C'école normale pour instituteurs
Elle est ouverte à tous ceux qui ont terminé avec succès la troisième année d'études de l'Ecole secondaire.
Elle comprend plusieurs divisions :
a) Des cours g'énéraux sur la science et l'art de l'éducation^ (pie tous les normalistes doivent suivre comme complément au cours de l'école secondaire ; la durée de ces études spéciales est de deux années ; ils foi-ment i)r()fessionnelk'ment l'instituteur et l'institutrice.
h) Un cours d'agriculture de tiois années destiné à l'ormer des professeurs et des inspecteurs des cours d'agriculture (llg. ol8).
i'ig. 3kS. — Une leçon de lai lui a liaiii;
c) Un cours de travail manuel qui prépare des professeurs d'école industrielle et professionnelle ; la durée de ce cours est de trois -années.
d) Un cours de sciences et arts domestiques pour les jeunes filles, d'une durée de deux années.
e) Le cours de tenue des livres, d'une année.
LEhrCATlON DUNE RAGE
Les instituteurs et institutrices s'exercent dans la pratique de l'enseigneuient à l'école primaire d'application Wittlîier, à laquelle sont annexés des ateliers de travaux manuels et des jardins pour les enfants ; elle compte quatre cents
Fig. 319. — Une normaliste au jardin d'enfants de l'école d'application Witthier
L I^DrCATloN I) l'NK UACK
enl'aiils de couleur, externes, provenant des régions environnantes.
Les travaux de l'école prennent une forme intéressante ])ien adaptée aux goûts naturels des enfants.
Dans la figure 311» on voit la normaliste enseigner la construction à l'aide de blocs aux tout j)etits de l'école gardienne. Les vues rei)roduites dans les figures :i-2() et :'>2i
Fig. 320 — Jour de lavage dans les classes de l'école d'applicaiion Witthier
montrent les enfants des classes inférieures de l'école primaire qui s'initient aux premiers soins de ménage. Elles font, comme on le voit, avec un sérieux amusant, les travaux de lavage et de repassage qui n'ont rien de conventionnel et qui prolongent la vie réelle jusque dans le domaine scolaire.
La figure 322 donne l'aspect du jardin scolaire en pleine activité.
Conférences pour nègres (lôampton Hegro Conférences)
Les nègres adultes qui s'intéressent aux problèmes de leur race, qu'ils soient artisans, fermiers, ou engagés dans les professions commerciales, industrielles ou libérales, domestiques ou ouvriers agricoles, hommes et dames, sont invités
Fig. 321. — Jour de repassage à l'école d'application Witthier
en masse à des conférences annuelles, qui se tiennent dans divers centres d'éducation. Les conférences les plus fréquentées sont celles de l'Ecole industrielle et agricole de Tuskegee (Alabama) et de l'Ecole normale et agricole de Hampton. Les savants, économistes, professeurs, agriculteurs, financiers y traitent, au point de vue du relèvement de la race, de toutes les questions vitales.
LÏ;r)lCATION d'iinh kack
628 l'Éducation d'une race
Au dernier Congrès de Hampton qui a réuni 1400 congressistes, les instituteurs ont étudié les sujets suivants : les moj^ens d'intéresser la communauté à l'œuvre de l'Ecole, comment organiser l'Ecole pour les besoins de la communauté et en général en vue de l'éducation de la race.
Les médecins et hygiénistes nègres ont débattu les questions : comment le médecin nègre peut-il contribuer au développement de la race. La question sanitaire, la tuberculose, moyens curatifs et préventifs. Statistiques.
Les agriculteurs, fermiers, professeurs ont discuté des (|uestions techniques d'agronomie ; les systèmes d'exploitation et les moyens de les améliorer ; l'horticulture industrielle, l'extension de l'école agricole. L'Ecole agricole donne-t-elle tout son rendement ? etc.
Les conditions éconoîniqnes du nègre et le prohlème de la terre ont fait l'objet des débats dans une autre section ; le sujet principal était l'étude des moyens propres à faciliter aux nègres l'acquisition des terres. Ont fait encore l'objet des discussion, les sociétés coopératives de prêts hypothécaires dont l'action constante tend à ramener les nègres à la propriété de la terre. Assurances-vie pour nègres.
Le paupérisme parmi les nègres de la Virginie.
Ces *iongrès ont une grande vogue. Les négrophiles blancs et les nègres de distinction y participent en masse. Leur durée des assises est de 3 à 8 jours et les congressistes sont logés et prennent leur repas à l'Institut même.
Par ces conférences et les tracts remis aux congressistes les idées fondamentales se répandent dans les divers milieux et il en sort une unité d'action favorable à la vie de la race.
Nous avons gardé un très vif souvenir de notre séjour ta Hampton et un respect profond envers les hommes et dames du personnel enseignant et administratif, qui, dans un sentiment de pur altruisme, consacrent leur existence à cette pitoyable race, vivent au milieu de ces grands enfants et consacrent toutes leurs pensées et tous leurs actes à l'amélioration de leur sort. La noble et grande tache qu'ils accomplissent dans ce milieu hostile, qui ne les com[)rend
et ne les apprécie pas, qui discute encore la question de savoir si le nègre n'est pas une bête féroce ! (1).
L'exemple de ces personnalités de trempe, directeuis et professeurs, transforme rapidement la manière de vivre, de penser et d'agir de ces êtres déshérités, de toutes provenance et extraction.
