‹ Méthodes de Mesure de l'Activité des Anesthésiques LocauxChapitre 16 sur 67 · RATER · texte numérisé non relu

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priétés morphologiques apparentes, ou les propriétés optiques du cylindreaxe fussent modifiées.

En 1914, L. et M. LapicQuE et R. LEGENDRE (153) observèrent sous l’influence d’agents très divers une modification particulière des fibres nerveuses. Ils constatèrent en outre que ce changement morphologique accompagne systématiquement un changement d’excitabilité (hausse de réhobase et baisse de chronaxie). \

Is examinèrent les fibres nerveuses à l’état vivant, sans aucune lésion du nerf, entre lame et lamelle, et firent agir sous le microscope (technique détaillée dans la communication de R. LEGENDRE (145)) des solutions de chlorhydraté de cocaïne à 1, 2, 3 pour 1000. Ils virent se produire sous cette influence, de même que sous l’influence de l’eau chloroformée salée diluée au 1/10, des modifications morphologiques importantes : « La myéline se gonfle un peu en devenant plus réfringente, la démarcation de ses deux bords s’accentue, elle paraît brillante et saillante comme une baguette de verre : ensuite elle se gonfle davantage et redevenue moins réfringente elle empiète notablement sur la largeur primitive du cylindre-axe. Sa démarcation devient sinueuse, puis elle pousse des bosselures qui pointent tout à coup ici où là, s’accroissent à vue d’œil au travers du cylindre-axe, puis s’immobilisent. Ces excroissances sont surtout marquées aux environs des étranglements de RANVIER où elles forment d’une façon précise des digitations remarquables. En faisant circuler de l’eau physiologique pure autour de la préparation on voit ces modifications rétrocéder peu à peu. Si l’on fait agir une solution deux fois plus concentrée, le gonflement de la myéline s’exagère, sa réfringence diminue encore, les bosselures s’accroissent jusqu’à traverser complètement et couper le cylindre-axe. »

Les auteurs constatèrent qu’à la concentration de 3 pour 1.000 le chlorhydrate de cocaïne provoquait rapidement l'interruption du cylindre-axe par le gonflement de la myéline, et ils virent qu’à ce degré d’intoxication le nerf était devenu inexcitable. Ils virent des phénomènes semblables se produire par applications d’éther et de solutions de sulfate de strychnine ou d’oxalate de sodium. Mais ils ne constatèrent plus ces modifications sous l'influence du curare, ou ne les virent que légères ou transitoires sous l’influence du chlorhydrate de solanine ou celle du chlorhydrate de morphine. ;

On voit donc que les constatations de L. et M. LAPICQUE et de R. LE- GENDRE sont plus complètes que les précédentes. On peut déduire de leurs travaux que l'intensité des modifications morphologiques est parallèle à l'intensité des modifications de l’excitabilité et que toutes deux suivent fidèlement la concentration de la substance anesthésique. Il est donc bien possible, comme nous l’avons dit plus haut, d'utiliser les méthodes microscopiques, pour avoir des renseignements valables sur la force anesthésique

d’un composé inconnu.

8) Influence de l’action des anesthésiques locaux sur le dégagement de gaz

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carbonique produit par le nerf. — VERWORN (283), en 1909, émit l’idée que la narcose était due à une véritable asphyxie. MANSFELD (176), la même année, arriva à une conclusion similaire. Depuis, bien d’autres auteurs se rallièrent à leur avis. Cependant, d’autres opinions divergentes furent émises. WARBURG (290), LæB et WAsTENEYS (167) pensèrent que la diminution du taux d’oxydation ne pouvait être considérée comme la cause de la narcose, qu’elle en était plutôt une conséquence. WINTERSTEIN (301), TRAUBE (275) pensèrent, d’autre part, que cette diminution n’était ni la cause, ni une conséquence directe de la narcose. Pour eux, elle était plutôt le résultat de phénomènes secondaires.

Quoi qu’il en soit, il semble que l’activité de l'oxydation, et par conséquent la quantité de CO? dégagée, varie en même temps que l’amplitude du phénomène narcotique. Des recherches extrêmement intéressantes, d’une grande finesse technique, ont été effectuées sur les échanges gazeux produits par les nerfs, à l’état normal ou sous diverses influences.

