‹ Méthodes américaines d'éducation générale et techniqueChapitre 109 sur 160 · Ce Cabor Saving (économie be main b'œuvre · texte numérisé non relu

Ce Cabor Saving (économie be main b'œuvre

et l'apprentissage Comment on entre bans une profession manuelle

L'introduction des macliines-outils marque dans tous les pays la date du déclin des métiers qualifiés. Dans beaucoup d'établissements industriels et d'ateliers professionnels des Etats-Unis où l'on voit le triomphe du machinisme, ce déclin est allé jusqu'à la disparition totale de l'apprentissage.

L'Amérique a ignoré nos formes d'apprentissage, survivance du régime des corporations ; elle ne connaît pas les traditions professionnelles que les hommes de métier européens des générations passées et présentes ont transmis et transmettent encore aux générations suivantes. L'absence totale de fonds professionnel historique et de tradition, là comme en toute matière, caractérise fortement la vie des métiers en Amérique.

Jusque dans ces derniers temps le besoin de renouveler 1-a population ouvrière qualifiée ne s'est pas fait sentir vivement

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dans la grande industrie : celle-ci n'exige que peu d'ouvriers de métier : le>s méthodes de travail éliminent la main d'cjouvre qualifiée en y substituant l'action des machines-outils susceptibles de fabriquer un nombre illimité de pièces interchangeables et de lu'oduire des objets par quantités, sans ([u'il y ait pratiquement le moindre travail d'ajustage.

Le "labor saving», l'économie de main d'cpuvre qualitiée, est la grande préoccupation des industries et manufactures de tous genres; les exemples que nous donnons ci-après montrent qu'elle a atteint un degré insoupçonné dans les spécialités qui nous semblent les moins susceptil)les de mécanisation.

Les neuf-dixièmes des habitations sont en bois. Dans les grandes villes même comme Chicago, Indianapolis, Mihvaukee, il n'existe qu'un noyau de constructions en pierre; les métiers du bois sont donc très prospères. Le besoin d'économiser la main d'rpuvre a eu vite fait de les industrialiser à l'extrême. Les usines de menuiserie ont pris un développement énorme; elles emploient un outillage mécanique d'une perfection admirable et fabriquent les boiseries du bâtiment en stock aux dimensions courantes. De pareilles usines existent d'ailleurs déjà dans notre pays, en Allemagne et en Suède ; mais, vu l'abondance de la main d'œuvre, nous n'avons pas encore été amenés à pousser la mécanisation aussi loin que les Américains. Dans une fabrique de menuiserie à Indianapolis, nous avons vu peindre des portes de la façon suivante : on les plonge dans la couleur à l'huile versée dans une grande caisse plate, pour les retirer après quelques instants et les placer ensuite à égoutter sur une claie inclinée. Le gaspillage de matières est largement compensé par l'économie de main d'(]euvre. La peinture à l'huile est appliquée aussi à l'aide d'appareils pneumatiques ; l'imitation des bois par la peinture se fait en faisant rouler sur les faces des portes et boiseries, enduits d'une couche de fond, un cylindre dont la surface latérale porte en relief des stries imitant les veines du bois. Ce travail défectueux ne donne aucune apparence de la réalité, mais les Américains le considèrent comme suffisant ; il est bon marché et remplit son but.

Dans tout ce travail, il ne reste que peu de place à la formation technique ; les opérations du métier sont divisées

Cil phases de travail élémentaire et sont exécutées mécani- ([ueiiHMil ; le rôle de surveillance dévolu à l'ouvrier est exclusif de toute aptitude professionnelle spécialisée.

Dans une blanchisserie réellement extraordinaire à (liiicago, nous avons pu constater aussi la suppression de toute main (i'fi'uvi'e nécessitant les moindres connaissances spéciales.

Le ling-e est passé par une série do machines qui accomplissent automatiquement leur travail ; l'intervention de l'homme se borne à présenter le linge, comme une lettre à la posi(\ aux appareils qui ont chacun une fonction particulière; le linge le plus spécial, y compris les cols et les iiianchettes, en sort lavé, rincé, empesé, repassé, déposé dans des boites ; les machines font toutes les opérations jusqu'au parachèvement complet. Celui qui sait lire un nombre de deux chiffres et les lettres de l'alphabet est apte de desservir, sur le champ, une machine. Tout apprentissage est devenu nul et superlhi dans cette industrie issue de nos occupations familiales.

L'emploi de machines à opérations élémentaires et la division du travail parmi les ouvriers sont aussi accentués dans l'industrie de Vimprimerie. La -Strobidge Litho G"» à Cincinnati, qui s'est spécialisée dans l'impression des aHiches, est remarquable à ce point de vue. Autrefois le même lithographe y exécutait sur les diverses pierres le tracé des contours correspondants aux diverses couleurs ; la Litho C° confie actuellement à des spécialités le tracé de ces contours et l'application de couleurs sur chacune des pierres. (Celles-ci étant préparées, le tirage se fait sur autant de presses et de pierres différentes qu'il y a de couleurs. C'est par la division du travail en opérations fragmentaires que la Société peut exécuter en un court délai, à des prix relativement minimes, une quantité fantastique d'aîfiches de grandes dimensions. L'apprentissage, l'habileté technique, les vues d'ensemble sur les métiers deviennent inutiles, et sont, au moins, un luxe intellectuel.

