‹ Méthodes américaines d'éducation générale et techniqueChapitre 60 sur 160 · Ce travail ou bois · texte numérisé non relu

Ce travail ou bois

A. — La 7nenuiserie : râtelier, l'outillage, les h'avaux.

La figure 136 donne une idée des ateliers de l'école de Boston dans laquelle s'enseignent les travaux du bois. Loin d'être réfugiés dans les sous-sols, ils sont placés au bel étage et sont parfaitement ventilés ; le jour, ils sont inondés de lumière naturelle et le soir, richement éclairés par un luminaire électrique générai et une lampe à incandescence par élève.

Le t,ype courant d'établi est double, i)0urvu sur chaque face d'une vis et d'un valet et d'autant de tiroirs qu'il y a de groupes d'élèves qui doivent s'en servir le jour et le soir. L'école fournit gratuitement tout l'outillage ; à l'ouverture des cours, chaque élève trouve dans son tiroir : une varlope, une demi-varlope, un rabot, des bouvets avec un jeu de profils, des ciseaux de 1/4, 3/8, 1 et l 1/2 pouce, un jeu de becs d'âne et deux jeux de mèches à 3 pointes et ordinaires, un poinçon, un tourne-vis, un trusquin, une râpe, des chasse-clous, des lattes de dessin, une brosse. Il trouve dans son armoire persoimelle un compas, une équerre à lame d'acier, une fausse-équerre, une équerre d'onglet,

ENSKlCiNEMHNT SKCO.NDAIKIi 'IKCllNiniK

une tenaille, un vilebre.juin, un maillet, un marteau, une scie à refendre, une scie à araser, une scie à chantourner, une i)ieri'e à l'huile, un jeu de limes, des clous, du papier à l'émei'i. uik; ])resse à main.

Dans une boite fermée à chW, l'élève reroit, en outre, les outils à scul|)ler : des ciseaux et un jeu de six jL^oug-es.

Dans l'atelier, nous relevons encore un fourneau pour ehauHer la colle et deux meules actionnées par des moteurs électriques et alimentées d'eau par un système de tu\'aux en laiton.

Un mag'asin d'outillag'e de rechaniie attenant à l'atelier renferme aussi l'outillag-e d'emploi occasionnel : des bouvets, des i)resses serre-joints, etc.

Fig. i36. — Les élèves au travail à l'atelier de l'Ecole secondaire de Boston

Le contrôle de la sortie des outils se fait comme suit : à l'ouverture des cours, au commencement de l'année chaque élève reçoit trois jetons en cuivre numérotés ; en échange de l'outil qu'il emprunte, il remet un jeton qui prend la place de l'outil ; lorsqu'il le rapporte, il rentre en possession de son jeton.

278 ENSEIGNE.MKNT SECONDAIRE J ECHMOUE

Dans une salle de débit de bois attenante, se trouvent les scies mécani({ues, à ruban et circulaires, dont l'instructeur enseigne la conduite aux élèves les plus avancés.

Le tableau boraire de la «Crâne Manual Training Scboolà Cbicago (page 212), place le traNail du Ijois en première aimée d'études et lui assigne lo semaines de cours à raison de 10 heures, par semaine, soit en tout iOO beures de leçon ; 100 heures à chacune des si)écialités suivantes : 1) menuiserie, 2) tournage sur bois, 3) ébénisterie, 4) modelage iiidustriel.

A Chicago, comme ailleurs tous les cours reposent sur des études technologiques très étendues portant sur les arbres et les essences de ])ois, les outils et les opérations du travail.

Par l'étude des arbres, le cours touche aux sciences naturelles. A propos du chêne, par exemple, le professeur examine son importance dans la construction d'autrefois ; son emploi actuel, plus restreint en raison de la mise en oeuvre de bois plus tendres, du fer et de l'acier ; les propriétés chimiques du bois de chêne, les espèces, le mode de mesurage des bois de commerce, les lieux de production ; caractère et beauté, rayons médullaires, feuilles, fruits ; coût et l'emploi dans rateli(3r.

