‹ Méthodes de Mesure de l'Activité des Anesthésiques LocauxChapitre 13 sur 67 · LE RON · texte numérisé non relu

LE RON

nées de gros animaux, tels que le cheval et le porc. Il effectua ainsi toute une série d'expériences pour connaître la surface cornéenne de ces animaux, et comparer les résultats trouvés à ceux qu’il avait obtenus sur la cornée du lapin.

La méthode de GRAF, imitée de celle de FREY, que nous verrons tout à l’heure, a danc donné à son auteur des résultats très intéressants.

En 1924, ScHmrrz et LŒVENHARDT (239) étudièrent, sur la cornée, les activités anesthésiques de substances appartenant à deux séries chimiques voisines, la série de la novocaïne et la série homologue, où figure la butyne. Ils employèrent une technique imitée de celle de SOLLMANN (260), mais ils renoncèrent à distinguer les « anesthésies complètes » des « anesthésies partielles » ; ils essayèrent la sensibilité non plus toutes les dix minutes, mais toutes les minutes ; ils ne répétèrent pas les applications ; et prirent comme test la durée de l’anesthésie et non la concentration efficace minimum. On voit donc qu’ils améliorèrent notablement la méthode.

Ils constatèrent une augmentation de force anesthésique, et du reste aussi de toxicité, à mesure que l’on passe, dans les deux séries, du compose éthylé au composé butylé 1 Ils constatèrent encore que les composés isopropyliques sont plus efficaces que les composés éthyliques nomaux. Ils virent enfin que les composés triméthyléniques, de la série de la butyne, sont plus actifs que les diméthyléniques correspondants, de la série de la novocaïne, mais que l’augmentation d’activité est toujours accompagnée d’une augmentation de toxicité.

En 1925 les mêmes auteurs étudièrent plus spécialement, par comparais son avec la cocaïne, la novocaïne, la butyne et l’isocaïne, dérivé diisopropylé correspondant à la novocaïne. Ils effectuèrent de nombreuses expériences : sur la cornée du lapin et sur la cornée humaine. Les valeurs relatives trouvées sur le lapin sont : cocaïne 100, isocaïne 90, butyne 140, et sur l’homme : cocaïne 100, isocaïne 103, butyne 143. Dans l’un et l’autre cas la novocaïne se montra très inférieure.

En 1924, WERNER SCHULEMAN (245) étudia l’action de la tutocaïne sur la cornée. Il employa la technique de FROMHERZ (81), maïs chercha non seulement les concentrations limites, mais aussi les durées d’anesthésie. Les concentrations limites qu’il trouva sont les suivantes : 0,05 % pour la cocaïne, 0,13 % pour la tutocaïne, 2 % pour la novocaïne. L’action de la tutocaïne est, d’autre part, très persistante.

En 1925, Poursson et WEIDEMAN (204) étudièrent l’action de l’allylbenzoyl ecgonine et de la benzylbenzoylecgonine sur la cornée du lapin, puis, comme nous le verrons, sur la cornée humaine. =

La même année WAGNER (288) compara l’action de la tutocaïne et de

1. Nous avons déjà rencontré dans les travaux de LAUNOY (160), d’Apams, RIDEAL, BURNETT, JENKINS et DREGGER (2), de MORGENROTH et GINSBERG (187), de FROMHERZ (80), de MACHT (172), des résultats semblables. Nous avons nous-même constaté l’augmentation du pouvoir anesthésique en fonction du poids moléculaire, en étudiant les corps de la série de la benzhydrylamine. Nous publierons plus tard ces résultats.

la psicaïne à celle de la cocaïne sur la cornée du lapin. Il utilisa la méthode suivante :

On produit le réflexe cornéen par attouchement avec un morceau d’ouate finement tordu. On cherche la concentration liminaire et on évalue la durée de l’anesthésie. L'auteur trouva des valeurs analogues pour la psicaïne et la cocaïne, et des valeurs quatre fois plus favorables pour la tutocaïne.

Il chercha enfin l’influence du phénol sur la valeur des solutions de psi-

caïne et de tutocaïne.

En 1926 KocHMANN (125) essaya sur la cornée du lapin, et sur celle du chat, la tutocaïne, la psicaïne et la dolantine. Il ne donna pas de détails sur la méthode d'essais.

