‹ Méthode spinoziste et méthode hégélienneChapitre 4 sur 37 · Sxuç ovap, av8p(i)7:c',. ». Vin« pythique, y · texte numérisé non relu

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doctrines surannées, ni surtout, marchant avec la science, renouveler ses impuissantes méthodes, elle reste le point de mire où dirigent leurs coups toutes les autres philosophies. C'est l'idée matérialiste qui présentement bénéficie en France de ce mouvement oscillatoire des esprits, comme au-delà du Rhin elle a si tristement profité de la réaction contre les rêveries Hégéliennes. Mais bien qu'elle soit pour le spiritualisme une redoutable ennemie, elle n'en a pas moins avec lui un point commun de la plus haute importance : elle admet, comme lui, non-seulement l'existence de causes premières, mais encore la possibilité pour l'esprit humain d'arriver à leur détermination.

Ici s'offrent à nous plusieurs questions capitales dont la solution est le but même du présent travail; et d'abord, à quelle cause attribuer cette extrême divergence d'opinions philosophiques qui jettent l'homme, à quelques années d'intervalle, aux pôles opposés de la pensée? A ce fait, selon nous, fait dont la preuve sera l'objet d'une sérieuse étude, que malgré des efforts incessants, la métaphysique n'a pas encore trouvé sa méthode; et nous ne parlons pas ici de telle ou telle doctrine métaphysique, mais bien de toutes, même de celles qui nient la métaphysique: car la nier, n'est-ce

pas encore en faire? De cette absence de vraie méthode, il résulte nécessairement que les affirmations d'une philosophie quelconque sonnent toujours un peu creux à toute oreille exercée, et que les thèses nouvelles qui prétendent se substituer successivement à leurs aînées, portent bien plus le cachet du tempérament personnel de l'auteur, et de sa manière de sentir, que d'une théorie véritablement scientifique née de la nature même des choses.

Mais dans ce fait fondamental dont l'ensemble même de notre travail fournira, nous l'espérons du moins, la démonstration complète, ne peut-on pas, à l'instar du positivisme, voir un argument à lui seul suffisant pour la condamnation absolue de toute recherche métaphysique? — Si vingt-cinq siècles, n'ont pu suffire à une science pour trouver sa voie, c'est que cette soi-disant science est une chimère. — Eh bien I non : la conclusion manque complètement de rigueur ; carie fait s'explique le plus simplement du monde. Observons d'abord en passant qu'un argument tout semblable, appliqué avant Lavoisier au vide des recherches alchimiques, eût détruit la chimie dans son germe. Ensuite, nous avons cette conviction, et nous espérons avec le temps la faire partager au lecteur, c'est que la vraie métaphysique, non-seulement ne

saurait précéder la vraie physique, mais ne peut même la suivre qu'à distance assez longue, et seulement quand celle-ci se trouve déjà riche d'une expérience laborieusement acquise. Si la métaphysique n'a pas encore trouvé sa méthode, c'est que sa méthode, comme nous le montrerons, ne peut être que la méthode scientifique : or, celle-ci n'a pu naître qu'avec la science, et même, s'il s'agit de sa formulation nette et précise, seulement après la science, car jamais la théorie ne précède la pratique. L'homme découvre et crée dans tous les genres, avant de se rendre compte des moyens qu'il emploie pour créer et découvrir ; il n'en a conscience que plus tard, quand la réflexion vient s'appliquer aux créations obtenues pour en chercher le secret. Les poèmes de tout genre ont précédé l'Art Poétique ; Bernard Palissy et Gahlée n'ont pas eu besoin des préceptes plus ou moins exacts de Bacon pour faire ces admirables découvertes qui rendent leurs noms à jamais célèbres ; et nos aïeux n'ont pas attendu, pour semer le froment ou cultiver les roses, que Delille ait rimé les Jardins, ou que Mathieu de Dombasle ait écrit sa Théorie de la charrue (1). La