Toute la vie de l'Ecole est une éducation. (ïarrons et filles étudient, mangent et passent leurs récréations ensemble. Dans les classes, les plaines de récréation, les réfectoires, ils sont parfaits de correction et se conduisent comme do vrais gentlemen. Ils sont haljillés avec goût : les jeunes gens en un costume mi-militaire, les jeunes filles généralement en blanc ou au moins en corsage blanc, à la mode du pays. Les élèves sont organisés militairement el ont à leur têle un major nègre, à taille de géant, qui est le bras disciplinaire de l'Institut et les conduit certains soirs en bataillons serrés musique en tète (fig. 323), dans les allées, vers les classes ou le temple. Ce qui frappe vivement, c'est l'esprit d'ordre, de régularité, de convenance qui règne dans cet établissement que les pauvres nègres semblent aimer connne leur "home».
Pendant les soirées inoublial)les que nous passâmes avec M. Frissell et ses professeurs dans le coquet pavillon qui fut gracieusement mis à notre disposition, nous discutâmes longuement les influences capables d'agir d'une manière si bienfaisante et si durable sur ces jeunes gens à peine civilisés.
"La contrainte matérielle est nulle, c'est l'action morale et la puissance de l'exemple qui sont nos seuls leviers, dit M. Frissell. Vous avez vu dans les réfectoires les jeunes filles placées vis-à-vis des garçons. Ils se montrent polis, déférents, serviables les uns envers les autres ; à la moindre malséance — extrêmement rare — le jeune homme est éloigné de sa place habituelle et mis à une table isolée : cette punition est la plus humiliante et la })lus redoutée que l'école puisse infliger".
il) The negro a icild beost. (Le nègre, une bêle sauvage) est le tifre d'un ouvrage à succès qui vient de paraître dans le Sud.
L'ÉDUC.yVTION d'iNE RACE 631
L'ômiiioiiL directeur Frissell nous retrara le niveau moral (les jeunes nègres qui, autrefois, allluaient de toutes parts à rinslitut ; certains ne savaient rien à propos de leurs parents ; d'autres, très nombreux, avaient été élevés dans des conditions déplorables ; la généralité étaient minables et ne possédaient aucune ressource. Actuellement beaucoup de cultivateurs nègres, propriétaires ou lermiers, et des ouvriers rangés envoient à l'Institut leurs enl'anls (pii ont lait des études élémentaires et paient la pension. Le progrès est notable matériellement et moralement.
Les gar(;ons et jeunes lilles sont traités avec fermeté et douceur; "ils sentent, insiste M. Frissell, (jue nous. Blancs, nous sommes leurs amis ; la bonne tenue, qu'ils imitent de nous et que nous leur imi)osons dès l'entrée, devient bientôt pour eux un besoin. Ils aiment à s'instruire et s'attachent aux travaux qu'ils aiment. Hampton est pour eux un milieu de i)aix, de travail et d'étude. Nos anciens élèves reviennent nombreux tous les ans à nos conférences et congrès et se déclarent heureux de se retrouver dans ce milieu enchanteur-'.
Les milliers de diplômés répandus partout, hommes de métier, professeurs, instituteurs, fermiers, ouvriers, comptables, commerçants, sont animés de l'idéal de Hampton ; noml)re d'entre eux ont fondé des bibliothèques, des clubs d'enfants et des associations de ménagères, qu'ils réunissent jusque dans leur propre maison pour leur enseigner la vie civilisée.
Au cours de nos excursions dans la région, nous avons fait des visites à quelques-uns de ces pionniers et avons pu les voir à l'œuvre : certains d'entre eux avaient établi dans leur habitation une bibliothèque publique pour enfants nègres; des dames de couleur, instruites, réunissent couramment chez elles des mères de familles du voisinage, poui- leur donner des leçons dans la pratique du ménage et l'entretien d'une maison, sur la façon de recevoir, de mettre la table ; elles initient ainsi, avec une patience et une ténacité admirables, leurs congénères ignorantes aux règles de l'iiygiène et aux pratiques de la civilisation.
La collaboration de ses anciens élèves, fait rayonner au
^^^ l'éducation d'une rage
loin l'influence civilisatrice de cette institution grandiose Hampton apporte parmi cette race abandonnée et exécrée* avec les moyens intellectuels et moraux, l'espérance de relèvement qui, dans certains Etats, est la seule soupape de surete contre l'explosion des haines de race et la pierre civile. ^
Bibliographie choisie
1. AUaullc Moiithly. — Kcrits de Prof. IJur^liardt Du liois Atlanta (Georgia).
2. Blhliography of ihe negro american. — Edité par W. E. liurgiiard Du P)Ois, Atlanta (Ga).
o. Nonnal school Worh among ihe freedrnea. Armstrong. — Sam.-C. Boston.
-t. The negro Farmer. — Kelsoy.
5. The Southern Workmau. — Normal Institute HamptonVa, Revue mensuelle.
(■). Hampton Leaflets. — Monthly, Hampton Institute.
7. Report of the superintendant of Inclian Schools. Washington Government printing office.
8. The Hampton Bulletin. — Report of the Negro Conférence 1906. Hampton.
9. Southern industrial Classes and Huntington Indusfrial Classes — in Virginia. Helen W. Ludlow.
10. Tushegee and ils People. — Booker W. Washington, D. Appleton and C° New- York.
il, F}'om Servitude to Service. American Unitarian Association Boston.