La même année JENSEN (116) chercha l'influence, sur la valeur des composés benzylés, de substitutions diverses dans le noyau, et d’allongements variables des chaînes latérales. Il rappela les essais effectués sur la cornée du lapin par MACHT (172), HoonT, KAUFMANN et EAGAN (108, 109) et effectua quelques essais sans définir la technique suivie.

LEHR (164) essaya la psicaïne sur l’œil du cheval et celui du chien. Il constata une anesthésie rapide et profonde avec. vasodilatation, sans lésions épithéliales.

En 1927, TREvAN et Book (277) étudièrent, dans un travail que nous aurons plus tard l’occasion d'examiner de près, les variations de l’action anesthésique locale en fonction de la concentration en ions hydrogène. Us utilisèrent pour ceci la cornée du lapin.

Les auteurs déterminent pour chaque solution, famponnée et fixée à tel pH, la concentration minimum anesthésique, capable d’agir en dix minutes. Les dilutions sont essayées en série, chacune étant la moitié de la précédente, et on finit par celle qui donne une anesthésie « patchy » (morcelée, incomplète, bigarrée). On peut aussi opérer, dit-il, alternativement, c’est-à-dire en prenant la concentration intermédiaire entre celle qui donne l’anesthésie complète en moins de dix minutes et celle qui ne donrie pas du tout d’anesthésie. Il est très important, d’après l’auteur, d'employer des solutions fortement tamponnées et d’instiller continuellement la solution pendant le temps spécifié, en essayant le réflexe, pendant l’instillation même, par attouchement léger. L'auteur ne donne pas d’autres renseignements sur là méthode qu’il a utilisée. Ceci est particulièrement curieux, surtout si l’on tient compte des résultats précis qu’il a publiés.

H. Srerpce (266), en 1927, utilisa la cornée du lapin pour comparer l’activité des composés thiophéniques à celle de la cocaïne. Il utilisa pour mesurer la profondeur de l’anesthésie les poils excitants de FREY (78). Il constata ainsi que la substitution du 2 thénoyl au benzoyl ne nuit pas, au contraire, à l’activité des corps.

G. CARBONARO (39), en 1927, étudiant la psicaïne, effectua quelques essais sur les yeux de lapin et de chien. Il agit par comparaison avec la cocaïne, notant le temps nécessaire pour l’établissement de l’anesthésie et la durée

de cette anesthésie. Il ne donna aucun détail sur la façon de constater l’anesthésie. “

La même année : KiNGo TomiINAGA et INoSUKE HAYASH1I (273) instillèrent des solutions équimoléculaires de cocaïne, de psicaïne, de tutocaïne et de novocaïne, sur la cornée du lapin. En mesurant les durées d’anesthésie, anesthésie d’ailleurs peu définie, ils trouvèrent, pour la cocaïne et la psicaïne une force très voisine, pour la tutocaïne une force nettement plus faible, et pour la novocaïne une valeur tout à fait réduite.

En 1927, Léo Ruurx (227) utilisa l’essai sur la cornée du lapin pour étudier le renforcement de l’action analgésique de la cocaïne et la novocaïne par addition de différentes substances : sulfate de potassium, phényluréthane, isoamylhydrocupréine, phénol, isooctylhydrocupréine, chloroforme, éthyluréthane. L'auteur donna fort peu de détails sur la technique suivie.

En 1928, ANTONIO CoRRADO (53) étudia l’action de la psicaïne sur l’œil du lapin. Il essaya la sensibilité de la cornée avec une plume de poule « capable de soulever un poids de 0 gr. 25 ». Il agit par comparaison avec la cocaïne, qui, pour lui, se montre plus active.

Enfin dans un travail effectué au même laboratoire (Université royale de CAGLIARI, prof. G. B: ZANDA), LUIGI SALAZAR (230) compléta les données d'ANTONIO CONRADO en appliquant avec une grande minutie, et à son entière satisfaction, ka méthode que j’ai proposée pour l’étude des anesthésies cornéennes, méthode que j’exposerai plus loin.

2) Action sur la cornée humaine. — La plupart des méthodes que nous venons d’examiner sont des méthodes pharmacologiques utilisées pour comparer, au laboratoire, les valeurs relatives des anesthésiques locaux.

