‹ Méthodes américaines d'éducation générale et techniqueChapitre 23 sur 160 · nature bes trovou · texte numérisé non relu

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Les "Grammar Grades» qui prennent les enfants à l'âge de dix à onze ans pour les conduire au seuil des écoles secondaires, vers l'âge de quatorze ans, sont une division de l'école élémentaire.

Le programme des études varie à l'extrême en ce qui concerne les travaux manuels et le dessin. Dans les écoles du Massachusetts, l'inspirateur de tous les progrès dans l'éducation, les élèves des "Grammar Grades» âgés de dix à douze ans, continuent ou les travaux de cartonnage et le modelage, suivant les principes constructifs des écoles de New-York, ou font des travaux du bois au couteau ; ils étudient ensuite

(1) Dénominalinu spéi-inle ;uix quartiers nègres.

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le sloyd ou travjiux manuols du bois, ;i l'aide d'outils, complets, à raison de deux heures par semaine. Dans le New-Jersey, les travaux manuels du bois à l'aide d'outils à la main et d'outils mécaniques sont enseignés dès l'âge de dix ans.

En présence de pareille diversité et de la dispersion sj)oradique des méthodes, nous devons forcément nous borner à décrire les branches techniques en elles-mêmes, laissant au lecteur le soin de les placer dans le milieu qui leur convient.

On trouve dans beaucoup d'écoles, notamment à l'école normale de M. Larrson, dont nous esquissons l'organisation, des collections de modèles datant de diverses époques, et montrant les phases successives que ces travaux ont traversées l)our adopter la forme actuelle. La première phase était industrielle et tendait à préparer les enfants à des métiers manuels pour les rendre aptes à s'assurer, en peu de temps, des moyens d'existence, au sortir de l'école primaire. Ce système, appelé économique ou technique, continue à être suivi dans de nombreuses écoles, instituées dans un but de relèvement matériel et moral de classes indigentes. Boston en possède cin(| dont la -North Bennet Industrial School", établie dans le quartier des étrangers ; elle enseigne, à côté des connaissances générales primaires, les premières notions d'apprentissage dans diverses professions manuelles ; la typographie, la vannerie, les modes, la cuisine, l'art de servir la table, pour les filles. Cette forme a été abandonnée dans le régime normal des écoles publiques, et a été remplacée par un système de travaux manuels à tendance purement éducative.

La théorie psychologique de l'éducation par les travaux manuels est définitivement établie ; elle peut se résumer ainsi suivant la conception des Américains : tout mouvement conscient a son origine dans une excitation des cellules motrices du cerveau. La pensée, sans action, peut développer l'imagination, mais laisse inculte la puissance de la volonté. La volonté ne peut se développer que par l'action. Tout mouvement musculaire se répercute sur les cellules du cerveau par les sensations, se fixe dans les centres de projection sous forme de perceptions

d'images. Pour augmenter la réceptivité du cerveau, l'éducation rationnelle veut qu'on varie la nature des mouvements des travaux manuels, pour intéresser successivement tous les groupes cellulaires. De ces faits il résulte que, pour développer la région motrice totale du cerveau, il faut multiplier les exercices amples et variés, et les régler de façon à aiguiser la sensibilité et la perception, à faire jaillir la pensée et à fortifier la volonté. Il en résulte aussi que si le mouvement devient liabituel, il peut se faire sans réflexion et il cesse de développer les cellules motrices ; dès lors, il n'a plus de yaleur éducative. Ce n'est que dans la première période d'excitation que l'action des travaux manuels est efficace. Des exercices, poussés au-delà du stade éducatif, peuvent devenir des moj'ens pour préparer à des travaux plus avancés d'ordre professionnel, mais ils ne sont plus à ranger parmi les branches qui contribuent à la formation générale.

De ces considérations, on peut conclure que l'action èducatrice des diverses formes des travaux manuels : couture, cuisine, travail du bois et du fer, vannerie, tissage, modelage, découpage de papier, cartonnage, se mesure par les réactions mentales qu'ils font naître, et par la progression des réactions qu'ils sont susceptibles de provoquer. C'est sur ces faits que certains éducateurs se basent pour donner aux filles les mêmes travaux qu'aux garçons, non seulement dans les écoles X)rimaires, mais dans quelques écoles secondaires.

2. Ces systèmes be travau^c manuels Ce sloyb contre le système technique

Les bureaux manuels variés, introduits dans les écoles américaines de tous genres et de tous degrés, qu'elles soient générales ou techniques, moyennes ou élémentaires, se réduisent à quatre grands systèmes fondamentaux qui ont chacun leurs partisans et leurs détracteurs: 1. le sysléme pédagogique, qui est représenté par le sloyd, d'origine suédoise; 2. le ^ystctne technique, qui est de provenance russe.

Ces deux s^'stèmos se sont profondément modifiés en passant par la mentalité américaine, mais ne sauraient néanmoins renier leur origine; 3. le système social; 1. le système artistique.

Le système technique est issu des méthodes de Della-Voss, vice-directeur de l'école technique supérieure de ^loscou. Cette école exposa en 1875 à Philadelphie les travaux de ses élèves et ses formes d'enseignement. - Ces travaux étaient attérents à des études techniques et visaient, par conséquent, l'éducation exclusivement professionnelle.