Lorsque l'élève emploie de nouveaux outils, le professeur fait la description démonstrative du rôle de la forme, du mode d'emploi, du montage et de l'affûtage dont l'élève prend note surtout sous forme de crcxpiis. Dans ses cahiers de notes, se trouve condensé tout le système : voici le résumé d'une leçon sur le mode de raboter le bout d'une pièce, enseignée avec une compétence rare par M. Rilchey, l'instructeur et auteur d'un album intitulé : L'omise in ^]^oodwork (1) qui constitue un ensemble de syllabus destinés aux élèves.

En tète, nous lisons les instructions ainsi libellées : "1° Déterminer à l'équerre les inégalités du bout. "2° Vérifier si le rabot est bien monté et affûté,

(1) Course in VVoodwork. Préparée! b^v Ritchey, Chi'-ag-o American Book C°.

ENSKIGNEMENT SECONDAIRE TECHNIQUE

«3° Raboter un des cotés du Ijout en pesant sur la tète du rabot.

« 1" Raboter dans l'autre sens en vous arrêtant au moins à un centimètre du Iiord.

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Fig. i37 — Travaux de menuiserie exécutés par les élé\es de l'Ecole de Boston

'•N'essayez jamais de raboter tout ]e Lout dans une seule direction, vous enlèveriez des éclats, ce qui serait du gaspillag'e, surtout pour les l)ois d'ébénisterie plus précieux : le cerisier, le S3'comore et l'acajou".

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Fig i38. — Suite des travaux de menuiserie exécutés par les élèves de 1 Ecole de Boston

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Les caniels sont l'ciiiplis de cro(juis ([ui illustrent les procédés d'exécution basés, ;i la fois sur les traditions techniques, sur l'expérience piati(pi(î et déduits de la nécessité

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Fig. i3g. — Véritication d'une surface plane à la règle

d'économiser la main d'ieuvre et la matière première ; ces procédés s'appuyent toujours sur la connaissance parfaite des proiiriétés du l)ois et de sa résistance.

Fig. 140. — Véritication à l'equerre

Sur les planches (flg. 137 et 138) figurent les travaux de menuiserie exécutés à l'école de Boston. Les objets dont les numéros sont accompagnés d'une lettre, sont des modèles supplémentaires ; les autres forment la base irréductible du cours. Ces travaux, comme on le voit, appartiennent au groupe technique modifié sous l'influence du sloyd. La parenté des deux systèmes est indéniable. Certains d'entre les objets ont une destination utile et forment un ensemble complet; les autres, plus constructifs, matérialisent [)lut(Jt des procédés techniques, les opérations à la scie, au rabot, au ciseau, la construction d'assemblages, le travail au vilebrequin.

Fig iii.

Vérification sans usage d'instruments

L'emploi sj'stématique et logique des outils, dans tous les procédés d'exécution, tel est le but constant du cours; les méthodes qui guident les travaux, en apparence techniques, visent avant tout l'éducation, la formation intellectuelle intégrale conformément aux prescriptions du sloyd.

Les travaux des autres écoles secondaires sont, en général, conçus dans le même esprit. M. Franck H. Selden, l'éminent directeur des travaux manuels de l'école secondaire annexée à l'Université de Chicago, nous a fait assister à une opération qui montre d'une manière frappante comment les

ENSEIGNEMENT SRCONDAIRE TECHNIQUE

travaux, l)icn conduits, contribuent au perfectionnement des sens, les élèves en étaient arrivés aux premières opérations de rabotage et du dressaft-e des faces de pièces de bois; au coui's de l'exécution, ils vériliaicnt ce li'avail; pour suppléer à l'insuttîsante formation de la vue, les débutants se servaient dans ce but, d'abord, de la rè<^le (fig. 139), ensuite de réquerre (fijLi'. 110); mais après (piebfues exercices, ils avaient acijuis assez de sûreté de coup d'o-il ])our se borner à la véritication sans faire usa^'e d'aucun instrument (fi^'. 111). Un ffi-and but d'éducation fut ainsi atteint.

Fig. 14:

l'rise de mepure sur le trnsq'iin

Dans aucune école, nous n'avons vu enseigner les travaux manuels avec plus de méthode et un sens plus profond de la science éducative qu'à Chicag'o. Voyez avec ({uel discernement et quel esprit d'analyse s'enseigne l'opération préliminaire de la mise à épaisseur de la même pièce à l'aide du trusquin.

