. Nous nous bornerons à répéter ceci : de deux conclusions contradictoires, l'une est nécessairement fausse (et parfois les deux le sont, comme nous l'avons vu précédemment).