Ce mobelage géographique par les petits enfants
Le ^-oùt des acti viles manuelles et le souci de conllrnieiles connaissances acquises par le tact et par le sens musculaire, se traduit d'étonnante façon dans les écoles américaines.
'•Montrez surtout les travaux du laboratoire de géographie-, dit le directeur d'une école élémentaire de (Chicago au pi'ofesseur chargé de nous piloter dans l'établissement.
Le seul moyen qui reste à l'Européen d'étonner l'Américain, est d'écouter les paroles les plus surprenantes et de regarder les choses les plus renversantes sans apparence de surprise ni d'étonnement.
Autour de plusieurs bacs en zinc de 3 m. x 2 m. x 0.10 m. placés sur des tréteaux, une vingtaine d'enfants manipulent du sable légèrement mouillé ; ils modèlent chacun en relief tel quartier de la ville de Chicago, dont ils ont fait le lever au cours d'une promenade : on voit déjà se dessiner l'avenue, les rues en échiquier, le port, la rive du lac Michigan, une gare. Les notions de géographie s'enseignent par les yeux et par les bouts des doigts ; les enfants s'appliquent avec plaisir et entrain à ces travaux qui, tout en étant positifs, n'excluent pas la fantaisie.
Parmi les cartes modelées en relief par les enfants et placées sur des étagères ou pendues au mur, nous relevons, celles du comté de Chicago, de l'Etat de l'IUinois, des Etats- Unis, sur de grands globes ardoisés, les grands cercles tracés à la craie témoignent de leur emploi récent comme appareils de démonstration ; d'énormes telluriums figurent le système planétaire et solaire.
Dans une école de Philadelphie, nous trouvons la même caisse de zinc destinée à un autre usage : y germaient des fèves et des grains plantés par les enfants, pour servir à l'étude pratique des notions de botanique; le maître Peaurouge de l'école 27 de la Pine Ridge Réservation (Dakota-Sud) à l'occasion de notre visite, avait figuré des scènes empruntées à la vie des Indiens dans la caisse, de même forme, pour servir de leçons de langage en anglais. Les écoles ne séparent jamais l'étude théorique de l'observation méthodique des choses et des phénomènes dans leur état de développement successif.
Fig. 42. — Plan d'un jardin scolaire de Washington
ENSKKiNEMENT ELKMENIAIRK
9. 45,000 enfants cultivant les jarbins scolaires be Washington
A Washington, 45,000 enfants font des travaux de jardinage; tous les ans, les écoles organisent une ex[)Osition de rteurs, plantes ornementales, légumes, cultivés par eux, ainsi que des travaux des classes, dont les sujets ont été directement empruntés aux jardins. Les constatations intéressantes faites par M. Susan 1). Sipe dans la revue Elemeutanj Teacher nous amenèrent à Washington pour nous en({uérir du système ; nous y apprîmes que, en dehors des jardins déjà annexés aux écoles, le Département de l'Agriculture venait de céder au Board of Education deux acres de terrain à cultiver par les enfants des écoles élémentaires et secondaires (fig. 42). Qui prendra chez nous l'initiative de tailler dans les terrains vagues de la commune, de l'Etat, un coin où pourra s'épanouir la joie de nos élèves jardinant, semant et récoltant !
Fi;T. ^3. La moisson du maïs
ENSEfGNEMENT ELEMENTAIRE
Los leçons de choses, les travaux manuels, le calcul, les notions de géographie, etc., données dans les classes de Washington, évoluent autour de ces minuscules jardinets et remplissent les cours de données fraîches et concrètes relatives au sol, à l'humidité, à l'orientation, aux semences, à la germination, aux types de feuilles, bourgeons, fleurs, fruits
Fig- 44. — Fleurs de jardin, dessinées par des enfants de 11-12 ans
ENSEIGNEM ENT ELKM EN TAIRE
SOUS leurs formes les plus variées, d'après les espèces de végétaux et les saisons.
