Ces effets bes travau;c manuels. Objections
L'Américain a la conviction profonde que, apprendre comment travailler et former des habitudes d'activité, sont des éléments indispensables de la vraie éducation pour la fille et le garçon.
La doctrine du "learning and labor" est inscrite à chaque page de l'histoire des Etats-Unis, Jusqu'il y a une génération le travail manuel familial jouait un grand rôle dans l'éducation.
A la ferme, le jeune garçon s'occupait dans les champs,, les bois, le jardin, à ses jouets, dans les ateliers du
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voisinage, où il pouvait apprendre les rudiments d'un métier, tels que la forge, la cordonnerie, la charronnerie, la menuiserie.
La maison coopérait alors avec l'école pour l'éducation du garçon ; la famille cultivait ses facultés actives ; l'œuvre scolaire la complétait par les livres et la parole du maitre. Actuellement les campagnes sont désertes, les ateliers sont devenus de grands établissements industriels. La population américaine s'est urbanisée. Même si l'enfant peut, dans des limites étroites, s'occuper chez lui, le maitre lui demande trop de temps. Son éducation dépend exclusivement de l'école qui devraii s'efforcer à appliquer le principe de l'éducation par le travail. Un nouveau besoin éducatif s'est manifesté dans toute la vie des cités. Le peuple sent que la balance entre le travail et l'étude est troublée.
Les travaux manuels satisfont au besoin si profondément ressenti ; aussi leur a-t-on fait grand accueil.
Le sens commun du peuple a suivi et pratique la doctrine des philosophes qui cherchent l'éducation par et dans le travail.
Après avoir longtemps [négligé la doctrine du "learning and labor" l'Américain est retourné vite et complètement aux pratiques saines de l'éducation de l'effort physique, moral et intellectuel par les travaux manuels ; son enseignement a rétabli ainsi une harmonie parfaite entre les besoins de la civilisation moderne et l'éducation par l'école.
Les effets des travaux manuels, combinés avec les études littéraires et scientifiques se manifestent de plusieurs façons.
Les professeurs les plus réputés sont unanimement d'accord pour définir ainsi les résultats de l'introduction des travaux manuels dans l'enseignement :
1° Ils retiennent les élèves longtemps à Vécole et assurent une fréquentation régulière.
A Saint-Louis, 50 ° „ des élèves qui entrent à l'école secondaire y terminent leurs études. Nos statistiques sont loin d'atteindre ce chiffre.
Les écoles secondaires ont pu augmenter notablement le nombre d'heures de leçons par jour ; actuellement les cours se
donnent de 9 à 3 heures 15, avec une 1/2 heure d'intervalle pour le lunch, alors qu'autrefois les leçons ne duraient que de 9 cà 2 h. 45 ; les élèves s'astreignent, mieux que dans le passé, à faire des devoirs écrits à domicile. L'accroissement de la fréquentation est attribuée à l'attrait, à l'intérêt et à la variété des études, dûs à la présence des travaux manuels inscrits aux programmes. II est prouvé que beaucoup d'enfants, qui ne possèdent ni ambition ni ai)litudes pour les études verbales, gagnent souvent une ardeur et une compréliension vives sous l'influence stimulante des travaux manuels.
2" L'effet moral est visible dans la facilité avec laquelle la discipline se maintient dans les écoles, malgré l'allure libre et franche de la jeunesse américaine, les parents euxmêmes rapportent, que le plus vif désir des enfants est de pouvoir établir un atelier à leur domicile et qu'ils y travaillent avec ardeur dans leurs moments perdus.
'i" Aux enfants, qui sont lents de pensée et de parole, les travaux manuels donnent de fortes aptitudes mécaniques : ils se préparent ainsi les moyens de réussir comme ceux ({ui parlent bien et ont une excellente mémoire. Les travaux qui exigent du jugement, de l'observation et une main ferme, éveillent les facultés qui ne sont guère touchées par l'enseignement de classe ; les qualités dominantes de beaucoup de jeunes gens bien i)ortants et de constitution solide, ne se trouvent pas toujours dans l'étude facile des mots et des symboles de choses, dans les formes de langage, dans les connaissances de seconde-main dispensées par le professeur et les livres. La meilleure forme de développement, adéquate à la mentalité moyenne de la jeunesse, est celle des travaux manuels. La puissance intellectuelle d'un enfant peut èlre grande sans résider dans la mémoire et sans se révéler par les études scolaires classiques.
Gen. -Francis- A. Walker, ancien directeur de l'Institut de Technologie de Boston, aftirme que -dans les écoles classiques «il n'y' a pas de chance de développement pour les jeunes «gens de perception aiguë, habiles dans les manipulations, «corrects dans l'interprétation des phénomènes mais rebelles
«aux choses de mémoire et au rendu des opinions et consta- -tations des autres; ces écoles satisfont moins encore ceux "qui, en raison de la lenteur de pensée, de la paresse de "la mémoire des mots, sont inaptes à la gymnastique "intellectuelle ordinaire. Ceux, qu'on range, avec une facilité «pédagogique par trop sommaire, parmi les arriérés, sont "parfois plus normaux que les aigles des classes. L'ensei- "gnement de classe ne met en activité qu'un nombre limité «de faculté".
