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Ca foi bans l'instruction et Tébucation par Técole

Instruction, éducation : les Américains prononcent ces mots avec un accent de respect et de cordialité intraduisible. Leur idéalisme se manifeste dans ce domaine sous des aspects touchants; c'est ainsi que la ville de Chicago, centre réformateur par excellence, a approprié dans trois de ses écoles primaires, des classes spéciales pour enfants estropiés, auxquels un traitement chirurgical ou un régime peut rendre partiellement ou totalement leur validité. Le programme des cours ne diffère pas sensiblement de ceux pour les enfants normaux; les travaux manuels y sont cependant i)ratiqués avec plus d'intensité et des séances de gymnastique orthopédique, faites, sous la direction de médecins, soutiennent les effets curatifs du rés"ime et de l'action médicale.

Le luobilioi' est approj^rié aux iulirinités des enfants (lig. 1-2). Ceux dont les membres inférieurs ankylosés n'admettent i)as de flexion, sont perchés sur des sièges élevés; d'autres assis sur des ])ancs bas, ont devant eux une petite table sui- huiuelle on les voit effectuer leurs travaux scolaires. A midi un lunch gratuit est servi aux petits malheureux; après les heures de classe, l'après-midi, le petit monde éclopé, boitant et béquillant se rend ou est i)orté vers les voitures muiiiripalos i-angées devant la poi'tc, i)our être transportés,

Fig. I. — Une classe de l'école primaire pour estropiés, Madison Street, Chicago.

toujours aux frais de la ville, à leur domicile d'où le lendemain, ils sont ramenés vers l'école, avec des soins et une prudence infinis (fig. 3). Nous ne pensons pas que dans l'Europe humanitaire le respect de l'enfance et le sentiment de la solidarité humaine aient suscité des créations comparables aux écoles pour enfants estropiés organisées par la Métropole de marchands américains.

Les Etats et les Villes consacrent joyeusement, les ressources financières les plus considérables à l'entretien de leurs écoles. Les locaux scolaires sont de vrais modèles au point de vue de l'hygiène et du confort. Rien n'est trop Ijeau ni trop bon

pour les écoles des enfants du peuple qui sont toute la nation de l'avenir. On le sait, les enfants du Président lui-même s'asseyent sur les bancs de l'école primaire du quartier de la Maison Blanclie, à coté des mioches du modeste employé ou ouvrier.

L'Américain a foi et confiance dans l'instruction et l'éducation par l'Ecole publique. Cette confiance est bien placée, car l'Amérique est la terre de la vraie pédagogie scientifique moderne; sur quatre cent trente collèo-es et universités, les

Fig. 2. — Autre classe pour enfants estropiés.

Etats-Unis ne comptent pas moins de deux cent vingt facultés d'éducation. Il existe même, dans les écoles techniques, des facultés d'éducation qui occupent le même rang que les facultés de droit et de médecine. Elles sont des centres actifs de physiologie et de psychologie, où les professeurs et les élèves font des investigations et des enquêtes expérimentales, sur des bases scientifiques absolument inattaquables. Il existe même des institutions de rang universitaire, créées et richement dotées par l'initiative privée, telles (jue le "Teachers Collège- de New-York et le «Chicago InstitutC'-, qui dépendent des universités de ces villes, et qui sont exclusivement consacrées à l'étude des problêmes de l'éducation.

JùNSlilGNEMEiNT ELKMKM AlIiK

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Cou instiliilious çoiiiprenncnt, non .s(;ul(Miieiil des facultés, où des professeurs d(^ leiioiii universel (^\[)oseiit les dernières lliéories et les résultats de leurs invesligaticns, elles possèdent aussi des écoles de tous degrés : gardiennes, primaires et secondaires qui servent, à la fois, de champs fl'ohservation et d'écoles modèles, où les candidats [jrofesseui's s'initient à la prati({ue de l'enseignement.

Toutes les villes importantes ont des (Comités d'études olliciels, composés de médecins, de professeurs et d'instituteurs

Fig. 3. — Une des six \oitures municipales transportant les enfants estropiés à l'école.

qui ont pour rôle de faire des investigations médicales et pédagogiques sur les enfants; ils publient périodi([uement des travaux extrêmement documentés. Partoutt^ le mouvement pédagogique est intense. Les Etats-Unis font des ertbrts considérables pour assurer une préparation moderne et rationnelle au demi-million d'instituteurs qui sont chargés de l'éducation de la jeunesse américaine. Les études professionnelles des écoles normales exigent en général comme préparation, l'achèvement des études secondaires complètes. Par la description que nous faisons de cet enseignement, au cours de la présente étude, on jugera de la formation scientilique et approfondie que possèdent les instituteurs.