Les travaux que nous allons étudier maintenant, qui utilisent la cornée humaine, ont été effectués par des médecins ophtalmologistes. Ce sont presque toujours des essais qualitatifs. Quelques-uns de ces essais sont pourtant de grande valeur, et ont réussi à donner des résultats quantitatifs ! valables. |

FREY (78) le premier, en 1894, a étudié la suppression de la sensibilité cornéenne par les anesthésiques locaux. Nous avons déjà vu, à propos des essais de GRAF (91), de quelle façon opérait cet auteur. Rappelons que sa technique est basée sur des excitations croissantes, effectuées sur la cornée anesthésiée à l’aide de crins de forces de plus en plus grandes. Il est donc le premier auteur qui ait cherché à définir l’intensité de l’anesthésie. Cette méthode a été depuis vérifiée au point de vue clinique par KRUcHMAN (135) en 1895, et au point de vue pharmacologique par SCHUTER (247).Nous allons la décrire en détails.

La préparation des crins excitants est assez délicate. A l’extrémité d’une courte baguette de bois de section carrée, de 4 mm. de côté et de 80 mm. de long, on fixe avec un peu de cire un crin, aussi peu courbé que possible, de telle sorte que l’extrémité dépasse de 20 à 40 mm. Pour les excitations

légères on utilise des morceaux de cheveux de femme ou d’enfant. On peut utiliser aussi des petits filaments de coton. Pour les excitations plus fortes, on utilise des crins de cheval, droits, de section allant de 0,16 à 0,25 centième de millimètre. On prépare ainsi un certain nombre de ces excitateurs avec des poils différents. Chacun d’eux représente un excitant spécifique et constant. En effet, si on appuie le poil aussi perpendiculairement que possible sur la cornée, il se produit une pression qui ne peut pas dépasser une limite déterminée, car toute pression plus grande courberait le cheveu ou le crin.La valeur de ce maximum de pression peut être déterminée à l’aide de la balance. Il suffit d’appuyer le crin sur le plateau d’une balance, et de rétablir l’équilibre en ajoutant des poids sur l’autre plateau. La valeur de ces poids représentera en grammes la pression exercée par le poil. Mais l’excitation ne dépendra pas seulement de la résistance du poil, elle dépendra aussi de la surface cornéenne rencontrée. Par conséquent, en déterminant au microscope le diamètre du poil, et en calculant la surface de section, on obtient le résultat cherché en gramme par millimètre carré. Nous avons vu que les poils excitateurs employés par GRAF (91) soulevaient des poids de 0 gr. 04, 0 gr. 08, 0 gr. 026 et 2 gr. 5. Les poils excitateurs employés par ScHUTER (247) soulevaient des poids de O0 gr. 0036, de 0 gr. 031, de O0 gr. 074, de 0 gr. 104 et de 0 gr. 210, et possédaient par millimètre carré une valeur de pression de 1 gr. 516, 4 gr. 573, 5 gr. 885, 9 gr. 486 et 22 gr. 028. :

Les poils excitateurs étant préparés, on procède à l’essai du produit à examiner. On prépare des solutions de ce produit à des titres divers, par exemple 0 gr. 5, 1, 2... 10 %, et des solutions de chlorhydrate de cocaïne aux mêmes titres. Après avoir essayé la sensibilité de la cornée par le poil le plus faible, on instille une goutte de solution de cocaïne dans l’œil du sujet, et dans l’autre œil une goutte de la solution à essayer, à la même concentration. Aussitôt après l’instillation, on cherche la sensibilité à l’aide de tous les poils excitateurs, en allant des plus faibles aux plus forts. Ces essais sont renouvelés à intervalles réguliers, et on note le moment où l’anesthésie s’établit puis cesse pour tel ou tel poil. L’anesthésie n’est pas, comme pour l’essai sur animal, suivie par la suppression du réflexe cornéen, elle est suivie par la suppression de la sensation douloureuse. L’anesthésie est donc moins nettement définie que sur animal, elle dépend tout à fait de la sensibilité du sujet essayé. De plus il faut prendre de grandes précautions en appliquant les crins.Alors que, dans certains cas, une pression perpendiculaire ne provoque aucune douleur, il suffit de faire glisser légèrement le crin sur la cornée pour produire une sensation douloureuse très nette. Quoi qu’il ensoit, cette méthode permet de donner des résultats comparatifs clairs, elle permet d'exprimer ces essais par des courbes. C’est bien certainement une des méthodes les plus intéressantes que nous ayons rencontrées à propos de la cornée. Cette méthode a été pourtant fort peu utilisée. En 1921 Bonar et SoLLMANN (26) étudièrent des corps nouveaux de la série de la novocaïne, entre autres la butyne, et comparèrent l’activité