L'école moderne complète l'action des cours abstraits et verbaux par les travaux manuels et agit sur toutes les facultés.
4° Les violions des choses et des forces, de leurs relations, acquises par l'expérience personnelle et sans interposition d'intermédiaires, sont plus vigoureuses, plus profondes, plus durables que celles acquises par ouï-dire ou tirées de l'expérience des professeurs.
Les activités de l'atelier scolaire complètent les connaissances de sciences naturelles, enrichissent le vocabulaire et le langage ; un grand nombre de mots et d'idées ont leur origine dans les phénomènes du monde physique qu'expérimente le travail manuel.
5° Létude des formes, des matériaux et des procédés jette une vive clarté sur les connaissances scientifiques et facilite l'étude des mathématiques.
Ce fait est démontré par le goût que mettent les jeunes gens des «High schools" et même des "Grammar schools- à confectionner des objets de démonstration pour les cours de physique. Ces appareils, dont nous avons reproduit des spécimens (flg. 59 et ss.), sont simples et démonstratifs et rendent possible l'introduction du travail de laboratoire dans les écoles élémentaires et moyennes peu dotées.
6° Les travaux manuels sont révélateurs du goût naturel et des aptitudes et ils aident ainsi au choix judicieux . d'une profession. Dans la majorité des cas, ce choix résulte des circonstances accidentelles et des hasards d'entourage. L'opinion commune est et reste, qu'il ne faut qu'une faible dose d'intelligence pour devenir un ouvrier qualifié ; les ■fils de fermiers, d'artisans, de petits bourgeois, nourris de
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ces idées, n'npprécient pas la profession du [)ère et sont attirés vers les carrières d'employé, en apparence supérieures. L'enseignement (jui l'ail naitre des idées aussi fausses est un danger ; les combinaisons commerciales, les i)rojets de constructions mécaniques et leur exécution intelligente, nécessitent de fortes ({ualités intellectuelles ; le préjugé populaire continue à donner une fausse estimation de la valeur comparative des professions quant aux capacités intellectuelles qu'elles mettent en jeu ; en cultivant la main et le cerveau, l'école mettra fin à ces préjugés et prétentions et cessera de fausser l'esprit des parents et des enfants.
7° Les travaux manuels élèvent Vétiage des procédés et ?noi/ens d'exécution ?nécanique et donnent aux professions manuelles plus de dignité, plus de considérati(m, tout en augmentant la puissance industrielle du paj^s.
L'emploi généralisé des installations et outils mécaniques, supprime graduellement les formes inférieures du travail; chaque profession s'ennoblit par l'influence de la pensée et par les aptitudes supérieures qu'elle requiert; l'exploitation fermière même dans nos pa3'S tend à devenir une affaire de chevaux-vapeur, de machinerie; les usines suppriment tout effort brutal par la manutention mécanique.
Le développement des aptitudes pour créer, construire, conduire les outils, élève les occupations du labeur animal au rang des professions intellectuelles.
Or, ces aptitudes se développent admirablement dans les travaux manuels par le fait qu'ils se font d'après un plan précis, qu'ils anah^sent les opérations apparemment complexes, en des opérations simples et élémentaires ; ils préparent ainsi les élèves à résoudre les i)roblémes imprévus qui se posent dans la vie pratique sous de nouvelles conditions et nécessitent des matériaux variés, parce qu'ils donnent la méthode logique et scientifi(|ue de travail et développent ce qu'on pourrait appeler l'intelligence industrielle.
Allez dans \in atelier de forge : une fournée de jeunes vulcains, les bras nus, ceints d'un tablier de cuir, transpirent sous l'ertbrt ; ils travaillent devant l'enclume avec une attention concentrée qui dit l'intérêt et le plaisir qu'ils ressentent. Ils agissent des bras et du cerveau. Ils étudient les définitions
dans le seul dictionnaire qui réellement définit; ils apprennent la vraie signification des mots tels que : fer, acier, laminer, tremper, courber, etc. Dans l'atelier où les métaux sont travaillés à froid, chaque nouvel exercice est comme une promenade dans le nouveau champ de pensée et d'investigation.
8° Les travaux manuels stimulent l'esprit inventif. L'homme de pensée pure fait rarement une invention, un perfectionnement pratique, ignorant les conditions essentielles à réaliser; le praticien inculte est aussi impuissant, mais l'alliage des deux connaissances, des deux aptitudes dans un homme à valeur ^ personnelle, donne un puissant stimulant à l'esprit d'invention. Nous sommes à l'aurore du siècle des inventions tendantes à réduire l'effort humain, à réaliser des merveilles de commodité et de confort. Dans la culture d'un peuple ce facteur est de première importance.