1. C'est ainsi qu'en métaphysique même Socrate a mis en ^uvre la vraie méthode ; seulement il ne l'a pas scientifi-

connaissance de la méthode est la partie la plus abstraite de la science; c'est donc toujours à la fois la plus épineuse et la moins attrayante; la moins étudiée, et partant la moins connue. Possédés de la passion de trouver, combien de savants n'ont jamais réfléchi un seul instant à ces procédés de recherche qu'ils emploient avec tant d'ingénieuse finesse? Demandez-leur comment ils s'y prennent : beaucoup ne pourront vous le dire, ou ce qu'ils vous donneront pour la méthode n'en sera souvent que l'enveloppe.

L'argument positiviste, fondé sur le vain résultat de si nombreux efforts, s'il est spécieux à première vue, n'est donc rien moins que concluant, et n'entame en rien notre droit aux recherches métaphysiques. Vient maintenant une autre question.

De ces trois théories fondamentales que nous avons brièvement rappelées : il y a des causes, et l'homme peut les connaître ; il y a des causes, mais l'homme est impuissant à les saisir; il n'y a point de causes, et l'antique notion de cause est une

qoement établie; il ne l'a même pas formulée ; il se borne à la pratiquer tout spontanément, et sans la décrire. Il en est résulté que ses successeurs, n'ayant pas de chemin nettement jalonné, et croyant mieux faire, ont abandonné sa trace.

chimère; de ces trois théories, quelle est celle qui doit rallier notre pensée?

La solution de cette question est loin d'être facile; néanmoins, si l'on veut bien nous suivre, nous espérons être en mesure de la fournir. Malgré . l'éloignement du but, nous allons énoncer ici en quelques mots nos futures conclusions, et cela pour montrer au lecteur une partie de la fin que nous nous proposons d'atteindre, et lui indiquer le fil conducteur qui, dans cette minutieuse étude, doit guider sa pensée et la nôtre.

Selon nous, le doute n'est pas possible : il y a des causes, et leur recherche, pour être ardue, n'a rien de chimérique. Un sérieux examen de l'idée de cause fera la part du vrai que renferme la théorie de Hume, mais en même temps en saura mettre à nu la complète insuffisance ; et à cette doctrine de la négation des substances, nous pourrons opposer le triple témoignage des sens, de la conscience et delà raison. Quant au positivisme, nous avons le ferme espoir de pouvoir établir qu'il n'interroge pas assez sérieusement la science sur ses moyens de connaître, qu'il n'a pas assez profondément pénéiré la vraie nature de la méthode scientifique, ni suffisamment réfléchi aux divers degrés de certitude qu'elle comporte. S'il eût scruté avec plus de. soin l'essence même des

procédés d'invention, il eût vu dans quelle limite ils sont encore applicables à la recherche des causes premières, et lui qui proclame si haut la souveraineté des faits, il eût alors tenu plus de compte de ce fait, si contradictoire avec sa théorie, que dans tous les temps, le but poursuivi par la pensée humaine avec le plus d'anxieuse ténacité, c'est la solution de ce problème des causes que trop légèrement il déclare absolument insoluble.

Mettre au jour le néant des vieilles méthodes comme aussi tout l'arbitraire du dogme positiviste, ce serait un grand pas sans doute, mais ce ne serait pas assez. Il ne suffit pas, en effet, de montrer un but, et d'établir que les sentiers battus n'y sauraient mener, il faut encore tracer le chemin qui peut y conduire. Ici donc s'impose à nous une dernière question : si les causes premières sont accessibles, par quel moyen les atteindre?

