‹ Méthodes de l'histoire littéraireChapitre 7 sur 12 · OC NT ET TS UT SN A · texte numérisé non relu

OC NT ET TS UT SN A

“littéraire avec nos sympathies et nos antipathies, avec nos préférences et nos dogmes, avec nos désirs et nos rêves. Nous avons trop postulé la conformité des faits à nos déductions, trop réduit la beauté de la nature et de la vie, la puissance du génie humain, à la mesure de nos partis-pris. Nous nous sommes trop imaginé que de l’a priori et de la logique, fouettés avec du talent, faisaient de l’histoire. Nous avons été trop artistes, trop acrobates, persuadés vaniteu-

connaître par nous Montaigne ou le romantis

mais pour nous voir en représentation; nous m sommes estimés plus intéressants que notre ma nous l'avons masquée, et nous nous sommes é

neur à notre esprit, et n’apprenaient rien, our de vrai, sur nos auteurs. En un mot, nous avons

l'ordre intellectuel, comme dans l’ordre moral, c« contre soi-même d’abord qu'il faut savoir être libre:

Toutes nos méthodes sont instituées pour neutra liser les puissances trompeuses qui sont en nous | nous préserver de la séduction lyrannique des puis sances trompeuses qui sont dans les autres hommt Notre métier consiste à séparer partout les éléments subjectifs de la connaissance objective, l'impression esthétique des passions et des croyances partiales, à éliminer tout ce qui ne peut être productif qué d'erreur ou d’arbitraire, à retenir, filtrer, évaluer tout ce qui peut concourir à former une représen” tation exacte du génie d’un écrivain ou de l'âme d’une époque.

Étude des manuscrits, collation des éditions, discussion d'authenticité et d'attribution, chronolo-

iers, statistiques de versification, listes méthodiques d'observations de grammaire, de goût et de style, 18 sais-je encore? Tous ces moyens d'étude si a s, si délicats, et qui accablent la paresse ingénieuse pressée de conclure, sont des procédés de contrôle, de réduction et d'interprétation dont l'utilité est de jalonner si bien notre route qu'il nous devienne impossible, malgré toutes les tentalives du dedans, de nous en écarter. Notre but est le réduire au minimum indispensable et légitime à part du sentiment personnel dans notre connaissance, en lui donnant toute sa valeur.

En dépit des critiques à l’ancienne mode, qui, de théorie ou de pratique, nient la possibilité d’une fude scientifique, c'est-à-dire exacte et patiente, de “la littérature, il est incontestable qu’en ces vingt ou trente dernières années, même pour les quatre siècles modernes, qui sont comme le champ de bataille de tous les dogmatismes ou la foire de toutes les fantaisies, la masse de la connaissance solide s'est considérablement accrue : et cela dans deux “directions.

… Les grandes lignes du développement littéraire, «les courants d'idées et de sensibilité, la succession … des états du goût, les étapes de la formation et de la dissolution des doctrines, des genres et des for- - mes, tous ces faits généraux sont mieux connus, - mieux observés, mieux analysés. On en pénètre . mieux le caractère, on en suit plus exactement

écrivains, les idées sur la formation et sur l’acti des grandes œuvres se précisent aussi et en quelqu

ment des études littéraires dans ces dernièr années, pour ne pas remarquer que le champd disputes se resserre, que le domaine de la science faite, de la connaissance incontestée, va s'étendant. et laisse ainsi moins de liberté, à moins qu'ils ne. s’échappent par l'ignorance, aux jeux des dilettantes et aux partis-pris des fanatiques, si bien qu’on peut, sans chimère prévoir un jour où, s’entendant sur les définitions, le contenu, le sens des œuvres, on ne disputera plus que de leur bonté et de leur malice, c’est-à-dire des qualificatifs sentimentaux Mais de cela, je crois, on disputera toujours. 24 IL y a, Messieurs, vous le savez, dans le travail scientifique, un principe d'unité intellectuelle. Il n'y a pas de science nationale. La science est

humaine, mais comme elle tend à faire l'unité intellectuelle de l’humanité, la science aussi con court à maintenir et à restaurer l’unité intellectuelle, des nations.

Car s'il n’y a pas une science allemande, une science française, une science belge, mais la science, “la même et commune pour toutes les nations, “encore moins y a-t-il une science de parti, une “science monarchiste ou républicaine, catholique ou Socialiste. Tous les hommes d’un même pays qui | participent à l’esprit scientifique affirmissent par là l'unité intellectuelle de leur patrie. Car l’acceptation d’une même discipline établit une communion - entre des hommes de tout parti et de toute croyance. -L'acceptation des résultats où conduit la loyale obéissance

à cette discipline forme un terrain solide , de vérités acquises sur lequel ces hommes venus de … tous les coins de l'horizon se rencontrent. L’acceptation de l'arbitrage souverain des règles de méthodes Ôôte l’aigreur aux disputes et fournit le moyen de les terminer.

Sans renoncer à aucun idéal personnel, on se … comprend, on s'entend, on coopère : cela mène à . l'estime et à la sympathie réciproques. La critique, - dogmatique, fantaisiste ou passionnée, divise; l’histoire littéraire réunit, comme la science dont l’es- … prit s'inspire; elle devient ainsi un moyen de rap- ‘prochement entre des compatriotes que tout le reste sépare et oppose, et c’est pourquoi j’oserais dire que nous ne travaillons pas seulement pour l’érudition, ni pour l'humanité; nous travaillons pour

. nos patries.

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