‹ Méthodes américaines d'éducation générale et techniqueChapitre 121 sur 160 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

C'ébucation b'une race Instruction pour arriérés ethniques

CHAPITRK I

Ces écoles pour Degrés et peaux'i^ouges

1. Ce problème be la civilisation bes Hègres et bes peau;c'Rouges

En descendant le Potoniac et la baie de Cheasapeake (la mère des eaux) par un des beaux navires côtiers desservant les villes que baii^nent les fleuves merveilleux de la côte de l'Atlantique, on arrive en une bonne nuit de Wasliinoton à un petit port de la Vir-^inie appelé Old Point Gomfort, situé sur la fameuse passe des «Hampton RoadS" qui s'enfonce dans une côte basse. C'est là que débarqua en 1610 la première cargaison d'esclaves africains.

A une lieue de là, dans les terres marécageuses, au bord d'une crique (flg. 288) est établi r«Institut normal et agricole de Hamptou" pour l'éducation des hommes de couleur, une des créations les plus extraordinaires du génie organisateur et de la philanthropie américaine.

Le rapprochement est suggestif.

Les campagnes environnantes sont monotones et désolées. En les parcourant par des sentiers encore détrempés sous

la pluie diluvienne et chaude qui vient d'inonder la région, nous rencontrons de-ci, de-là, des maison en bois, d'un style massif, édifiées par les Planteurs. Autour de ces habitations règ-ne une vérandah, ouverte sur les campagnes, d'où les maîtres des innombrables troupeaux de bétail noir pouvaient, autrefois, surveiller le travail dans leurs plantations.

Fig. — 2C)0. — Le groupe de bâtiments des écoles professionnelles

A la lisière des routes, sur des terrains dénudés, entourées d'un pauvre jardin, quelques cabanes d'une pièce, -one room Cabins", occupées par plusieurs familles nègres, suintent leur misère ; des négrillons déguenillés jouent aux abords sous l'œil de quelque vieille négresse qui vaque aux soins du ménage. Aux alentours, des champs de maïs et des patates douces alternent avec de maigres massifs de bois et de grandes plaines en friche.

Le paysage s'anime quand on entre dans la rue principale de Hampton ; la circulation y est plus active, les habitations

l'Éducation d'une race

(l(''ii(»l(Mit (|n(>l(|iio souci (roi'nernentation. \(n\h (iir;ni loin éiiierjLic riiislilut (jui iippafail coinine une îiymlonK'ration, une potito cito ((i^'. 2.S(t); elle s'abrilo sous les frondaisons d'ai'l)ros (l(^ liaulc. l'utaio i)lanlôs avec art (fi^'. 21)0). Nulh; clolui'e n'en dcMoiid l'accès ; on y enli'o par des routes macadamisées avec soin. Sur une vaste pelouse bien entretenue, ornée à profusion de corbeilles de Heurs, sont disséminés, par crainte

Fig. 292

La bibliothèque de blnstitut de Hampton

d'incendie, une multitude de bâtiments construits en bois qui servent de classes (f!"'. 201), d'ateliers, de bil)liotliè(iue (fig. 202), de logement au personnel, de dortoirs, de temple, d'infirmeries.

Quoique de forme un peu lourde, certains de ces i)avillons présentent des lignes agréables ; des plantes grimpantes en masquent les entrées et des tonnelles verdoyantes encadrent les vérandabs, qui, suivant le mode de construction tropicale, tempèrent l'ardeur du soleil (flg. 203).

L EDUCATION 1) UNE KACE

C'est dans ce cadre frais, (u'i le s )uci du goût se marie avec les règles de l'hygiène et du confort, qu'est logée, nourrie, instruite et éduquée une population de quinze cents Nègres et Peaux-rouges, jeunes filles et garçons. A cette population permanente s'ajoute, en été — de juillet à septembre — un afflux temporaire d'élèves adultes, de fermiers, d'anciens élèves, qui viennent assister aux «Farmer's Institutes» c'està-dire aux Congrès agricoles, et participer à des cours de divers genres organisés par l'école.

Fig. 293. — Types de bâtiments. Les élèves des cours professionnels faisant des travaux de réparation

En 1906 cette population supplémentaire était de : 4.51 aspirants-instituteurs nègres.

30 apprentis.

700 membres des Conférences agricoles pour nègres, (Negro

Conférences). 240 des écoles professionnelles et de travail rémunéré pour hommes, femmes et enfants.

TTJI

L KDUCATION D l'NE RACE 585

Soit, au total, près de :!uoo élèves et auditeurs, confiés à 129 professeurs ordinaires, bibliothécaires et employés, à 71 professeurs extraordinaires et à des conférenciers blancs et nègres, et le tout sous la haute direction du Docteur Frissell, aidé dans cette (puvre par un état-major de chefs.de département.

