‹ Méthodes américaines d'éducation générale et techniqueChapitre 34 sur 160 · Cq métbobe Dewey · texte numérisé non relu

Cq métbobe Dewey

Deux écoles [jlncéos respocliveiueut sous l;i (h'pODdjiucc des rnivci'silés do (Miit'a;Li;'o et de Ne\v-'^'ork servent, de[)uis lilusicurs années de laboratoire d'essai aux idées les i)lus hardies en matière d'éducation.

M. Dewey, actuellement professeur à la faculté de Pédagogie de l'Université de New-York (Teacliers Collège), a réalisé à Ciiicago un système d'éducation basé sur des principes tout nouveaux, dans les([uels les travaux manuels, élargis et rénovés jouent un grand rôle.

L'école de New- York a été organisée ensuite suivant la même pensée que le célèbre professeur a plus récemment formulée dans son opuscule : School and ISociety. Sa thèse peut se résumer ainsi : l'évolution de l'enfant, sous l'intluence de l'éducation, passe par les phases de formation (|ui ont caractérisé l'évolution de l'humanité et spécialement la race aryenne à travers les âges. Les instincts de l'homme primitif se retrouvent dans l'enfant, dont l'intérêt est vivement excité par la vue des faits et ])ar la manipulation des choses au milieu desquelles l'ancêtre primitif a vécu. Les occupations judicieusement choisies éveillent les instincts des enfants, et les dirigent vers les vues modernes, en les faisant passer par les phases de conscience qu'a traversées une race supérieure pour arriver à l'état civilisé ; tel est le but et la méthode de l'éducation par l'école, selon la formule du professeur Dewey.

Le professeur Richards, de la même Université, amplifie <^.t précise, en ces termes les principes d'éducation, conçus par son collègue :

"Les premières notions qui se sont fixées dans le cerveau de l'homme primitif, ont été celles de la nourriture, du

vêlement, de ral)ri ; ces notions forment, à l'école, la hase des études et des travaux manuels pour les jeunes enfants : dès leur entrée à l'école, les élèves, de six à sept ans, étudient la pèche et la chasse ; le stade pastoral et a^iTicole est l'ohjît principal des cours du 2"'^ degré (âge de sept à huit ans). Suit le stade du commerce et du transport, le stade des métiers domestiques et, enfin, le stade industriel et commercial moderne.

Le type humain, qui sert de modèle, est l'Arj^en et non le Peau-Rouge qui a été arrêté dans son évolution par des causes encore m^'stérieuses.

M. DeweA', ses successeurs et ses disciples, ont d'ahord déterminé, après des études et des essais très intéressants, quelles notions l'école doit emprunter à l'iiistoire, aux conditions sociales, aux sciences, aux arts, pour assurer le plein développement ou, plutôt, l'évolution complète des facultés et des aptitudes de l'enfant. Ils ont ensuite esquissé les moyens d'exécution, c'est-à-dire la forme manipulatoire et classique appropriée pour porter ces notions à l'esprit des enfants.

Nous avons visité en détail les deux écoles, vu les installations, assisté aux manipulations et au cours, scruté les moyens d'enseignement ; nous en avons gardé l'impression nette que, si le système parait, au premier ahord, théorique et idéal, il se réalise dans la pratique très simplement. Nous essayerons de le décrire sommairement au point de vue de la formation manuelle.

"Le Professeur Dcwey", nous dit M. Jacqmann, le directeur de cette originale institution, "Cherche à solliciter le développement des facultés des enfants par un quadruple intérêt : l'échange des idées, l'information et l'invention des procédés, la construction d'olqets et l'expression artistique des sentiments et des idées : de ces éléments, mis en action, dépend la croissance psychique de l'enfant-.

Cet intérêt est mis en Jeu dans trois genres de travaux :

a) Le travail du hois dans l'atelier scolaire, le modelage, le dessin, etc.

b) Les travaux de la cuisine.

c) Le travail des textiles, la couture, le jardinage, etc.

