CHAPITRE II
TRAVAUX PERSONNELS. MÉTHODES PROPOSÉES POUR MESURER L'ACTIVITÉ DES ANESTHÉSIQUES LOCAUX
En 1921, au moment où j’ai commencé à m'intéresser aux essais phar- macologiques des anesthésiques locaux, la plupart des méthodes que nous venons d'examiner avaient déjà été proposées.
Certaines d’entre elles retinrent peu mon attention. I1 me sembla, en effet, que ces techniques, utilisant l’action dépressive sur les cellules, en général, ou l’action anesthésique sur les centres nerveux supérieurs, ne pouvaient pas donner une idée exacte des propriétés anesthésiques locales qui nous intéressaient seules. Il fallait évidemment s’adresser aux méthodes qui utilisaient l’action même sur les appareils nerveux locaux. Parmi ces méthodes, il fallait encore faire un choix. Les unes s’adressaient au nerf moteur, les autres au nerf sensitif. Les unes choisissaient comme champ d’expérience les muqueuses linguale, buccale, cornéenne, d’autres préféraient l’action sur la peau de grenouille ou l’action par injection dans le tissu cutané humain. À
Il était du reste impossible de se contenter d’une seule méthode. Des travaux importants de FRoMHERz (81) et de SOLLMANN (261) montraient en effet que les anesthésiques locaux agissaient de façon différente selon l’endroit da corps où on les appliquait. Tel corps, très actif sur le tronc nerveux dénudé, ne présentait plus qu’un pouvoir anesthésique faible sur les terminaisons nerveuses, mieux protégées, des muqueuses. D’autres corps présentaient les phénomènes inverses. Il fallait, pour faire un travail complet, effectuer au moins deux essais, l’un sur les muqueuses, l’autre sur les nerfs.
Pour ce dernier essai fallait-il se contenter, comme l’avaient fait de nom- . breux auteurs, d’essayer seulement l’action sur le nerf moteur ? Ceci ne m'a pas semblé possible. En effet, le but de l’anesthésie locale étant, par définition, d’entraver l’apport aux centres des perceptions douloureuses ou génératrices de réflexes, il était évident que l’action sur les fibres nerveuses sensitives était, de beaucoup, la plus intéressante. En outre l’hypothèse selon laquelle les anesthésiques locaux agissaient de même façon sur les deux sortes de fibres nerveuses ne me parut nullement fondée. Il fallait donc étudier l’action sur le nerf moteur et aussi l’action sur le nerf sensitif. Je dirai tout de suite que ces deux actions se sont montrées, dans mes expériences, totalement différentes. Il était donc parfaitement nécessaire de les étudier toutes deux.