DOSAGE DU PHOSPHORE
L'attaque des fontes et fers phosphoreux par l'acide chlorhydrique donne lieu à un dégagement d'hydrogène phosphore gazeux, que l'on pourrait arrêter par différents réactifs ; mais le dégagement est toujours incom*plet. La méthode doit donc être écartée.
L*attaque par l'eau régale donne lieu à une perte plus ou moins sensible, par volatilisation d'une combinaison phosphorée; en outre, elle ne détruit pas la matière organique provenant du carbure de fer, qui empêche la précipitation du phosphore à Tétat de phosphomolybdate d'ammoniaque d'être complète. Il faut donc éviter aussi ce mode d'attaque.
On est conduit par conséquent à employer l'acide azotique seul. Après l'attaque,. on pourra brûler la matière organique dissoute soit par une calcination à température un peu élevée du résidu de Tévaporation, soit par l'emploi de l'acide chromique en liqueur concentrée. La précipitation du phosphomolybdate se fait bien en liqueur azotique ou sulfurique, moins bien en présence de l'acide chlorhydrique. Enfin, le dosage est plus précis sous la forme de phosphomolybdate desséché (coefficient = 0,0163) que sous celle de pyrophosphate de magnésie (coefficient = 0,2793), du moins lorsque la proportion de phosphore est très faible. Ces différentes considérations nous ont conduit à proposer, surtout pour les produits très peu phosphoreux, comme les aciers et les fers, une nouvelle méthode, qui sera indiquée plus loin et qui nous a paru fournir les résultats les plus réguliers et les plus sûrs parmi les méthodes pondérales ; elle peut, d'ailleurs, être transformée en une méthode volumétrique.
Méthodes pondérales.
A. — Dosage à l'état de phosphomolybdate.
La méthode suivante est employée dans plusieurs usines, notamment au Creuset. Dans un verre de Bohême, de 7 millimètres de hauteur, on attaque par l'acide azotique (c?= 1,20) soit 1 gramme de métal, soit O^^SOO, 08^200 ou O^SlOO, suivant la teneur supposée en phosphore. L'attaque terminée, on ajoute
5 centimètres cubes d'acide chlorhydrique , puis on évapore à sec, pour rendre la silice insoluble, on reprend par de Teau régale (3 centimètres cubes d'acide azotique et 3 centimètres cubes d'acide chlorhydrique) ; on chauffe à l'ébuUition, en couvrant le vase d'un verre de montre ; on ajoute 8 à 10 centimètres cubes d'eau, et, la dissolu* tion finie, on fait passer sur un filtre sans pli. La liqueur est reçue dans une dissolution azotique de molybdate d'ammoniaque préparée à l'avance ; on lave le filtre une ou deux fois seulement avec de l'eau acidulée à 1/20O d'acide nitrique, de manière que le volume de liqueur ne dépasse pas 25 centimètres cubes.
On chauffe trois heures au bain-marie vers 42® à 45*» Le précipité de phosphomolybdate est recueilli sur un filtre double, desséché préalablement et exactement taré ; on lave le précipité et le filtre trois fois avec de l'eau à 2 p. 100 d'acide azotique, on sèche àl'étuve à 100 degrés. Quand le filtre commence à prendre une
teinte bleuâtre, on pèse et on multiplie par ^ — pour
avoir la teneur en phosphore pour 100 (w représentant le nombre de grammes de métal mis en expérience).
Cette méthode, où l'on a recherché la plus grande simplicité possible, n'évite pas les causes d'erreur que j'ai signalées au début : influence de la matière organique provenant du carbone, influence de l'acide chlorhydrique, entraînement d'oxyde de fer avec le précipité, irrégularité de la composition de ce précipité.
Après avoir reconnu ces inconvénients, le laboratoire de l'École des ponts et chaussées a renoncé à employer cette méthode et adopté celle qui suit.
B. — Dosage à l'état de pyrophosphate de magnésie.
Le métal est attaqué de la même façon par l'acide azotique et l'acide chlorhydrique ; puis on évapore à sec
et on reprend par Teau régale , de manière à laisser la silice insoluble.
La liqueur est saturée par Tammoniaque et portée à Tébullition. Le précipité volumineux d*hydrate ferrique entraîne la totalité de Tacide phosphorique. Après l'avoir recueilli et séché, on le calcine avec du sulfate de soude pendant dix minutes à la température du soufflet d'émailleur. La quantité de sulfate de soude doit être suffisante pour que la masse entière soit bien imprégnée. De nombreux essais synthétiques ont montré que Tacide phosphorique, dans ces conditions, passe entièrement à Tétat d'orthophosphate de soude.
Il faut alors dissoudre les sels alcalins dans Teau, en employant au lavage la plus faible quantité d'eau possible. Après filtration, on procède à la précipitation de l'acide phosphorique à l'état de phosphate ammoniacomagnésien. On recueille, calcine et pèse le précipité et on a la teneur en centièmes en multipliant par 27,93. L'opération est longue et, si elle échappe aux inconvénients de la méthode précédente, elle ne se prête pas non plus à jine bien grande précision dans l'estimation des faibles quantités de phosphore.