9" Les aptitudes acquises pay^ les travaux manuels éducatifs à l'école facilitent au jeune homme la question du gagne-pain.
Les usines se disputent les élèves des -Manual training schools,r leur accordent, avec les facilités d'accès, des salaires immédiatement élevés.
Les objections. — Alors que les professeurs de l'enseignement secondaire comme les pédagogues américains les plus pointus, sont unanimement ralliés depuis longtemps aux travaux manuels, comme branche d'éducation générale, nous sommes loin d'admettre avec la même unanimité le nouveau moyen d'éducation qu'on a appelé par une expression heureuse les «humanités techniques».
Aux Etats-Unis les dernières objections sont tombées sous l'éloquence des faits. Les divergences de vue qui subsistent portent sur la nature et l'étendue des travaux ; les discussions ne font plus sonner aucune note discordante quant à leur rôle capital dans l'éducation moderne.
Dans les paj^s européens et chez nous, il y a beaucoup de confusion au sujet de l'étendue, la signification et la valeur des travaux manuels. Les discussions publiques en font la revue périodique.
Nous regretterions beaucoup si notre exposé de l'organisation des écoles secondaires américaines ne fit pas ressortir
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assez nettement la dilïerence entre une "Manual training IIi<^li school" et une école professionnelle et industrielle.
On dit : "des écoles conçues d'après ces jjrincipes ont le caractère d'écples techniques, industrielles, professionnelles, et font double emploi avec les écoles spéciales existantes".
L'école industrielle n'enseigne que les notions scientifiques qui trouvent leur application directe dans l'industrie ; elle confine l'élève dans le champ industriel ; le côté éducatif est accessoire, môme nul ; le côté utilitaire est le seul objet de ses préoccupations.
Les écoles techniques enseignent à la fois l'art et la théories de métiers.
Une école professionnelle a pour but d'enseigner à fond, pratiquement et théoriquement et aussi rapidement ({ue le permet l'aptitude des élèves, un métier dans tous ses détails matériels.
Toute l'instruction porte exclusivement sur la profession visée. Au cas où les résultats montreraient que le choix de cette profession ne répond pas aux aptitudes des élèves, ils ne peuvent recommencer une autre sans de grandes pertes de temps. Les fonctions d'une école professionnelle sont strictement spécialisées.
Dans les écoles secondaires américaines, les travaux manuels constituent des "disciplines" au même titre que les langues, les mathématiques, le dessin ; elles n'ont pas i)oiir but d'apprendre un métier, moins encore une spécialité.
Elles ont un but plus élevé :
1. Moral. — Le développement de la volonté tenace qui aime les difficultés, du courage pour faire face à un problème ardu, pour surmonter la douleur de l'eftort physique. Elles donnent aux élèves de la décision et de l'esprit d'exécution.
2. Intellectuel. — Le développement des aptitudes naturelles et des dons innés que laisse inculte l'instruction donnée exclusivement par les livres et par la parole.
Les travaux manuels enseignés, comme il convient, selon les principes éducatifs, sont des exercices de logique qui dans bien des cas, offrent la même rigueur et la même précision -que les exercices de mathématiques ; ils apprennent aux jeunes gens la méthode d'adapter les moyens au but
à atteindre ; ils les familiarisent avec les forces et avec les propriétés des matériaux ; ils développent l'intelligence industrielle et l'esprit de combinaison, facultés extrêmement utiles dans toutes les carrières ; ils donnent le goût du travail actif qui requiert de l'initiative, et ils inspirent une salutaire aversion pour les positions sédentaires Lureaucratiques.
Les écoles américaines forment tous les ans des centaines de mille jeunes gens confiants en leur énergie personnelle, développée au plus haut degré par les travaux manuels.
Les qualités de persévérance, de courage devant l'ett'ort, d'initiative et d'esprit de décision prompt et sûi% de confiance en soi, sont, avec le savoir technologique, l'appoint le plus important que les travaux manuels apportent à l'éducation de cette jeunesse heureuse, qu'on envie et (pi'on regrette ne .
pas être la jeunesse Lelge.
L'âme des travaux manuels est la pensée qui y trouve j son expression. La copie machinale d'un objet est une j occupation manuelle, mais n'entre pas dans la catégorie des j travaux manuels à caractère éducatif. Elle constitue plutôt j un exercice physique. j
Les objets à faire construire par les élèves ont une | fonction précise ; de cette fonction dérivent la forme et la j nature des matériaux à employer pour le confectionner ; ce ! lien subtil entre la fonction, la forme et la nature des I matériaux constitue l'intelligence, la pensée éducative, l'àme des travaux manuels. Les professeurs américains pratiquent la vraie méthode : chaque travail est précédé d'une discussion approfondie de la fonction et du rôle de l'objet à construire ; des données fournies par cet échange de vues, les élèves déduisent sa forme, logiquement et mathématiquement.
Nul ne conteste plus aux Etats-Unis l'utilité et la nécessité des travaux manuels, enseignés suivant les principes ci-dessus, comme moj-en d'éducation générale.
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