de ces corps à celles de la cocaïne, de la novocaïne et de la f eucaïne. Ils utilisèrent non seulement la cornée du lapin, comme nous l’avons vu, mais aussi la cornée humaine : « On met une goutte de la solution anesthésique sur l’œil et on essaie la sensibilité toutes les minutes en faisant passer le bout d’un cure-dent dont la pointe est munie d’un petit tampon de coton sur la cornée... On fait ainsi des observations à la fois subjectives et objectives, sur individus différents, avec à peu près le même résultat ».

En 1922, Buzson (35) exposa, au nom du comité d’études de l’ American medical association, les essais pharmacologiques effectués sur des échantillons de butyne, fournis par les laboratoires ABBots. Ce travail n’est pas un véritable essai de mesure de l’activité anesthésique locale, c’est plutôt une étude très poussée des propriétés de la butyne. Nous passerons en revue, plus loin, les résultats extrêmement intéressants signalés par Buzson. Disons seulement ici que le comité d’études américain a comparé l’action de la butyne à celle de la cocaïne sur l’œil humaïn. Les points suivants ont été étudiés : établissement, profondeur, durée de l’anesthésie, pénétration de la substance anesthésiante, et actions accessoires comprenant : irritation immédiate ou tardive, changement de diamètre pupillaire, vascularité, pression intraoculaire, dessiccation de la cornéet Pour essayer la valeur anesthésique les auteurs effectuèrent avec la butyne et avec la cocaïne quatre instillations, de trois en trois minutes ; l’opération commençait cinq à dix minutes après la dernière instillation. Is constatèrent qu’une solution de butyne à 2 % donne une anesthésie plus forte que la solution de cocaïne à 4 % et ceci sans action accessoire nuisible.

En 1925, ScamiTz et LŒWENHARDT (239) étudièrent l’isocaïne, la cocaïme, la procaïne et la butyne sur l’œil humain. Ils employèrent sensiblement la même technique que sur la cornée du lapin et obtinrent les mêmes résultats.

La même année PouLsson et WEIDEMAN (204) avec HAAGEN essayèrent l’action de l’allylbenzoylecgonine sur l’œil humain : « La sensibilité de la cornée est essayée au moyen d’une baguette de verre. L’anesthésie est considérée comme complète quand la cornée peut être refoulée sans réaction. Elle est considérée comme incomplète si un attouchement léger ne donne rien, alors qu’une pression forte donne la réaction ». Pour ces auteurs l’anesthésie conjonctivale serait plus régulière que l’anesthésie cornéenne. Pour constater l’anesthésie conjonctivale on saisit, à ia limite de la cornée, un repli conjonctif au moyen d’une pince fine et on cherche à déplacer le bulbe. S’il n’y a pas de réaction on considère l’anesthésie comme complète. Pour comparer les actions anesthésiques on mesure les durées des anesthésies. L’anesthésie conjonctivale est nettement plus prolongée que l’anesthésie cornéenne. Les auteurs concluèrent de leurs essais que la combinaison allylique est un peu plus irritante que la cocaïne, mais qu’elle possède un pouvoir anesthésique plus grand.

Enfin citons, pour terminer, les nombreux essais cliniques effectués dans ces dernières années pour mettre en évidence les propriétés anest hesiques de la psicaïne.

En 1925, et dans les années suivantes : RumBour (226) (qui utilise la méthode de FREY), Monr, KREY (134), WEINBERG (293), SATTLER (235), HonrTt (113), SINGER (253), LEHR (164), CARBONARO (39), étudièrent l’action de la psicaïne sur l’œil humain et comparèrent sa valeur à celle de la cocaïne. Les résultats trouvés par ces auteurs sont du reste assez contradictoires, et ces travaux n’apportent aucune nouveauté au point de vue technique.

3) Action sur la pupille. — Nous avons vu que la cocaïne produit une dilatation pupillaire nette. Ce phénomène serait dû à une action sur les nerfs sympathiques du globe oculaire, action produite après résorption de la substance. Il semblerait donc à première vue traduire indirectement une action anesthésique. Des travaux fort intéressants ont démontré la nature très complexe du phénomène. Ceci n’a pas empêché ‘quelques auteurs de penser à utiliser cette action mydriatique pour mesurer la valeur des corps anesthésiques. Disons de suite qu’ils n’ont pas réussi.