Ce travail présente trois phases:

a) Le montage du trusquin pour le tracé d'un trait, à une dislance donnée de l'arête de la pièce (fig. 142).

h) Le trusquinage de l'épaisseur à garder (flg. 143).

c) La façon de terminer sans accroc le trait (flg. 144).

Le dévelopitemeiit du sens d'observation par la vérification systématique des opérations est poursuivi avec le plus

grand soin dans tous les travaux. Une élève, — les jeunes filles participent aux travaux du bois au même titre que les garçons à l'école secondaire de Chicago, — a^^ant construit et collé un assemblage sur bout à mi-bois, elle Fifi- 143. — Tracé au trusquni vérifie : o) Si les faces exté-

rieures des deux pièces sont dans le même plan (fig. 145 et 146) ; h) Si elles sont assemblées extérieurement à angle droit (fig. 147). Au début, les vérifications à l'aide d'instruments sont la règle ; à mesure que l'œil de l'élève et le jugement se forment, les moyens mécaniques sont graduellement abandonnés.

On ne saurait méconnaître le caractère hautement éducatif de pareille méthode d'enseignement, (i)

Les travaux qui se font sans être guidés par une pensée précise n'ont, aux yeux des Américains, aucune valeur comme moyen d'éducation ; ils accusent les éducateurs suédois d'avoir retiré la pensée et la vie aux modèles du sloyd, à force de l'épurer et d'en expulser toute nuance techni(|ue; le souci d'introduire dans les travaux une pensée directrice explique le soin avec lequel les projets sont i)réalablement discutés par les élèves.

Dans ce but, ils se groupent autour des professeurs (flg. 148), échangent

leurs vues, questionnent, Fig. 144 — L'achèvement du irace au trusqum

critiquent, tant que la pensée à développer dans le travail n'est i)as nettement précisée. De même, i)Our enseigner une

[Y] Sous le titre: Elemeiitary A^'oodwoik fnr use in Manual Training Classes, M. Franck H. .Seldeii, directeur des travaux manuels et de modelage industriel â l'Université de Chicago, vient de publier un ouvrage remarquable que nos lecteurs consulteronl avec intér^^t. 11 publiera à bref délai un ouvrage sur le travail au tour.

ENSEIGNEMENT SKCOXDAIliK lECIlNK U E

()|)('i';iU()n iiouvolle ou rusiijjc d'un oulil non (Hudié, U^ professcui' i'(''unit les (''l(>\-(!s ;iul(»ur de lui, dcunonlo l'outil, en doci'it les parties, l'aUVitc, \o louionto, en explique, l'usage et l(>s edets.

Dans les (k'oles normales pour professeurs do travaux manuels et dans k^s milieux scolaii'os, les ellets de (diaque outil, do chaque opération, et do l'excnaition de chaque objet ont été expérimentés m(''liculeusemen! au j)oint do vue ('ducatif.

Fig. 145. — Vérification de l'assemblage sur une face

Si la doctrine tend à s'unitier et à se tixer, la forme des objets auxquels se rattachent les travaux, varie à l'infini, suivant la formation personnelle des professeurs et l'influence des milieux.

Certaines écoles secondaires accentuent, plus que les autres le caractère artistique des travaux et clierchent à développer le sens du beau par l'exécution d'objets qui présentent de belles lignes et une décoration de goût. Aux modèles de base, imposés à tous les élèves et qui relèvent plutôt de la technique de la menuiserie industrielle, les professeurs ajoutent des objets auxquels les élèves appliquent des

incrustations, le découpage et même la sculpture, travaux décoratifs qui répondent à une préoccupation d'art, malgré leur caractère sommaire.

Fig. 146.

Vérification sur l'autre face

La figure 149, qui représente les travaux supplémentaires faits par les élèves de première année de l'école secondaire de Manliattan N. Y., est caractéristique; les tendances qu'elle décèle s'écartent sensiblement de celles qui sont exprimées dans les travaux de l'école de Boston, plus froids, plus industriels, mais peut-être plus rigoureusement éducatifs.

