LE TES
RHODE recommande, pour éviter l’auto-suggestion, d’injecter des solutions numérotées, non connues du sujet. Pour tenir compte des variations de sensibilité qui se produisent non seulement entre différents individus, mais encore sur un même individu, à différents moments !, il recommande de procéder, avant l’expérience, à un essai témoin. Il conseille d’effectuer les essais de préférence sur la partie interne de l’avant-bras, la face dorsale étant nettement moins sensible. Il recommande de ne pas trop prolonger les expériences, car l’organisme s’accoutume rapidement aux excitations, et d'effectuer les injections à côté les unes des autres et non pas successivement au même endroit. Enfin, pour produire des excitations d'intensité mesurable, il réalise l’appareil suivant : il fixe à la tête d’une aiguille et perpendiculairement à celle-ci un morceau de carton assez fort pour supporter 200 grammes. L’aiguille, ainsi préparée, est passée, de haut en bas, à travers une toile métallique ordinaire et le tout est fixé sur un support, à 25 cm. environ au-dessus d’une table. Pour utiliser cet appareil, après l'injection hypodermique, on soulève contre l’aiguille la partie cutanée dont on veut étudier l’anesthésie ; et d’un mouvement lent (durant environ 10 secondes pour un parcours de 20 cm.), passif (l’avant-bras anesthésié étant soulevé avec l’autre main), on soulève l’aiguille et la plaque de carton. En chargeant cette plaque de poids différents, on peut donc graduer très suffisamment l’excitation.
D'autre part, pour étudier les anesthésies très faibles, RHODE propose d'utiliser la sensation produite par le renversement brusque d’un poil. Il préconise aussi les excitants thermiques, mais constate que dans presque tous ses essais la sensibilité à la chaleur est rapidement et complètement abolie. Pour lui, les sensations disparaissent dans l’ordre suivant : d’abord la sensibilité à la température et à la douleur, puis la sensibilité au tact et à la pression. Il constate que le retour de ces différentes sensibilités se fait dans l’ordre inverse, et que, à la fin de l’anesthésie, le froid et la pression sont perçus comme de la chaleur ?.
Les essais de RHoDE (218) sur les tensions osmotiques nécessaires confirment entièrement les résultats de BRAUN (31). Alors que BRAUN avait trouvé qu'il fallait se tenir entre des pressions osmotiques correspondantes : à des teneurs en chlorure de sodium de 0 gr. 55 et 2 gr. 5 %, que AKTIL MouxkTARD (5) avait indiqué 0 gr. 4 et 2 gr. %, RHODE à son tour indique 0 gr. 5 et 2 gr. %. Les auteurs s’accordent donc pour renforcer, par dissolution supplémentaire de chlorure de sodium, la pression osmotique insuffisante des solutions anesthésiques.
Pour faire ce calcul il importe de connaître la pression due aux sels anesthésiques. Or cette pression ne peut être que mesurée expérimentale-
1. Ces variations de sensibilité avaient été déjà signalées par MARTIN, GRACE et GUIRE (178).
2. Ces phénomènes ont été vus aussi par HEUBNER (104). Cet auteur constate qu’à la fin de l’anesthésie du nerf mandibulaire les mets froids produisent une sensation de chaleur. Ces constatations curieuses sont donc différentes de celles qu’a faites, comme nous l’avons vu, GOLDSCHEIDER (86).
; ES Do ment, car, dans la plupart des cas, la dissociation par ionisation des sels d’alcaloïdes n’est pas connue, BRAUN et RHODE pour établir des chiffres de base effectuèrent les expériences suivantes. BRAUN détermina la concentration de la solution anesthésique qui possède le point de congélation du sang: À — — 0056. RHonE préféra déterminer le titre des solutions qui, par contact avec les hématies de porc, ne produisent pas - d’hémolyse. Les chiffres trouvés par les deux auteurs furent du reste ; assez voisins : le titre de la solution, isotonique au sang, de chlorhydrate de cocaïne, trouvé par la méthode du point de congélation, est de 5 gr. 8 % ; trouvé par la méthode des globules rouges, il est de 6 gr. % 1.
Les travaux de RHODE concordent encore avec ceux de BRAUN pour ce qui est des résultats anesthésiques. Pour les deux auteurs, les concentrations nettement actives trouvées sont, pour la cocaïne 1 pour 1.000, et pour la novocaïne 1 pour 100.
Pour terminer, disons que ces travaux de RHODE n’ont pas confirmé la théorie. qui attribue aux antipyrétiques une action élective sur les terminaisons nerveuses. L’auteur attribue donc l’action antipyrétique à une action sur le système nerveux central.
Depuis la mise au point de RHODE quelques auteurs ont encore utilisé la méthode des ampoules :
GoTTLIEB (89), 1923, a étudié la valeur des isomères optiques et stéréo- .chimiques de la cocaïne.
KocHMANN (125), en 1926, et un de ses élèves WAGNER (288), en 1925, proposèrent pour donner une idée véritablement complète de la valeur d’un anesthésique, d'exprimer cette valeur par un coefficient. Ce « coeficient d'utilisation » (W) est directement proportionnel à la dose toxique mortelle minimum et inversement proportionnel à la concentration limite trouvée par la méthode des ampoules. Cette concentration limite est celle qui, par injection sous-cutanée de 0 cc. 4, produit une anesthésie d’une durée de deux minutes. Les essais de ces auteurs ont porté sur des corps nombreux parmi lesquels il faut citer des substances de préparation récente : psicaïne, tutocaïne….
Enfin en 1927, H. Sreipce (266) a constaté en utilisant la méthode des ampoules que l’action des combinaisons thiophéniques de cocaïne, de stovaïne... est au moins aussi forte que celle des combinaisons benzoylées de ces mêmes corps.
La même année, KINGo ToMINAGA et INosUuKkKE HAvaASsHI (273) consta-
1.Ilest intéressant de faire, à la suite de RHODE, les constatations suivantes. Par calcul, en tenant compte du poids moléculaire (339,5) du chlorhydrate de cocaïne, on trouve, comme titre de la solution isotonique, 5,2 % en supposant une ionisation complète et 10,4 % en supposant une ionisation nulle. Le chiffre trouvé par expérience (5,8 à 6 %) montre donc que la solution de chlorhydrate de cocaïne est presque complètement dissociée.
Pour le chlorhydrate de novocaïne (novocaïne officinale, p. m. = 272) on trouve par calcul si l’ionisation est complète une teneur de 4,1, et si l’ionisation est nulle une teneur de 8,2. La novocaïne étant par elle-même hémolytique, la technique des globules rouges est inutilisable. Par l’autre technique on trouve expérimentalement une teneur de 5,45 %,. Le chlorhydrate de novocaïne, d’après ces données, est donc nettement moins dissocié en solution aqueuse que le chlorhydrate de cocaïne.