Les enfants tiennent des carnets dans lesquels ils marquent les dates de semailles, leurs observations sur la croissance (les plantes, l'apparition des fleurs, la maturité, et les récoltes.
Yoycy. avec quelle ardeur les petits moissonnent le maïs (li;^'. 13).
Les enfants y cueillent d'abondants bouquets qui leur servent de modèles au cours de dessin.
La liiî'. 14 montre l'application et l'interprétation que les enfants de onze à douze ans font de ces modèles d'après nature.
Fig. 45. — Un3 leçon de géométrie et de calcul dans les jardins
Le dessin, les exercices d'observation et de langage marchent parallèlement avec les travaux du dehors.
Dans le plan général du jardin, on distingue la division des jardinets et la division des cultures géograpîiiqiies ; un carré est réservé aux végétaux qui caractérisent les diverses régions des Etats-Unis ; le restant sert à la culture des produits horticoles et agricoles de la région de Washi no-ton.
KNSKIGNEMENT ELEMENTAIR F.
Les institutrices tirent admirablement parti de ces cultures ; elles y rattachent leurs leçons sur les vents, la pluie, la formation du sol et les conditions qui Je modifient. Les produits sont l'illustration vivante de la tiure des Etats-Unis. La géographie s'y dépouille décidément de la banalité des livres, et se présente sous des formes de vie attrayantes et fraiciies.
Fig 46. -■ Tracé des parterres par les élèves des classes supérieures
Le jardinage ofltre une ressource non moins vivante aux leçons de calcul et de formes géométriques. Gomme le montre la fig. 4.5, les enfants mesurent et pai'tagent des longueurs, des superficies ; ils calculent le coût de l'engrais par unité de surface, le coût de la main-d'œuvre, la quantité de semence nécessaire ; ils combinent des motifs géométriques vivants à l'aide de plantes ornementales ou de légumes ; ils choisissent des figures qui se prêtent à des évaluations, à des mesurages et des calculs qui mettent en action les principes fondamentaux de la géométrie et de l'arithmétique. Ces leçons d'arithmétique et de géométrie, qui vont aux sources primitives même de
la scieiirc, i)Ciivcnt-ellos se, comparer à celles (lui sont données, dans nos classes ?
(Ihnqiie année, au printemps, les écoles de tous les Etats-Unis organisent la fête des arbres, connue sous le nom de ''Arl)or day-. A cette occasion, les abords des écoles et. les classes sont fleuris ; les enfants cbantent des chœurs qui célèbrent la beauté de la nature ; les professeurs font des allocutions et les enfants disent des récits qui exaltent l'amour des arbres et le respect des i»lantes. Ces solennités sont
Fig- 4/
La récolte
ravissantes. N'y aurait-il rien à faire, dans cet esprit, par nos écoles, en attendant que, à l'exemple des Etats-Unis, nous organisions partout le jardinage dont les effets éducatifs sont indiscutables ?
Le jardinage prend partout la forme d'une manipulation raisonnée entrant dans le cadre des travaux manuels ; il amène dans la sphère d'observation des élèves et au niveau de leur compréhension, des faits de la vie végétale, si riche en enseignements ; il introduit la vie animée dans les écoles
et inspire aux enfants ramoiii- des fleurs, de la nature ; les travaux, réglés suivant les saisons et les nécessités des cultures, donnent des habitudes de prévoyance, de soin méticuleux* et procurent des occupations saines (flg. 46 et 47) : leur effet moralisateur est considérable. Ce que l'enfant récolte, lui appartient : même les produits du jardin géographique sont distribués au moment de la maturité. Avec les récoltes la jeunesse transporte le goût de l'horticulture dans les familles, y introduit la gaieté et le beau. Par l'école, l'amour des plantes s'est extraordinairement développé dans les milieux les plus pauvres et les plus imprévoyants. Dans les «slumS" (j) de nègres et dans les quartiers les plus misérables, il n'est pas rare de voir, devant les portes, ou accrochés aux fenêtres des masures en bois, des jardinets qui jettent une note de beauté dans ces endroits de misère et de laideur.