Eh bien! cette nouvelle méthode dont l'urgence est évidente, nous espérons qu'elle se dégagera d'elle-même de notre étude : c'est cette foi qui nous soutiendra dans cette analyse de nos moyens d'invention, et de leur degré de certitude, analyse longue et pénible qui devra nous occuper si longtemps. Puisse le lecteur ne pas perdre patience au milieu de ces arides recherches I

Si nous n'écoutions ici que nos convenances

personnelles, nous nous garderions sans doute d'indiquer au point de départ même la route que nous voulons ouvrir, car il est impossible d'en donner sommairement une notion exacte, et faute de la connaître suffisamment, plus d'un lecteur peut-être l'accueillera d'un sourire. Une étude préalable établissant la complète impuissance des procédés de l'ancienne métaphysique, suivie d'une autre étude où l'idée nouvelle apparaîtrait peu à peu, naissant spontanément de sa preuve même, disposerait certainement beaucoup mieux à l'accepter qu'un énoncé brusque et sans préparation. Nous ne pouvons nous le dissimuler : en livrant dès l'abord au lecteur le mot qui la doit rendre, nous courons risque de l'indisposer, de l'arrêter même dans sa lecture, etcela, parce que ce mot désigne déjà dans l'histoire philosophique un procédé trop justement décrié. Malgré cette fâcheuse perspective, nous n'hésitons pas à lui révéler au début même le secret de notre méthode ; et la raison, la voici : nous croyons qu'il importe à la clarté de la preuve que l'énoncé du théorème précède sa démonstration ; nous croyons aussi plus loyal de lui montrer d'avance où nous voulons le conduire : ainsi prévenu, il pourra plus facilement contrôler à chaque pas l'exactitude de nos assertions, et s'assurer que la voie métaphysique où nous

l'engageons n'est point, comme tant d'autres, ^ plus ou moins semée de chausse-trapes.

Nous le disons avec la conviction profonde que nous donnent de longues années d'études scientifiques, et de patientes méditations sur les méthodes qu'emploie la science : cette voie qui rend accessible le problème si débattu des causes premières, cette voie, selon nous, la véritable et l'unique, c'est V hypothèse.

Oui^V hypothèse ;indiis à condition qu'on en comprenne bien l'usage; à condition qu'on l'entoure de toutes les précautions qui seront plus tard reconnues nécessaires ; à condition qu'on la soumette à toutes les prescriptions que la science impose. Il ne saurait, en effet, s'agir ici de ce genre d'hypothèses qui de tout temps a envahi la philosophie et l'a perdue. Qu'on nous permette de le redire: parle même mot nous n'entendons pas la même chose. L'hypothèse du passé, c'est l'hypothèse fantaisiste, et celle-là nous la condamnons sans réserve; l'hypothèse que nous prônons, c'est l'hypothèse scientifique ; c'est celle dont la science fait à chaque instant usage, celle qui lui révèle tous les jours des vérités nouvelles, celle qui constamment lui sert de sonde pour fouiller les profondeurs de l'inconnu. Avant de la juger, nous demandons instamment qu'on attende de la connaître.

EN MJÉTAPHYSIOtîE 2^

Depuis quelques années, l'attention a plusieurs fois été ramenée sur l'emploi de l'hypothèse dans les questions métaphysiques; mais nous croyons qu'en général on en a peu saisi le rôle et la portée. Au lieu de considérer l'hypothèse comme un procédé réguUer et parfaitement scientifique, lorsqu'elle est soumise aux conditions que nous énumérerons plus tard, plusieurs n'y ont vu, ce semble, qu'un pis aller, qu'une sorte d'échappatoire, un subterfuge désespéré pour se soustraire un instant aux gênantes conclusions du positivisme. Ou bien, comme chez M. Berthelot(l), l'admission de l'hypothèse est une concession bienveillante, bien qu'au fond légèrement dédaigneuse, faite aux esprits atteints de la manie métaphysique, toutefois sous condition formelle qu'on ne la prendra pas trop au sérieux, et que, casant la philosophie sous l'étiquette significative de science idéale, c'està-dire passablement fantaisiste et chimérique, on n'aura garde de confondre les rêveries des métaphysiciens avec les notions exactes et certaines des sciences d'observation, auxquelles on réserve expressément la flatteuse qualification de positives. En cela l'illustre chimiste opère comme les bonnes ménagères. Dans toute maison bien tenue, l'on

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