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Les considémlions qui précèdent exi)liqueiit que dans la «National Teachers Association " (Association Nationale de Professeurs), les noms des i)lus modestes instituteurs et institutrices des campagnes voisinent avec ceux des plus brillants professeurs des universités, groui)ant ainsi toutes les forces enseignantes du paj'S. Les plus minimes questions se rapportant à l'éducation dans les écoles gardiennes, primaires ou secondaires sont discutées aux Congrès nationaux par les sonnnités du monde scientillque, autant que par les institutrices les plus ()l)scures.

Le droit universel à l'éducation, aussi bien pour la femme que pour l'iiomme, est une des plus belles conceptions de la libre Amérique.

Nulle part, les moyens de s'instruire ne sont mis avec autant de facilité à la portée de tout le monde. Si le nombre d'illettrés dépasse celui des Etats européens les plus avancés, (13 0/0), cela tient à la présence de l'élément nègre et à l'affluence d'illettrés européens. Pour la population blancbe, cette proportion ne dépasse cependant pas 6,2 0/0.

Comme il n'y avait pas, à l'origine, de loi sur l'instruction publique, l'Américain a inventé et créé l'école de toutes pièces. Elle a été, dès le début de son bistoire, originale, personnelle, pratique.

2. C'obligation scolaire Ca réglementation bu travail bes enfants

En debors des anciennes régions esclavagistes, tous les Etats ont édicté des lois imposant l'obligation scolaire et réglementant l'âge d'admission des enfants comme travailleurs dans les usines, dans les magasins et les bureaux.

L'absence d'obligation scolaire dans les anciens Etats esclavagistes s'explique par la répugnance publique contre l'extension de l'instruction parmi les classes nègres. Avant 1860, il était interdit dans seize Etats, sous peine du fouet et d'amendes, d'instruire des nègres ou esclaves libres.

ENSEKJNKMI'JNT KLKMENTAIHH 33

(Jiiand les ina<:>istrats surprenaient un enseig-nemenl simtcL, lo Hiaitre et les élèves étaient lla^ellés à coups de lanière. Les associations né^ropliilcs, j)liilantin'opiques et politiques, (jui couvrent actuellement d'un réseau serré tout le territoire de ces Etats, vénèrent encore, comme des martyrs de leur cause, les hommes et femmes de cœur qui ont subi la prison, [tour avoir commis le crime d'apprendre leurs lettres aux noirs qui se groupaient autour d'eux. Même dans les Etats du Nord, les nè-f^res du Sud ne pouvaient s'instruire. En 1833, une institutrice fonda, dans le Connecticut, une école l)our les négresses du Sud : elle fut condamnée à l'amende; la foule assaillit l'école avec des bari-es de fer, brisa les fenêtres et l'institutrice resta en prison jusqu'à ce que les amendes fussent pa3^ées i)ar ses amis. Si la libération des nègres, proclamée en 18(-)5, a fait disparaître ces lois, la répugnance contre l'instruction a survécu dans le Sud ; les autorités publi(fues ne veulent pas, par la contrainte légale (pii s'appliquerait aux citoyens blancs ou nègres, amener ces derniers à une instruction générale plus élevée. Dans ces Etats-, les enfants nègres reçoivent encore leur instruction dans des écoles qui leur sont exclusivement réservées; le programme de ces écoles no comporte que quatre années d'études, de sorte que l'instruction de la race noire s'arrête normalement à l'âge de dix ans.

Des associations de philanthropes blancs et les fédérations de nègres qui travaillent avec zèle au relèvement de la race et à la "reconstruction" du Sud, suppléent à l'indigence de l'instruction publique en créant et entretenant, à leurs frais, des écoles complémentaires.

Partout ailleurs, où l'esprit public n'est pas aveuglé par la passionnante et troublante question de races, l'obligation scolaire existe pour les enfants; elle a, comme corollaire, l'interdiction légale du travail dans les établissements industriels pendant l'âge d'école.

La réglementation de l'âge d'admission dans les usines et dans les bureaux, pour y effectuer un travail régulier, est un fait remai'({uable. Les Etats-Unis souffrent perpétuellement du man({ue de main-d'œuvre, malgré le million d'émigrants qui sont déversés annuellement sur ses côtes.