Vivement frappé par ce système, qui a{)paraissait comme une révélation, M. Runkle, directeur de l'Institut de Technologie de Boston, créa, la même année, des cours de travaux manuels hases sur les mêmes principes. En 1870, M. ^^'p<^^d^vard, directeur de l'école secondaire de l'Université de Saint-Louis et, après lui, Baltimore, Chicago, Toledo, Philadelphie, etc., ouvrirent des écoles secondaires dans lesquelles les travaux manuels organisés d'après le système Délia occupèrent une place plus ou moins large.

De ces écoles, dont nous donnons plus loin une description détaillée, les travaux manuels à tendance technique sont descendus dans les écoles élémentaires en se modifiant dans leurs formes, plutôt que dans leurs principes, pour s'adapter aux capacités et au dévelojipement physique des enfants de onze à quatorze ans. La pratique des travaux manuels suivant ce système, tend à révéler les aptitudes et à les développer ; le centre de gravité se trouve dans le principe technique, dans le procédé; les professeurs exigent une logique rigoureuse dans la construction, l'adaptation des moyens au hut à atteindre, l'usage d'outils variés qui assurent un entraînement physique et intellectuel.

Le système pédagogique, représenté par le sloyd (1), considère les travaux manuels, au même titre que les mathématiques, le dessin, les sciences physiques, etc., comme un instrument de culture générale, intégrale, exerçant l'attention, la perception exacte et le raisonnement, et tendant au développement harmonique de toutes les facultés. Il repose sur le principe de Frœhel : l'éducation par l'action, et a sa

(1) De l'expression suédoise "Slojo(ll« qui si^^nifie travaux manuels.

source dans l'œuvre scolaire de Goegnus, de Finlande. Il a été élevé à la hauteur d'un système par l'école normale de Naas, en Suède, et de là a envahi le monde civilisé, en se transformant suivant les latitudes, les mœurs, la mentalité des races.

Les cinq séries de modèles reproduits dans la fig. 48 que nous avons relevées dans le Musée de l'Ecole Normale du sloyd à Boston, caractérisent nettement, par contraste, les systèmes économique et pédagogique.

Les modèles A, B, G, I), E, F, impliquent certains exercices typiques réalisés par le s.vstème pédagogique, c'est-à-dire le sloyd ; les n'"' 1,2, 3, 4, 5 et 1', 2', 3', 4' représentent les phases d'exécution d'un porte-étiquette de jardin et d'un porte-manteau. Dans les flg. a, b, c, d, e, f, on voit apparaître les mêmes exercices typiques exécutés d'après le procédé technique.

Les travaux, à reprendre à la série A, par exemple, se rattachent, dans le sloyd, à l'exécution d'un objet fini, ayant un rôle et une forme déterminés, tandis que dans le système russe, l'opération se réduit à scier, suivant des lignes droites, dans une pièce de bois (a).

Sous la deuxième forme, le but principal du travail manuel réside dans l'emploi de l'outil, tandis que sous la première une pensée générale guide cet usage, savoir : la confection d'un objet d'un emploi défini, exigeant une construction appropriée à cet emploi.

La confection du modèle B montre, sous leurs divers aspects, les exercices multiples que l'élève doit combiner selon les principes du sloyd, pour donner au porte-manteau la forme requise par son emploi. Ges constructions comportent uniquement l'usage de la scie à chantourner.

Le sj'stème technique se borne à tracer à la même scie, des courbes dans une pièce de bois (b) ; ici la pratique pure et simple de l'outil, au point de vue professionnel ; là, l'usage de l'outil, rattaché à une idée qui se développe logiquement dans chacune des phases de confection.

Le modèle G, qui nécessite l'usage du vilebrequin et des gouges, est une étagère à outils. Ghaque trou foré ou tracé à la gouge et au ciseau doit, suivant la méthode pédagogique.

avoir des dimensions et une disposition précises, requises par la forme et les dimensions des outils qu'on désire y placer. Le modèle exécuté suivant le système technique, offre les mêmes exercices tout nus, sans aucune idée d'appropriation, exécutés sur une pièce de bois dans laquelle les élèves forent des trous aux dimensions imposées par le professeur.

Le modèle du sloyd D comporte essentiellement un assemblage en croix à mi-bois ; mais les macarons adaptés aux branches, dégagent le centre de l'assemblage , l'objet l)eut ainsi servir de support à un pot-à-fleurs: il peut se placer sur une surface inégale. Le modèle cl implique le même exercice, sans but précis, conformément aux principes du système technique.

La console E est faite, en ordre principal, de deux pièces assemblées en queue d'aronde ; les éléments constitutifs ont une forme convenant au support d'oljjets ; c'est la pièce du sloyd. Le modèle e renferme le même exercice, sans autre but que l'opération d'assemblage suivant les règles de la technique.

De même, d'un assemblage à onglet, le sloyd prend prétexte pour un encadrement (F), tandis que le système d'origine russe s'en tient simplement à l'assemblage technique {f).

Ces comparaisons montrent clairement les différences qui caractérisent les deux genres. Le sloyd repose, disent ses partisans, sur les lois du développement intégral des enfants, dégagées et conflrmées par les plus hautes autorités pédagogiques ; ces lois sont universelles.

L'expérimentation et les essais, poursuivis un peu partout, ont fait naitre, dans divers milieux et sous l'influence de personnalités novatrices, d'autres formes de travaux manuels.

Les préoccupations sociales ont donné naissance au système social, réalisé dans les écoles primaires de l'Université de Chicago et de l'Université de New-York ; la réaction contre l'absence du goût a inspiré un système que nous qualifions d'artistique, dont l'initiateur est M. Tadd, le directeur de l'Ecole publique d'art industriel de Philadelphie.

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