CHAPITRE VIII
£es Ccoles par corresponbance 1. Ceur organisation
L'enseignement par correspondance figure comme une curiosité bien américaine dans l'ensemble des études scolaires ; il a pris une extension énorme dans toutes les branches et particulièrement dans l'enseignement des spécialités industrielles ; il commence à s'implanter en Europe. La plupart des écoles par correspondance ont été organisées et sont exploitées par des sociétés anonymes.
La plus importante d'entre elles est la Société de VEcole Internationale par Corresj:)ondance, dont le siège central est à Scranton, Pa. (International Correspondance Scliool Company).
Cette société a des succursales dans vingt-huit villes des Etats-Unis et n'occupe pas moins de trois mille deux cents agents :
voyageurs, employés, professeurs et examinateurs. Depuis sa fondation en 1891 jusqu'en 1005, elle a reçu l'inscription de sept cent mille élèves pour les branches techniques. Elle possède en propre pour chaque branche une série d'ouvrages, écrits avec soin et dans un langage simple. Elle publie aussi des revues spéciales.
Voici en quelques mots son organisation : elle arrête pour chaque branche une série de thèmes sur tous genres de sujets, même pour le dessin ; l'élève doit les étudier et les résoudre en se servant des données des ouvrages ; il envoie ses travaux au siège de la Société qui les lui retourne corrigés.
Beaucoup de techniciens américains affirment que le système d'enseignement par correspondance, honnêtement pratiqué comme le font certaines sociétés, produit de bons résultats.
Il étend en effet le bénéfice de l'instruction à la vaste armée des gens, désireux de s'introduire et de se perfectionner dans une spécialité, qui sont placés en dehors du rayon de fonctionnement d'une école industrielle, en raison de leur éloignement de tout centre d'instruction, où qui ne peuvent suivre des cours réguliers par manque de loisirs, de moyens pécuniaires, d'instruction première, etc. L'école par correspondance offre à tous le moyen, non seulement de s'instruire dans les principes même d'une science ou d'une industrie, mais de se tenir au courant des perfectionnements réalisés tous les jours dans les sciences pures et appliquées et dans les spécialités.
Le succès colossal de cet enseignement est la preuve la plus formelle de son utilité.
L'instruction par correspondance dans les branches techniques, si prospère en Amérique, ne pourrait à notre avis, avoir le même succès dans aucun autre pays du monde. L'Américain a été entraîné dans les écoles de tous degrés à la lecture et à l'étude personnelle, au «self-improvement;" les enfants, dès l'âge de 9-10 ans, ont recours aux livres de références des bibliothèques qui font naître et entretiennent le goût de la lecture parmi la jeunesse.
Aucun peuple ne participe plus intensivement à la vie intellectuelle. Dans une population aussi avide de lire et
LES INSTIJUTIONS d'eNSEIGNEMENT INDUSTRIEL 481
aussi intclligenle dans ses lectures, un enseignement par correspondance est possible, parce que les intéressés, ouvriers ou employés, y trouvent la satisfaction d'un de leurs goûts naturels et ((u'ils sont généralement assez instruits pour saisir le sens des mots et des idées. Il y a néanmoins aiix Etals-Unis beaucoup de techniciens et des hommes d'école qui n'admettent pas qu'on puisse acquérir, par correspondance, des connaissances techniques sérieuses, et qui considèrent comme de mauvais augure l'extension de cette forme d'enseignement.
Certains établissements scolaires, notamment l'^-Armour Institute of Technology" de Chicago, séduits par le succès de ce genre d'écoles, ont organisé un service d'enseignement par correspondance concordant avec la nature et le degré de leur enseignement technique. Quoique succursale de la Société de Scranton, l'école par correspondance Armour est autonome; elle ])ossède plusieurs milliers d'alïiliés, dont de nombreux Européens. L'étude des textiles a surtout beaucoup de succès. Cette institution a édité 80 cahiers se rapportant aux tissus. Elle enseigne aussi diverses langues suivant une méthode ultra-moderniste; elle fournit à chaque élève un phonographe, dont les rouleaux portent une série graduée d'exercices de conversation. L'appareil est accompagné de quelques cylindres vierges. Dès que, à l'ouïe du phonographe, l'élève croit avoir acquis une connaissance suffisante dans la prononciation, il enregistre quelques exercices et les renvoie à l'école. Celle-ci lui fait des observations écrites rectificatives.
L'Ecole par correspondance répand par écrit, [)armi ceux qui ne peuvent consacrer aux études qu'un temps irrégulier et restreint, les connaissances de tout ordre ; elle n'est pas restreinte comme l'école ordinaire à la communication verbale des connaissances dans les classes. Ses cours sont progressifs et à la hauteur des derniers progrès; comme ils s'adressent aux travailleurs de toute catégorie : mécaniciens, employés, apprentis, professeurs, fermiers, étudiants, hommes d'affaires, ceux-ci peuvent faire l'essai immédiat de leur savoir dans les occupations journalières des ateliers, laboratoires, bureaux ou champs.
Les "Correspondance Schools» se rattachent au principe général de l'éducation américaine qui veut que les élèves acquièrent les connaissances par leur effort personnel.