J'.NKEIONEiMKNT ÉLÉMENTAIRE 13 9

O's Iravinix, ^iiidiiôs d'aj^rès le degré de dovoloppement des enranls, se rattachent à des faits simples do la vie chez riioinine, dans les divcM'ses étapes de la civilisation ; ils mettent clairement en lumière son f»-enre d'existence, ses occupations et les outils dont il se servait, ses moyens de défense et ses armes, ses lialùtations et leurs formes de construction, ses moyens de transport, ses arts.

Les travaux exécutés [)ar les enfants dans la cuisine, dans les ateliers, dans les jardins, ont uniquement pour but de développer les connaissances et les aptitudes qui correspondent aux divers stades de la civilisation. Pour lïxer les idées, voici le résumé d'une leçon typique: l'institutrice de la 2'"'' année d'études (enfants de 7 à 8 ans) décrivit un homme de six pieds, vivant seul dans les prairies de l'Ouest américain. Sa description colorée excita, l'imao-ination des enfants; lorsqu'elle demanda ce qu'il fallait à cet homme pour vivre, les réponses pleuvaient variées: des vêtements,, une maison pour y loger, un canot pour passer la rivière, une charrue, des outils pour travailler la terre, des armes pour se défendre. Les interlocuteurs s'arrêtèrent à l'étude de la maison. Le professeur interrogeant : Quelles dimensions devra-t-elle avoir ? Dix pieds, fut la réponse. Il fut décidé de la construire. La discussion qui s'anima sous l'intérêt, de plus en plus éveillé, fixa les formes d'uue maison très simple, en bois, des murs, de la toiture, des fenêtres, des portes, etc. A mesure que les idées se développèrent et se précisèrent, le tracé en fut fait dans les carnets, à l'éclielle de deux pouces par pied. Les plans étant terminés, les élèves se rendirent à l'atelier; le bois non dégrossi, nécessaire à la construction de la maison, fut débité aux dimensions requises et, par groupe de six, les élèves attaquèrent le façonnage des pièces, en se servant, dans ce travail, de la scie, du rabot, du ciseau, de la gouge et du marteau.

Au cours des discussions préliminaires et de l'exécution du dessin surgirent, de la manière la plus naturelle, des. questions d'histoire qui expliquèrent l'origine des inventions et leurs effets dans la vie sociale et économique, des exercicesde géométrie, de calcul, des notions de géographie sur le terrain, l'orientation, la pluie, le soleil, la vie des plantes,.

le bois, etc. Sous la forme pratique et attra^'ante des travaux manuels, ces connaissances s'assimilèrent comme par enchantement. ^'oiIà le système. L'éducation des sens de la vue, du toucher, des muscles, l'aptitude de cordonner l'action des mains et les perceptions de l'œil, l'appel constant à la mémoire, au ju^'-ement, l'habitude de l'effort, de l'ordre et de la méthode dans l'activité, la connaissance des outils et de leurs effets, tels sont les résultats de cette méthode d'enseignement qui attire, dans le rayon d'action des enfants, des faits empruntés à la vie, et par consé(|uent à la portée de leur intelligence.

Pareillement, les enfants de divers âges, filles et garçons, font la cuisine ; ils étudient les notions et les manipulations de chimie y afférentes. La préparation du sucre, décrite ci-après, élucide le système.

La fabrication des chandelles et le tissage, dont nous donnons aussi un aspect pliotog-raphique, montrent le caractère social et historique de cet enseignement original. Les manipulations de tous genres de matériaux, pratiquées à l'école sont, pour les enfants, un plaisir intense et une source de connaissances solides. Le tissage de la laine, par exemple, qu'ils font sur des métiers mignons, réduction des anciens métiers, est précédé de ht préparation de laine brute par le cardage à la mode primitive. Cette laine est ensuite filée et teinte à l'aide de couleurs naturelles, puis tissée sur des châssis à tisser ou sur les métiers.

A travers toutes les études, la culture du goût est l'objet des soins constants ; le modelage et le dessin sont traités comme des modes d'expression spontanée de l'enfant.

Les méthodes de travaux manuels à caractère social sont une réaction violente contre l'étude des mots et des symboles, au travers desquels les enfants ne voient guère les choses. Elles font reposer l'éducation sur les faits, sur la substance même des connaissances.

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