Lors de notre visite, l'usine n'occupait qu'un seul ouvrier stagiaire ; elle emploie des aides payés, des "helpers", mais point de vrais apprentis. Ces aides apprennent graduellement de l'industrie tout ce qu'il faut pour diriger une opération

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élémentaire dans laquelle ils se perfectionnent par l'exercice et par l'habitude et acquièrent ainsi une grande habileté.

La carrosserie qui semble ne pas se prêter au régime de la fabrication en série, a perdu aussi le caractère traditionnel que nous lui connaissons et est devenu une industrie mécanique. L'usine des frères Swift à Rochester produit comme spécialité deux genres de voitures : le corbillard et la voiture de livraison. Les bois entrant dans la construction de ces voitures sont débités à dimensions et cheminent dans l'usine, en passant par des séries d'appareils et machines-outils vers l'ajustage et le montage qui seuls, sont entre les mains d'ouvriers . complets.

Nous y avons vu fonctionner notamment un appareil à sculpter assez curieux, conçu à la façon d'une forerie. Quatre fraises sculpteuses jugulées, équilibrées par un contre-poids, voyagent librement autour d'un support vertical. L'opérateur fixe un modèle de sculpture, exécuté en plâtre ou en bois, sous le guide qui est solitaire avec les quatre fraises ; sous chacune de celles-ci est placée une pièce de bois, ébauchée pour recevoir la sculpture. Les fraises reçoivent leur mouvement de rotation de la transmission générale. L'opérateur déplace le guide dans toutes les directions sur les reliefs et les creux du modèle, et les quatre fraises suivent géométriquement les positions du guide et modèlent les reliefs dans les quatre pièces de bois. La sculpture est ainsi multipliée à 4 exemplaires. Un léger parachèvement confié à des sculpteurs de profession met le travail au point pour son utilisation immédiate. Nous avons trouvé dans cet atelier un paraclieveur belge, sculpteur de profession, peu fier de son genre de travail qui lui vaut 22 dollars soit 110 francs par semaine de 50 heures de travail. D'apprentissage technique point. Le patron nous déclara même que la cessation du travail des ouvriers n'arrêterait pas sa fabrication pendant plus de 48 heures, quoiqu'il recrute de préférence des ouvriers qualifiés pour le montage et parachèvement des travaux.

L'outillage des usines américaines tend à réaliser la confection des produits en masse par des machines spéciales qui divisent le travail en opérations fragmentaires et éliminent la main d'œuvre chère et rare, dans le but de comprimer le prix de revient.

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Sauf dans les aloliers de constnicUon mécanif{ue et métallique et dans les métiers qui s'appuyent sur une main d'œuvre artisLi(jue el sur l'adresse de l'ouvrier individuel, les industriels n'ont aucune raison impérieuse de former un personnel exécutif connaissant l'ensemble de leur profession. Ils se bornent à initier quelques travaux, toujours les mêmes, des ■[(Mines gens qui reçoivent, dès le premier jour, un salaire relativement élevé. D'une part, quelques ouvriers paraclieveurs, monteurs, outilleurs, à culture technique générale et manuelle ajjprofondie que fournit l'étranger ou qui sortent des écoles techniques; d'autre ])art la masse d'ouvriers dressés à l'exécution rapide, automatique, parfaite, d'opérations fragmentaires : voilà le genre de personnel que l'on trouve dans toute usine américaine moderne.

Rien d'étonnant, dès lors, que la jeunesse se détourne des métiers qui nécessitent une longue initiation. M. Kaufmann, directeur de section de la «Young men Christian Association» de Philadelphie, nous dit que les Américains veulent des résultats immédiats et sont impatients de gagner des dollars; l'idée de travailler pendant quelques temps pour rien et d'apprendre pendant cinq ans une profession manuelle, les effraie et leur répugne; cette opinion m'a été confirmée par plusieurs industriels dont un directeur de menuiserie, un grand horloger de Philadelphie et le propriétaire de la fabrique de voitures de Rochester ; une autre raison se trouve dans le fait que les enfants vont à l'école jusqu'à 15-16 ans et entrent, par conséquent, dans les carrières du travail plus tard que les enfants du vieux monde: enfin la possibilité ouverte d'apprendre un métier ou une spécialité de métier en passant par la période du travail non qualifié, comme aide salarié, est destructive de tout apprentissage systématique.

M. Powderly, ancien Grand-Maitre des Chevaliers du travail, attribue le fait à des causes plus profondes : «Il n'est ni profitable ni encourageant, dit-il en substance, d'apprendre longuement un métier difficile, lorsqu'il y a la possibilité et la probabilité que l'apprenti se trouve un matin remplacé par une machine qui fera le travail à sa place. L'esprit inventif a déjà révolutionné si profondément les conditions du travail, que nul liomme de métier ne peut se dire en

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sécurité. C'est le manque de stabilité du travail qui éloigne les jeunes Américains de l'apprentissage des métiers.