Ces essais ayant été faits par simple instillation sur le globe oculaire, nous allons nous en occuper ici.

En 1926, BsoRKMAN, WIBERG et SANTESSON (25) étudièrent les propriétés anesthésiques de la cocaïne et de la psicaïne, et cherchèrent à mesurer l'influence favorable qu’exerce l’alcalinisation. Nous avons déjà vu qu’ils utilisèrent dans ce but l’action sur les sensibilités gustatives. Ils pensèrent, en outre, à utiliser l’action sur la pupille. Pour ceci, ils placèrent une goutte de la solution à étudier dans le sac palpébral du sujet et déterminèrent le temps au bout duquel commençait à apparaître la dilatation pupillaire. Ils constatèrent d’une part que ce temps, pour les solutions de cocaïne, est loin de suivre régulièrement la concentration, et d’autre part que la psicaïne n’est pas mydriatique, non plus du reste que la novocaïne, l’eucaïne, l’alypine, la stovaïne.. Il est donc évident que l’action sur la pupille est une propriété particulière, bien différente de l’action anesthésique.

B) Essai des anesthésiques insolubles dans l’eau. — Tous les anesthésiques locaux ne sont pas solubles dans l’eau. Il existe un certain nombre de corps, comme l’anesthésine, l’orthoforme, la propésine, le cycloforme, fort peu solubles, dont il faut pourtant mesurer la force. Nous avons vu que les auteurs américains ADAMS, RIDEAL, BURNETT, JENKINS et DREGER (2) avaient tourné cette difficulté en essayant ces corps, à des concentrations très faibles, sur des poissons. On a proposé aussi de les essayer directement sur des plaies. Cet essai présente un assez grand nombre de difficultés, surtout si l’on veut réaliser des expériences comparatives. Quelques auteurs ont proposé, chose un peu surprenante «a priori, d'essayer ces Corps, peu solubles, sur la cornée des animaux.

En 1919 T. SozzmanN (262) essaya l'efficacité des anesthésiques peu solubles, d’une part sur les gencives de l’homme, comme nous l’avons vu, d'autre part sur la cornée du lapin. Il se borna à insuffler sur la cornée

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l’anesthésique (anesthésine, cycloforme, néo-orthoforme, propésine) plus ou moins dilué avec du talc pulvérisé. Il essaya la sensibilité au bout de cinq minutes, et répéta les applications jusqu’à ce que la cornée pût être touchée sans déclanchement du réflexe. Si l’anesthésie ne se produisait pas, il s’arrêtait à la sixième application. Si la sensibilité était supprimée il continuait les essais à intervalles de cinq minutes, jusqu’au retour du réflexe. Le principe de la méthode est donc le même que pour l'essai des anesthésiques solubles. D’après l’auteur lui-même, cette méthode est peu exacte.

Celle qui utilise les gencives aurait une valeur plus grande. Aïnsi, sur la cornée, les corps essayés semblent être pratiquement équivalents. Sur les gencives ces corps se classent dans l’ordre suivant en commençant par le plus fort : cycloforme, anesthésine, propésine, néo-orthoforme, chacun de ces corps étant sensiblement deux fois plus fort que le suivant.

En 1921, MoRGENROTH (186) reçut de THoms (272) un certain nombre de dérivés de l’anesthésine (paraaminobenzoate d’éthyle) qui en diffèrent, par substitution d’un H de l’amine. Ces produits, peu solubles, furent essayés sur la cornée. Après pulvérisation de ces substances et contact de trois minutes, on lave l’œil du lapin. Pour l’anesthésine l’auteuñ constata une anesthésie complète, rapide, se prolongeant pendant trente minutes. Pour les autres corps il constata une anesthésie semblable ou moins forte. Il put ainsi comparer entre eux ces différents produits.