La pénurie de main-d'œuvre est l'aiguillon qui presse tous les inventeurs à la recherche de dispositions, d'appareils, de méthodes de travail qui économisent le labeur humain ; le "labor saving- est le mot magique qui excite leur verve inventive. Il faut y chercher l'origine première des machines automatiques et semi-automatiques qui dispensent de tout apprentissage et main-d'œuvre quelconques. C'est pour suppléer au manque de bras que les hauts-fourneaux de Pittsburg se chargent et que les coulées se font automatiquement, sans autre intervention que le contrôle général des appareils; on voit des usines eh plein travail avec deci, delà, un ouvrier surveillant une machine. Dans les manufactures de souliers de Salem, dans les blanchisseries de Cliicago, dans les fal)riques de machines à coudre, d'appareils photographiques de Rochester, etc., l'ouvrier est entrainé par les outils, dont le travail est réglé d'une façon automatique. Renq)]acer le travail humain, rare et cher, par le travail machinal, est l'axiome industriel des Etats-Unis.

Malgré la soif de main-d'(/Mivre, roi)inion publique et las industriels veulent que le travail des enfants soit réglementé. Nul ne critique les lois <[ui, par souci de la conservation de la race et au nom de l'hygiène sociale, interdisent le travail des enfants avant l'âge de quatorze ans.

L'obligation scolaire et l'interdiction cori'élative du travail des enfants sont formulés, de diverses façons, par les législateurs des Etats, qui mettent une particulière ingéniosité à extiri)er l'ignorance en peuplant les écoles.

Dans l'Etat de iMassachusetts (1), «tout enfant de sept à «quatorze ans est tenu de fréfjuenter régulièrement- les cours «de l'école primaire publique; le directeur de l'école et les «professeurs peuvent seuls accorder des dispenses dans les «cas légitimes; la fréquentation d'une école privée qui enseigne «en anglais, les branches prescrites par la loi et reconnue «par le Comité scolaire, dispense de la fréquentation de «l'école publique. Le père ou le tuteur dont l'enfant s'absente.

(1) Les lois qui régissent l'inslruclion et le travail des enfants dans les divers Etats, sout résumées dans l'opuscule : U. S Bireau of Education. Biyest of School Lcvo.^ 1905

ENSKKiNKMKN'J' KLK.MKNTAIHI': 'AT)

-est [);issiI)lo d'uiK^ amonde do viu^^l dollars (jii cent francs -pour chaffuc, durée d'absence de cin({ jours ou de dix demi- •• journées. Ceux ([ui sont causes qu'un enfant s'absente -illé^is-alenient, <{ui l'emploient ou le cachent i)endant les heures ••de classe, sont passibles d'une amende maxinia de cinquante "dollars."

L\m\ de la loi .scolaire est le ^4ru(uit office)-", un modeste l'onctionnaire public, croquemitaine des enfants. Il parcourt les rues jjour suri)rendro les petits vagabonds; il s'infoiTne, aux écoles, de l'absence des élèves, fait des visites aux l)arents, admoneste, avertit, réprimande, dépose des plaintes contre les délin((uants et les fait condamner.

"Les garçons de sei)t à quatorze ans qui manquent -volontairement et généralement à l'école sont, suivant la loi, -considérés comme des /riianls habituels et, sur la plainte -du ^^truant officer^, il sont confiés à une école de truanls "du Comité, pour une durée maxima de deux ans; les filles "délinquantes sont recueillies dans les «states industrial scliools« "pour filles-.

"Tout enfant de sept à seize ans (jui divague dans les -rues, se trouve sans occupations régulières et ne fréquente "pas l'école, est considéré comme un Lriiant habituel et -confié aux mêmes institutions."

La même destination attend les enfants de moins de ({uatorze ans contre les(|uels le -ti-nant offlcev" formule la plainte, confirmée par le directeur, "de ti-oubler haliituellement les cours du professeur.-

Les écoles pour ù'uants ne se distinguent i)as des écoles ordinaires; les élèves y sont sous une surveillance paternelle |)lus sévère. Il surtit, dans bien des cas, d'un terme de huit jours pour les guérir délinilivement du penchant à faire l'école buissonnière.

