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« Et cependant il n’est pas prouvé, parce cette unité demeure hypothétique ou approx tive, que l’on ne puisse apporter, dans l’applica
sique. Bien des généralisations y ont été recon fausses ou hasardées, ou prématurées, renvoyée un avenir lointain ou même incertain... Il
nature qui est commune à tous les savants... D
Une attitude d'esprit à l'égard de la réalité, M bien ce que nous pouvons prendre aux savan transportons chez nous la curiosité désintéressée
la probité sévère, la patience laborieuse, la soumis
aussi bien qu'à croire les autres, l’incessant bes: de critique, de contrôle et de vérification. Je sais pas si alors nous ferons de la science, mais suis sûr, du moins, que nous ferons de la meiller histoire littéraire.
Si nous songeons aux méthodes des sciences de la nature, que ce soit aux plus générales, aux pro cédés communs de toutes les recherches qui po tent sur des faits, et que ce soit moins pour co truire notre connaissance que pour éclairer not conscience. Regardons les méthodes d'accord et” différence, les méthodes des résidus et des variations, mais que ce soit plutôt pour la moralité qu'elles impliquent que pour les cadres ou Ies
ce que c’est que savoir, pour nous rendre moins omplaisants à nos fantaisies et moins prompts aux
Nous ne pouvons pas expérimenter. Nous ne jouvons qu'observer. Nous observons des faits qui
faits qui jamais ne se répètent. ere fait ae unique en son espèce, non par accident, mais par essence : c’est ce qui fait la différence du texte lit-
téraire et du document d’archives. Ailleurs, même
3 É bstraction des différences individuelles. Nous, même en cherchant le général, nous retenons les différences individuelles. Nous. nous confondrions dans l’histoire et dans la philologie, si nous ne les retenions pas. Pouvons-nous ne prendre dans Racine
u que cequ'il a de commun avec Pradon et Quinault? DE ne eue en AS que ce en LU a légué à Das
; tous nos Re nous l’observons, nous le rete- -nons, pour définir la tragédie française et recon- … naître ses attaches avec son milieu. Mais, voyez le
ral que dans les œuvres les plus puissamment sin- . gulières, et pour elles autant que par elles. Voilà ë 3
elles produisent les définitions des types et genres, et nous voulons saisir aussi le phénom unique, caractériser l'individu. A la rigueur, Taïne
comme individus, il atteindra tout au plus Prado ou Quinault, échantillons du lot des médiocres, une seule fois réalisée.
Notre étude est historique. Notre méthode sera donc la méthode de l’histoire: nos résultats n’a ront que la certitude de l’histoire, cette « petit science conjecturale ». Mais notre condition diffère par un point de la condition des historiens. Ils étudient, eux, des faits passés, abolis, dont, avec indices qui subsistent, ils recomposent l’idée. Nous aussi, quand nous cherchons à retrouver la vie sen” timentale du XVIII siècle, ou les manières d penser de la Renaissance, nous poursuivons l’image d’un passé qui n’est plus. Mais, ce passé, nous Je ressaisissons dans des réalités encore présentes, q sont les œuvres littéraires : semblables en cela aux seuls historiens de l’art. Il y a sans doute bien des œuvres mortes; mais les chefs-d’œuvre sont devant nous, non point comme les documents d’archives; : à l’état fossile, morts et froids, sans rapport à la vie d'aujourd'hui; mais comme les tableaux de Rubens ou de Rembrandt, toujours actifs et vivants, capa-
autant qu'ils firent celles de leur temps, et d'y déterminer des modifications profondes. Ils constituent, pour l'humanité civilisée, des possibilités permanentes d’excitation intellectuelle ou sentimen-
pie … Cette survivance indéfinie de leurs propriétés actives, les chefs-d’œuvre littéraires la doivent à la forme, personnelle et belle, dans laquelle l'originalité de ré écrivain s’est réalisée : disons, si vous voulez, o style. C’est avouer que, nulle mesure extérieure, ulle logique même ne pouvant saisir la beauté, rien ne pouvant ici remplacer la réaction du senti- “ment esthétique, il y aura toujours dans nos études “une part fatale et légitime d’impressionnisme. Tandis que les savants, les historiens même essaient
“d'éliminer de la connaissance leurs modifications
(y el
“individuelles, nous sommes forcés, nous, d’admet- -tre les nôtres. Nous ne renoncerions à utiliser notre » impression qu à la condition d'employer celle d’un
“(fet assez communément de nous figurer que nous “faisons de la science objective, quand nous chausÿ sons simplement, au lieu du nôtre, le subjectivisme du voisin.
