Où naît et comment se développe le goût
universel be la lecture
Ces bibliothèques scolaires
Des statisticiens ont, sans aucun doute, établi le coefficient comparé de la lecture aux Etats-Unis et dans les pays européens. Ces chiffres doivent être fantastiques; on en a l'impression quand on parcourt les villes américaines; aux heures de repos, dans les chantiers, dans les usines, les ouvriers ont leur journal et en dévorent les nombreuses colonnes avec attention et intérêt. Les misérables qui par centaines, passent la nuit à la belle étoile sur les bancs de la -Park place- à New-York, sous l'ieil de la police, trouvent le moyen de lire, et laissent, le matin, la pl.ace jonchée de monceaux de journaux. Des avis draconiens défendent aux brosseurs des iKjtels de lire pendant leurs heures de service; dans les trains desservant les grandes lignes comme les lignes secondaires, tous les voyageurs indistinctement lisent des journaux, véritables encyclopédies de trente à cin({uante pages; dans les plus infimes gares sont installées de vraies librairies qui alimentent le besoin de lecture des voyageurs de toute catégorie. Avec l'Angleterre, les Etats-Unis sont les pays par excellence des revues, admirablement illustrées, écrites dans un style imagé, en dehors de toute tradition littéraire, qu'affectionnent les Américains. Nous avons constaté que nombre d'ouvriers et de petits cultivateurs sont possesseurs de bibliothèques bien fournies; nous avons entendu mainte cultivatrice, de très modeste extraction belge, ayant quitté notre pays depuis quelques années à peine, discuter le mérite relatif de tels auteurs américains. Nulle part en Europe, les bibliothèques publiques ne sont plus nombreuses, ni mieux organisées, ni mieux fréquentées qu'aux Etats-Unis.
La question vient immédiatement à l'esprit : où nait et comment se développe le goût universel de la lecture?
Comme le lecteur l'aura remarqué, au programme des premières années d'études des écoles élémentaires se trouve invariablement inscrit Je sujet suivant : enseigner aux enfants l'usage de la bibliothèque.
ENSKIONKMENT ELEME.N'J AIRE 4'i
C'est avec: une Jé^itiine lierté, (jue le direclour de l'école [)nniaire conduit le visiteur européen dans la bibliothèque, salle bien éclaii'ée, bien décorée (|ui sert à la fois de musée et de dépôt de livres. Il y trouve, autoui' de tables minuscules, assis sur des petits sièj^es ou fauteuils, de nombi-eux enfants de l'une ou l'autre classe, faisant leurs devoirs, en se sei'vant do livres de références a|)i)ropriés aux diverses brandies d'enseij^nenient. L'institutrice guide la main des [)etits bambins de six à sept ans, les débutants, dans le choix des livres (jui se trouvent sur des étagères, à même le sol, et leur ap[)i'eni]ent la manière de s'en servir; ceux de huit ans vont crânement aux étagères, i)rennent délibérénient le volume visé, hâtent leurs travaux, i)our consacrer le reste du temps à la lecture do quebpie revue enfantine ou ouvrage illustré; les grands, de onze à (juatorze ans, regardent de haut la maladresse des i)elits, et se comportent comme des lecteurs méthodi(pies et avertis.
Chaque degré d'études des écoles possède, en plus de. sa bibliothè(}ue de références, une biI)liothèque pour l'emprunt à domicile ; les livres, mesurés au degré de développement et aux goûts des enfants, sont la propriété de l'école ou, plus souvent, un dépôt, fréquemment renouvelé, de la Bibliothèque publique pour enfants; les petits lecteurs emportent les ouvrages, les lisent chez eux et en rendent compte, devant leurs condisciples, aux heures de récitation.
Dans le cœur de ce monde lilliputien, les institutrices, réellement inventives dans le bien, déposent ainsi le désir et la curiosité de se renseigner, de s'instruire, de s'élever par la lecture. Ce sont elles qui dirigent l'apprentissage de ce ^rand peuple lecteur et ({ui en font les fidèles des bibliothèques publiques.
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