LupwiG HABERLANDT (99), en 1911, étudia les variations d'intensité des échanges respiratoires du nerf, au repos et au cours de |” excitation et de la tétanisation électrique. Il employa pour ces expériences le microspiromètre de THUNBERG-WINTERSTEIN, suivit les précautions indiquées par WipMaARK, et travailla sur le sciatique de grenouille. Il crut pouvoir conclure que dans l’excitation prolongée des nerfs il y avait augmentation des échanges respiratoires.

De leur côté, TASHIRO et ADAMS (271), en 1914, trouvèrent que la production du CO? par le nerf de la pince de crabe est notablement diminué quand le nerf est narcotisé par l’éthyluréthane ou l’hydrate de chloral en quantité suffisante. Avec des concentrations narcotiques plus faibles, ils trouvèrent au contraire que la sécrétion de CO? est augmentée. Plus tard TASHIRO (270) montra qu’il y avait le long des fibres nerveuses des variations graduées du métabolisme, les fibres afférentes produisant toujours plus de CO? dans la partie la plus éloignée du nerf, les fibres efférentes présentant les propriétés inverses. Il fut ainsi amené à penser que ces phénomènes étaient liés au degré de fonctionnement du nerf. Il vit enfin que les anesthésiques locaux, employés en concentration convenable, altèrent et inversent même les caractères du métabolisme.

Sur les conseils de TASHIRO, SHUICHI Niwa (244), en 1919, étudia de plus près cette influence des anesthésiques locaux, et en particulier de la cocaïne, sur le métabolisme du nerf mixte. De ces travaux fort délicats, l’auteur tira les conclusions suivantes : 1° le sciatique de grenouille (Rana pipiens) traité par des solutions de chlorhydrate de cocaïne, à concentration insuffisante pour produire l’anesthésie, produit plus de CO? que le nerf normal ; 20 si on emploie des concentrations donnant une anesthésie complète, mais réversible, on réduit le métabolisme nerveux à un degré variable dépendant de la profondeur de l’anesthésie ; 3° l’excrétion de CO? diminue d’autant plus que le nerf est traité plus longtemps, et ceci est vrai pour toutes les concentrations étudiées.

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De ces travaux, il résulte donc qu’il y a une relation étroite entre le métabolisme du nerf et son excitabilité. Il serait donc, peut-être, possible de suivre l’action anesthésique par le dégagement de CO® sécrété par le nerf.

7) Modifications de la « variation négative » du nerf sous l'influence des anesthésiques locaux. —- H. BorurTrAu (27), dans son étude sur les modifications produites par divers poisons sur les courants électrotoniques du nerf, constata que les solutions de cocaïne produisent très rapidement la suppression de la variation négative. Peut-être pourrait-on utiliser ce fait pour avoir une mesure du phénomène anesthésique ?

9) Modifications de la teneur en calcium du nerf sous l'influence des anesthésiques locaux. — En 1928, Simon et SzELoczey (252) ont montré que la teneur en calcium du nerf varie sous l’action de la cocaïne. En l’espace de deux heures, la quantité de calcium, diffusée d’un nerf maintenu dans une solution phÿsiologique de chlorure de sodium contenant 0 gr. 5 % de chlorhydrate de cocaïne, est toujours plus grande que pour l’autre nerf du même animal (lapin) maintenu dans ‘une solution physiologique sans cocaïne. Ces recherches, d’un très grand intérêt physiologique, pourraient peut-être donner quelque indication sur l’activité d’un anesthésique ?

On pourrait rapprocher de certains des phénomènes précédents les modifications produites par les anesthésiques locaux sur la rhéobase et la chronaxie des nerfs. Cette assimilation ne serait pas absolument exacte. En effet, les variations de rhéobase et de chronaxie ne sont pas, comme les précédentes, des phénomènes différents qui produisent, qui suivent, ou qui accompagnent les variations de l’excitabilité nerveuse. La rhéobase et la chronaxie sont, d’après leur définition même, les deux paramètres de l’excitabilité, Ces deux paramètres ne font qu’un avec cette excitabilité. Ils l’expriment. Mesurer les variations de ces paramètres c’est mesurer directement l’excitabilité elle-même.

C’est donc plus loin, avec beaucoup de détails, que nous étudierons l’action des anesthésiques locaux sur la rhéobase et sur la chronaxie des nerfs. Disons de suite que cette étude nous a permis de mesurer de façon exacte ” l’activité des anesthésiques locaux sur les nerfs moteurs et sensitifs.

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