* Mais alors, si notre objet nous impose l'emploi . de l'impression subjective, et si le premier com- * mandement de la méthode scientifique est la sou- : mission de l'esprit à l’objet, pour organiser les ” moyens de connaître d’après la nature de la chose à connaître, ne sera-{-il pas plus scientifique de recon-
dévancier ou d’un confrère. Et il nous arrive en.
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l'étude des œuvres littéraires que de le n comme on ne supprime pas une réalité en la
de laisser cet élément personnel rentrer sourn ment et agir sans règle dans nos travaux?
L’impressionnisme est la seule méthode qui
de ce qu'on doit sentir, ne pas sentir où l'on savoir, et ne pas croire qu'on sait quand on se je crois bien qu’à cela se réduit la méthode sci tifique de l’histoire littéraire. Ce n’est que par cette distinction, mais en tirant toutes les conséquenc qu’elle comporte (et elles vont loin), que nous pou vons donner à la vérité que nous élaborons, si relative et si provisoire, si imprécise et si. incertai un peu de la solidité, de la loyauté au moins, d savoir scientifique. æ Dans cette élaboration méthodique. ai-je bes de dire que nous revendiquons, que nous exerçons une liberté entière. L'esprit scientifique, d’au l'ont dit déjà et mieux dit au cours de ces glorieus fêtes, est essentiellement libre. Où la liberté n pas entière, on n'a que des parodies ou embryons d'activité scientifique. :
Nous n'avons pas grand mérite, en France, nous autres historiens de la littérature, à mainteni
re bénéficie de l’idée un peut dédaigneuse que ‘en font les hommes qui ont le pouvoir de faire “du mal. Leur indifférence à nos jeux innocents assure notre liberté.
- Pourtant, Messieurs, je ne veux rien exagérer, l'absolu n’est pas de ce monde-ci, notre liberté n’est pas absolue. De temps en temps, nous nous heur- “tons, si j'ose dire, à quelque borne. C’est le Clergé qui fait retirer ou qui exclut de ses écoles les livres où Calvin et Renan n'ont pas l’éreintement qu’exige, paraît-il, le salut de la religion. C’est une coterie monarchique qui se fâche qu’on enseigne des faits contraires à sa doctrine et qui la dérangent. “C'est même parfois — je le dis en rougissant et “bien bas, — un député républicain qui veut inter- “peller un ministre républicain qui prend l'alarme parce qu’un professeur a imprimé un peu plus de “mal de Voltaire, que n’exige l’orthodoxie des . étranges démocrates qui conçoivent la République - et la Science sur le type de l’Église et du Syllabus.
Ou bien c’est une propriété littéraire aux mains
de l'ayant droit, descendant ou acquéreur, qui s’0
pose à la publication ou réclame le tripatouill des documents.
qu’on n'ait pas assez idéalisé, ou voilé, le grand ancêtre dont elle rougit un peu sans renoncer à s emparer. C’est un lettré fétichiste qui ne peut résigner à ce que tout ne soit pas beau, et grand, pur, dans la vie et dans l’œuvre des écrivains génie à qui il a donné son amour. C’est un critique
figure essentiel à l’honneur de son pays. Lettrés: chauvins, famille, partis, tout le monde no pousse à défigurer, affadir, embellir les traits de nos écrivains immortels, et nous harcèle, si nous y résistons. 4
Mais quoi? que risquons-nous dans tout cela?
Quelques tracasseries qui n’ont rien d’effrayant, des ennuis, non pas une persécution, et nous n'avons pas même assez de souffrance pour en faire un peu. de gloire.
Il n’y a que l’article de la propriété littéraire qui me donne un peu de souci. L'extension de la propriété littéraire, telle que l'entend la jurisprudence.
te
des tribunaux français, telle surtout que la désire imprudemment, et contre le véritable intérêt de la … littérature, un certain nombre de gens de lettres, voilà ce qui menace de resserrer à l’excès notre “droit de citation et interdire à nos études pour de très longues années l'usage des sources manuscrites. Là est le seul danger sérieux que court la liberté “scientifique dans le domaine de nos études.
Les ennemis vraiment à craindre, pour nous, ne sont pas au dehors, ils sont au dedans de nous : ce sont nos ignorances, nos fantaisies et nos passions.
La critique et l’histoire littéraire souffrent moins des restrictions de la liberté que des excès de la liberté. Cette liberté excessive est celle qui asservit la science à des caprices individuels; nous ne trouverons notre vraie, notre pleine liberté que dans la discipline, la saine discipline des méthodes exactes. Nous avons trop cru qu'il suffisait d’avoir des idées, et pas assez que la littérature, comme le reste, avait besoin d'idées vérifiées, d'idées vraies. Nous
nous sommes trop crus en droit de faire la vérité