Les obligations patronales — très rigides — sont formulées dans les articles suivants de la même loi scolaire:

"Aucun enfant de moins de quatorze ans ne pourra être "employé dans une usine, atelier, bureau ou magasin. Pour "pouvoir admettre un enfant de moins de seize ans, l'emploj'eur "doit être en possession du certificat, obtenu par le jeune "Ouvrier comme confirmation des études de l'école élémentaire

"et le produire sur demande du truant offlcer de la ville, de "la police du district et des inspecteurs du travail ; en outre, "il est tenu de dresser une liste, en double, de tous les "Ouvriers de moins de seize ans et d'en atficher visiblement "Un exemplaire à l'entrée principale de l'usine. L'employeur "Cst obligé d'établir une liste spéciale des enfants, de moins «de 16 ans, qui ne savent pas lire à vue et écrire des "phrases simples, en anglais. Il doit en remettre une copie «au directeur des écoles».

Quiconque emploie un enfant âgé de moins de seize ans, ou qui, l'ayant sous son autorité, lui permet d'être employé en violation de la loi, c'est-à-dire non porteur du certificat d'études, sera passible d'une amende de 50 dollars; quiconque continue à l'employer, après avertissement du '^truant officer^^ ou de l'inspecteur du travail, sera puni, par jour, après la date de l'avertissement, d'une amende de 25 à 100 francs.

Les '■iruants officers « — il en existe au moins un dans chaque commune ou agglomération de dix-mille liabitants — «ont le droit de pénétrer dans les usines, magasins, «bureaux, pour s'assurer de l'observation de la loi, en ce ••qui concerne l'emploi des enfants de moins de seize ansr.

Voici maintenant le régime auquel sont soumis les illettrés :

«L'enfant, âgé de plus de quatorze ans, qui n'est pas «en possession d'un certificat d'études, qui ne sait pas lire "à vue et écrire lisiblement des phrases simples en anglais, «ne pourra être occupé par personne; les parents, tuteurs «ou gardiens ne pourront permettre qu'il le soit, s'il ne «suit pas régulièrement les cours d'une école du soir ou «d'une école du jour. L'enfant qui se trouve dans ce cas, «devra fournir toutes les semaines, à son employeur, un «certificat de fréquentation délivré par l'école".

«Quiconque emploie un enfant en violation des dispositions «légales ci-dessus, sera puni, pour chaque infraction, d'une «amende maxima de 500 francs, au profit de l'école du soir».

Dans l'Etat du Gonnecticut, les obligations scolaires sont encore renforcées : «tout enfant de huit à seize ans, dit la «loi, est obligé de suivre régulièrement les cours de l'école «publique ou d'une école privée qui enseigne les branches

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«légalement inscrites au [)r()graninie de l'école publifiue. "l'enfant, âgé de plus de quatorze ans, sera soustrait aux «obligations de la loi, s'il est employé légalement à des "travaux à domicile ou ailleurs. Aucun enfant de moins de «quatorze ans ne pourra être employé dans un établissement «industriel et commercial ou manufacturier; les gardiens «légaux et les emploj'eurs délinquants seront punis de "300 francs d'amende pour cliaque semaine d'absence scolaire, "l)our cliaque semaine d'occupation illégale».

Les dispositions contre les élèves qui s'absentent ou ({ui vagabondent, sont, dans la plupart des Etats, similaires à celles qui existent dans l'Etat du Massacliusets (1).

La durée minima annuelle de l'obligation scolaire est, d'après la loi, de trente-six semaines dans l'Etat du Massacliusets. Elle est de cent dix jours au moins, dans l'Etat de rillinois. Partout ailleurs, elle varie entre ces deux limites.

La plupart des Etats ont décrété la gratuité des études dans toutes les écoles publiques, primaires, moyennes, universités, pour les enfants âgés de six à vingt ans. La gratuité absolue des études est une des belles réalisations de l'Amérique moderne. Non seulement les élèves des écoles primaires et des écoles secondaires publiques ne paient pas de minerval, mais les livres, atlas et auti-es fournitures classiques sont donnés gratuitement, aux riches comme aux pauvres, dans la plupart des villes. «Il ne faut pas, disent les Américains, «qu'un seul enfant de la libre Amérique perde la chance «de continuer ses études et de faire son chemin dans la «vie pour des raisons d'indigence; nous ne voulons pas qu'ils «aient à avouer leur indigence et à solliciter de leurs serviteurs, "les fonctionnaires, des faveurs de iiratuité".

(1) Pour plus de détails : Bulletin of the Bureau of Labor l;t04, p. 1444.

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