Introduit sous la recommandation de M. le Ministre de Helg'ique, le Baron Moncheur, nous nous trouvons dans un bureau confortable, devant M. Frissell, un homme de haute stature, à front puissant, aux traits fins, au regard chargé de volonté, doux malgré son gris d'acier, légèrement voûté comme sous la charge et les responsabilités de cet établissement énorme qui assume la tâche de redresser les erreurs et les injustices séculaires envers les frères noirs. C'est lui qui dirige avec une foi d'apôtre les rouages de cette entreprise d'éducation et de relèvement d'une race par le travail manuel sous toutes ses formes, à la ferme, dans les ateliers professionnels, dans les cuisines et les buanderies, dans les champs d'expérience, travail allié à l'instruction dans les branches littéraires et scientifiques.

L'éducation morale et l'instruction des nègres, comme des arriérés ethniques en général, est un des problèmes sociaux les plus ardus dont se préoccupent les Etats-Unis. Neuf des dix millions de nègres sont concentrés dans les quinze Etats du Sud, où ils forment le tiers de la population. Dans six Etats, appelés les républiques noires (black commonwealtlis), ils constituent la majorité. Les blancs s'effraient de cette marée noire montante et du ton de plus en plus énergique avec lequel les esclaves d'hier revendiquent les droits entiers de citoj'en, dont ils ne jouissent que théoriquement. Ils se révoltent à l'idée que les lois restrictives des droits de vote pour les nègres soient un jour abolies et qu'ils puissent être gouvernés par des administrateurs de couleur.

Les remèdes utopiques, comme le retour en Afrique et les restrictions de droit de suffrage, ayant échoué, les négrophiles tournent maintenant leur suprême espoir vers l'éducation.

Les essais que les Américains ont fait de l'éducation par l'école des races arriérées peuvent servir de leçon aux Etats qui ont des colonies de sujets ou de citoyens de sang noir.

Les pays européens à colonies nègres s'occupent déjà

586 l'éducation d'une rage

activement de leur instruction. La France possède de nombreuses écoles dans ses possessions africaines. L'Etat Indépendant du Congo compte déjà quelques écoles établies dans les Missions ; il entre à son tour et officiellement dans la voie, témoin le décret du Roi-Souverain, daté du 3 Juin 1006, instituant des écoles professionnelles à Boma, Léopoldville et Stanleyville (i). Quarante-cinq ans après la suppression de l'esclavage par l'acte d'émancipation, soixante pour cent de la population nègre des Etats-Unis du Sud se trouve à un niveau extrêmement bas de civilisation ; leur ignorance profonde résulte plus du manque d'écoles appropriées que du manque d'aptitudes intellectuelles chez la race ; l'absence de sens moral qu'on lui reproche est due aux conditions déplorables de l'éducation

(1) \'oici le texte de l'arrêté d'exécution pris par le Gouverneur général en date du 24 Novembre 1906.

1. — Il est institué à Boma, Léopoldville et Stanleyville des écoles professionnelles ayant pour but d'initier les indigènes aux. métiers de mécanicien, ajusteur-monteur, chaudronnier, forgeron, maçon, charpentier et aide-poseur de télégraphes.

2. — Les écoles sont annexées, à Boma et à Léopoldville, aux ateliers et chantiers de l'Etat, et à Stanleyville, aux ateliers de la Compagnie des chemins de fer du Congo Supérieur aux Grands lacs africains.

3. — Elles sont accessibles aux indigènes âgés de 12 à 20 ans.

Les autorités territoriales devront informer les chefs et les pères de famille de la faculté qui leur est donnée de faire instruire leurs enfants dans une profession manuelle et ils leur feront valoir les avantages que ceux-ci peuvent en retirer.

Il demeure toutefois entendu qu'aucune pression ne doit être exercée sur les intéressés et que les jeunes gens n'entreront dans les écoles que de 1-eur libre consentement.

Leur admission doit être présentée comme une faveur spéciale que leur fait l'Etat et non comme une obligation qui leur est imposée.

Les travailleurs de l'Etat se trouvant dans les limites d'âge indiquées plus haut, pourront également être admis comme élèves, si leur conduite pendant le temps qu'ils ont servi à l'Etat a été exemplaire et s'ils ont montré des aptitudes sérieuses pour une des professions précitées.

4. — A titre temporaire, et en attendant qu'il puisse être jugé des résultats que donnera la nouvelle institution, les écoles de Boma et de Léopoldville ne comporteront que trente apprentis et celle de Stanleyville vingt.

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