Enfin notons que GRAF (91) pour essayer les préparations leucinoliques appliqua ces corps en nature sur l’œil du lapin. Il observa des conjonctivites séreuses et hémorragiques avec sécrétions et ectopies, suivies de kératites diffuses plus ou moins prolongées. Dans d’autres cas il observa un leucome persistant. Malgré ces phénomènes, l’anesthésie se prolongeait fort longtemps ; elle dura, dans un cas, pendant plus de dix jours. GRAFF fait remarquer que des lésions analogues furent constatées par GEBB (84) par application de cocaïne et de novocaïne en substance sur l’œil. On voit donc que ces applications en nature sur la cornée ne sont pas sans danger.

d) Action sur les troncs nerveux.

Dès 1868, Moreno y Maïz (185), par injection d’acétate de cocaïne en solutior à des animaux divers (grenouilles, cochons d’Inde, lapins, rats, oiseaux) constata, pour les doses élevées, « la diminution, puis l'épuisement du sentiment, sans que la motricité soit complètement abolie ».

Mais les premières données relatives à l’action locale de la cocaïne sur les troncs nerveux semblent dues à LABORDE (139) et à CHARPENTIER (49), 1884. Ces deux auteurs mentionnèrent qu’une solution de cocaïne appliquée directement sur les nerfs suppriment leur excitabilité.

ToRSELLINI (274), l’année suivante, constata qu'après l’application d’une solution étendue de cocaïne (0 gr. 1 %) sur un sciatique de grenouille la sensibilité était complètement supprimée. « Il est possible, écrit l’auteur,

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d’amputer, à ce moment, la patte sans que l’animal présente de réactions douloureuses. »

La cocaïne supprimait donc l’excitabilité des nerfs sensitifs. Ce fait, extrêmement important, a été confirmé plus tard, aussi bien pour les grenouilles que pour les mammifères, par les travaux de N. FEINBERG (68), 1886, de WITzEL (302), 1886 et de BaLptr (16), 1889.

Kocxs (129), en 1886, observa le fait suivant : si on applique un peu de cocaïne, en poudre, sur un sciatique de grenouille, on constate que la conductibilité sensitive est supprimée très rapidement, alors que la conductibilité motrice reste intacte. Si à ce moment on lave le nerf, et si on le replace soigneusement dans la plaie, on voit la conductibilité sensitive se rétablir en quelques heures. Si on répète, sur le même nerf, ces expériences à courts intervalles, il arrive un moment où la conductibilité motrice est également supprimée. Ces faits, constatés sur la grenouille, se produisent de même sur le chien et sur le lapin.

Kocxs avait ainsi mis en évidence que la cocaïne appliquée sur un nerf supprime d’abord la conductibilité sensitive, puis en prolongeant l’action, arrive à supprimer la conductibilité motrice.

L'étude de la paralysie motrice a été continuée par H. ALms (9). Cet auteur montra, en 1886, qu'il n’était pas nécessaire pour supprimer la conductibilité d'employer la cocaïne en substance. Il suffisait d'appliquer sur le sciatique de grenouille ou de lapin une solution de cocaïne à 5 %.« Dans ces conditions, il ne se produit aucun mouvement de l’extrémité cocaïnisée quand on excite, même très fortement, toute autre partie du corps, et la faradisation du plexus sciatique ne produit aucun tétanos des muscles du mollet ».

Depuis, la section physiologique des nerfs a été étudiée d’une part pour être appliquée à la pratique de l’anesthésie régionale (CORNING (52), OBERST, FEINBERG (68)),et d’autre part pour des fins plus précisément physiologiques.

En 1890, Mosso (188) observa que l’application d’une solution de cocaïne à 10 % sur le sciatique de grenouille produisait une diminution de hauteur de la contraction musculaire. Après six minutes, le nerf avait perdu toute excitabilité. En 1891 il montra qu’il y avait paralysie motrice du nerf phrénique par applications de quelques gouttes de la solution à 10 % sur le diaphragme du chien.

LANGLEY et DicxiINsonN (141), en 1890, montrèrent que par cocaïnisation du nerf sympathique au cou du lapin l’excitation électrique de la partie centrale devenait inefficace sur la pupille et les vaisseaux de l’œil.

En 1892 François FRANK (75) démontra que la section physiologique portait sur toutes les formes d’excitation que peut conduire un tronc nerveux. Cette section complète se produisait avec netteté sur un nerf mixte, complexe, comme le pneumogastrique. Il montra en outre que la paralysie est précédée d’une augmentation de sensibilité de courte durée qui se retrouve dans le retour à la normale. En 1898 GRADENWITZ (90) essaya

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