Du train dont avancent les sciences, appliquées aux industries, il arrivera un moment où l'on ne remuera plus la terre à la pelle, on ne nivellera plus de collines ni on ne fera plus de tranchées, on ne coupera et on ne travaillera plus à la main, ni le Lois, ni le fer ni l'acier : tout se fera à l'aide des machines. Il n'y aura plus de métiers particuliers, ni d'hommes de certains métiers déterminés; il y aura des ouvriers au courant des grandes professions manuelles fondamentales. Notre régime scolaire doit s'adapter à ces conditions nouvelles. Chaque école doit devenir un atelier, un laboratoire, une galerie d'art appliqué. Sous ce régime scolaire industriel, chaque jeune homme aura une connaissance suffisante de tous les métiers pour entrer dans chacun de ceux qui se présenteront à lui. Il trouvera toujours du travail à faire, le fera plus rapidement, avec de meilleurs outils et pour de plus hauts salaires qu'actuellement».

Nous avons étudié l'organisation du travail dans nombre de grandes fabriques américaines et, des observations que nous y avons faites, nous gardons une impression profonde.

Les ateliers de construction moderne ne sont plus à considérer comme peuplés de travailleurs intelligents qui se servent des outils et des appareils les plus efficaces. L'atelier est devenu simplement un outil complexe, dont le propulseur intelligent est le directeur; les tours et les ouvriers, les foreries et les contremaîtres, les riveuses et travailleurs sont sur le même pied de subordination collaboratrice.

Dans les fabriques de machines à coudre, de souliers, de machines-outils comme dans les blanchisseries mécaniques, les matériaux à travailler passent en marche parallèle par une série d'outils automatiques ou semi-automatiques devant lesquelles se trouvent des conducteurs d'outils. Ces ouvriers reçoivent de leurs camarades placés derrière eux, l'objet en voie de fabrication et le repassent au suivant, après lui avoir fait subir l'opération qui incombe à son outil. Les travaux voyagent ainsi en un mouvement continu, par une chaîne qui part du dépôt de matières jusqu'au magasin d'expédition; l'ouvrier est entraîné par l'outil et par le mouvement général

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(ic l'usine; il ne peut s'arrêter sans provoquer l'arrêt total (le toute la lahrication. (^e n'est pas riioiniiio qui dirige l'outil, c'est l'outil qui entraine l'homme.

La décomposition et la désintégration des métiers ipii résultent de cette transformation, ont pour conséquence de baisser les barrières qui naguère séparaient les travailleurs (pialiliés des non-qualifiés.

Dans l'état actuel de la (pieslion il serait dillicile de dire si l'habileté et le savoir exigés par les conducteurs de machines sont supérieurs ou inférieurs à ce qu'ils étaient autrefois. Il semble plutôt que les qualités requises pour former un bon ouvrier se soient modifiées. (]e i)oint reste à élucider. l'n fait est acquis: l'éducation technique nécessaire pour devenir ouvrier compétent diminue et, avec elle, le temps d'apprentissage. Les Trades-Unions américaines réagissent, contre ce déclin tout comme les industriels. Les Unions de mécaniciens, par exemple, ne comprenaient autrefois que des hommes de métier qualifié ; elles étendent maintenant leur juridiction aux conducteurs de machines ; en cherchant à conserver un régime d'apprentissage, elles maintiennent haut les capacités techniques et conséquemment les salaires des ouvriers. Les industriels constatent de leur côté, que le développement extrême des industries de construction a produit une pénurie d'ouvriers monteurs et paraclieveurs, dont l'éducation technique doit être complète. Pour des raisons différentes, les Trades-Unions et les industriels sont donc d'accord pour conserver un minimum d'apprentissage.

Les petites localités rurales fournissent un nombre limité de ces ouvriers complets ; l'immigiation en a jusqu'ici importé à suffisance d'Allemagne, de France, de Belgique, de Scandinavie; mais, cette dernière source se tarit; l'immigration actuelle est surtout composée d'éléments agricoles ; en ce moment l'industrie recrute ditïlcilement le nombre relativement restreint d'ouvriers spécialistes qu'il lui faut, et elle a enfin tourné ses regard vers les moyens d'apprentissage par l'école ; dans nombre de cas elle a dû créer elle-même un régime d'apprentissage moderne dans ses ateliers.

"La meilleure mesure que pourraient prendre les Trades- Unions serait, dit M. Seaver, directeur des écoles publiques de

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Boston, de recevoir un plus grand nombre d'apprentis dans l'es ateliers, et de veiller à ce ([ue l'apprentissage s'y fasse d'une manière sérieuse et complète ; si cela ne suffit pas, il faut qu'elles réclament la création d'ateliers d'apprentissage aux frais publics pour faire l'éducation fondamentale des futurs ouvriers. Le but supérieur des Trades-Unions devrait être d'assurer la meilleure éducation possible à ses futurs membres, par l'atelier et par l'école".

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