B. — La sculpture du bois.

Le goiit local et la formation personnelle des professeurs se révèlent encore dans les tendances et le caractère décoratif des modèles sculptés par certaines écoles secondaires techni-

Fig. 147. — Vérification / .

de rangie d'assemblage qucs américaines.

ENSEIGNEMENT SKCONDAIKK J'KCIIMnUE

Disons de suite ([uc le ^-oùt n'y pi'fMloininc piis ; que l;i ii;iMvi'et('' (h'coi-iilive est à peine i';icliet(M' p;ir l'intérêt considiM'nhlc (pi'ollVenl les exercices de scuiptiii'c comme moyen dV'MJnciition. (Test (jue l;i ijouf^'e est un insti'ument ([ui doit rti-e ;4uid('' i»;ii' une main sûre et par la vision nette de la décoration a i'<''aliser. Les travaux de sculpture se font sur les établis de menuisier. Les bois à tailler sont fixés dans la vis ou sous le valet ; l'oulil est chassé à la main ou à Taide d'un h'^er maillet : la connaissance de la texture du bois, de la l'acon dont il se comporte sous l'outil, est la premièi'e science du sculpteur.

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Fig. I4'^. — Démonstration et discussion préalables à l'auditoire de l'atelier

Les élèves sculptent sans mise au point, à la pointe de l'outil.

Par une série d'exercices géométriques, ils apprennent à manier la goug-e sur une pièce de bois et à inciser des entailles dans tous les sens par rapport aux fibres. Ils finissent ces travaux préliminaires par des incisions circulaires, de façon à manier l'outil dans toutes les positions de la main

ENSKKiNKMKNT SKCONDAIHK 'JKCIINIQUK 28^

gauche el de la main di-oito |)t)ur rexécutioii d'une ornemenlalion sini{)l(s mais délinic ot préalablemenl ari'ùlée.

Par la taille do.s modelés, les élèves entrent dans la S(aiI[)Lure d'ornements de complexité graduée ({u'ils com[)lètent de la sculpture sur des surfaces convexes et sur des surfaces concaves ; le but final se résume dans l'exécution d'ornements courants, de frises, de rosaces et d'autres combinaisons ornementales (lig. 150).

Les travaux de sculpture prennent tout au plus cinq-six semaines dans la moyenne des écoles.

Les travaux de l'école secondaire de P>oston sont fortement influencés par le mouvement artisti(|ue dont le Massachusetts est l'initiateur. Leur parenté avec la tecliniipie spéciale du sloyd suédois est indéniable ; la planche 150 le prouve ; l'allure artistique de certains modèles se ressent de la formation sérieuse reçue par les élèves dans les cours de dessin et de modelage des écoles élémentaires.

0. — Le tournage et le tnodeldge industi'iel. IJdtelier. — L'outilldij:'. — Les travaux.

Le travail du bois est enseigné dans toutes les écoles techniques secondaires sans exception. L'école de Boston possède un outillage et des installations d'une grande richesse ; l'atelier, figuré dans la figure 151, en donne une idée ; 3(-) élèves peuvent y recevoir simultanément leurs leçons ; la salle est pourvue dans ce but de oH établis doubles (fig. 152) munis de 6 tiroirs destinés à recevoir les outils pour 6 groupes d'élèves. Sur une face de l'établi est installé le tour mécanique commandé par une transmission, actionnée elle-même par un moteur électrique ; sur l'autre face, qui est un établi de menuiserie pourvu d'une vis, l'élève peut préparer des bois pour le tour et faire les travaux de parachèvement.

Pour les travaux au tour, chaque élève dispose d'un jeu de 4 gouges, spéciales, au taillant arrondi en forme de cuiller et d'un jeu de 4 ciseaux à double biseau au taillant oblique de 1/4, 1/2, 3/4, 1, 1 1/4 pouces et de quelques outils spéciaux : sabloirs, gouge coudée, etc.

Dans les tiroirs de l'établi, nous trouvons une 1 '2 varlo})e, un rabot, un jeu de ciseaux ordinaires, un couteau,

ENSEIGNEMENT SECONDAIRE TECHNIOUE

ii]i trusquin, une règle, une brosse, des compas d'épaisseur, des équerres, des mèches et un vilebrequin, un maillet, ])ref tout l'outillacre du menuisier.

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