‹ Méthodes de Mesure de l'Activité des Anesthésiques LocauxChapitre 18 sur 67 · APS LES · texte numérisé non relu

APS LES

Il fallait maintenant mesurer la valeur anesthésique « en surface » suivant l’expression de FROMHERZ. Je n’ai pas cru, pour ceci, pouvoir retenir la méthode qui utilise la peau de grenouille. Zorn (303) a, en effet, montré le peu d’exactitude que présente cette technique, et FROMHERZ (81) ainsi que SOLLMANN (261) ont constaté que les résultats obtenus sur la peau de grenouille sont très analogues aux résultats obtenus sur la cornée. La méthode d’essai sur la peau humaine, par injection intradermique, ne m’a pas semblé non plus devoir être retenue. Ses résultats malgré toutes les précautions prises, notamment par RHODE (218), ne peuvent pas être suffisamment objectifs. L'emploi des animaux ne semble pas, non plus, constituer un progrès. Du reste, comme nous l’avons dit, nous ne savons pas si cette méthode s’adresse aux filets nerveux ou aux terminaisons nerveuses, si elle mesure une anesthésie de conduction, ou une anesthésie de surface. Je me suis donc adressé, pour la mesure de l’anesthésie de surtace, d’abord aux terminaisons nerveuses de la muqueuse linguale. Puis, avec de bien meilleurs résultats, j’ai utilisé la cornée du lapin.

* Nous allons examiner successivement les méthodes que j’ai étudiées : essai, de peu de valeur, sur la muqueuse linguale, essai bien plus net sur la cornée du lapin, enfin essais très satisfaisants sur le nerf moteur de la grenouille et sur les nerfs sensitifs de la grenouille et du chien.

Pour chacun de ces essais, je rappellerai brièvement les données suivies par mes prédécesseurs, et je mettrai, en regard, les principes qui m'ont guidé, la technique utilisée et les essais de contrôle que j’ai effectués.

Je comparerai enfin, dans un troisième et dernier chapitre, les résultats

que j’ai obtenus à ceux qu’ont trouvés les auteurs que j’ai cités.

I. — ESSAI DE MESURE DE L’ANESTHÉSIE PRODUITE SUR LES TERMINAISONS NERVEUSES DE LA MUQUEUSE LINGUALE.

Aucun des essais signalés, qui utilisent les muqueuses de la bouche, ne donne, d’après leurs auteurs, de résultats suffisamment exacts. J’ai essayé à mon tour d'utiliser la muqueuse linguale. Je n’ai pas obtenu de meilleurs résultats.

Au début de mes essais, j’appliquais sur la pointe de la langue, en renversant le tube qui la contenait, une solution anesthésique tiédie. Après avoir maintenu pendant quatre minutes’ le tube ainsi renversé, j'essayais d’estimer la profondeur de l’anesthésie.Cette méthode avait l’avantage de localiser parfaitement la zone anesthésiée, mais elle n’indiquait pas la quantité de substance fixée par la muqueuse. Plus tard, il m’a semblé préférable de laisser tomber sur la pointe de la langue deux gouttes de la solution à essayer, de laisser agir deux minutes, puis après lavage de la bouche de chercher la sensation anesthésique.

Pour classer entre elles les différentes solutions anesthésiques on pouvait procéder de deux façons différentes. Un premier procédé consistait

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à apprécier l'intensité plus ou moins grande de chaque anesthésie. Je n’ai pu l'appliquer ici. En effet, il me fut presque impossible d'établir un classement net, même pour des solutions de concentrations de 2 en 2 fois plus grandes.

Le deuxième procédé me sembla d’abord plus facile. Il consistait à estimer comme équivalentes les solutions qui produisaient la plus petite anesthésie perceptible. J’ai cru tout d’abord pouvoir ainsi classer les forces anesthésiques de corps divers. Dans des essais plus poussés je m’aperçus qu’il était très difficile de distinguer la sensation anesthésique des sensations plus ou moins irritantes qui peuvent l’accompagner. Cette impossibilité, où l’on est, de définir avec netteté, même de façon subjective, l’action que l’on cherche rend donc cette méthode totalement inutilisable. j

II. — MESURE DE L’'ANESTHÉSIE PRODUITE SUR LES TERMINAISONS NERVEUSES DE LA CORNÉE.

Parmi les méthodes nombreuses, préconisées par les auteurs, cités plus haut, nous avons à retenir en particulier celles de MORGENROTH (187), de FRoMHERZ (80), de SOLLMANN (260), sur la cornée animale et celle de FRET. (78) sur la cornée humaine

Notre but était surtout de de de chimiste dans son œuvre de synthèse. Nous pouvions donc avoir affaire à des corps irritants ou même caustiques. Nous avons par conséquent renoncé à utiliser la cornée humaine.

Aucune des méthodes proposées ne nous a semblé suffisante. Elles présentent toutes des fautes nettes de technique :

1° Les auteurs ignorent la quantité de substance anesthésique qu'ils font agir sur la cornée. En effet, d’une part ils remplissent indifféremment le sac de la paupière, qu’il soit grand ou qu’il soit petit, et d’autre part ils ne tiennent nul compte de la partie de la solution absorbée par la paupière inférieure, partie perdue pour la cornée. Il faut donc appliquer une quantité connue de substances anesthésiques sur la cornée elle-même.

29 La recherche de l’anesthésie manque de netteté. L’essai se fait à des temps trop longs (SOLLMANN), ou non déterminés d'avance (FROMHERZ). : Le réflexe est déclanché, dans la plupart des. cas, par des pressions insuffisamment graduées et avec des instruments mal définis.

3° La plupart des auteurs effectuent des essais trop peu nombreux (FROMHERZ, SOLLMANN). Ces essais sont souvent très fortement gênés par les grandes variations individuelles des cornées traitées. Ces variations peuvent se faire sentir sur les deux yeux d’un même lapin, de telle sorte que ces deux yeux réagissent parfois de un très différente à des doses égales d’un même produit.

1. La méthode préconisée par GRAF (91) nous paraît être, de toutes les méthodes que nous avons vues, de beaucoup la mieux étudiée, Elle nous paraît pourtant manquer de netteté dans les conditions initiales de l’essai. Parue en 1923, nous l’ignorions au moment où nous avons commencé nos propres recherches (1921),

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40 Enfin, aucun des auteurs cités ne tient compte de l’accoutumance très rapide que subissent les cornées pour les substances anesthésiques. C’est pourtant là une cause d’erreur des plus importantes.

Pour toutes ces raisons, il ne m’a pas semblé possible d'appliquer une des méthodes indiquées plus haut. J'ai donc procédé à un certain nombre de recherches pour fixer une technique régulière et éviter les causes d’erreur que je viens d’envisager.

Je ais exposer maintenant la méthode à laquelle je me suis arrêté et les essais que j’ai effectués pour vérifier son exactitude.

a) Principe de la méthode suivie.

Alors qu'un œil normal réagit à la première excitation mécanique faite à l’aide d’un crin fin, un œil anesthésié ne réagit plus à une excitation unique. Mais si on multiplie ces excitations, on constate que pour certaines anesthésies le réflexe se produit à partir d’un certain nombre d’excitations. Pour d’autres anesthésies, au contraire, le nombre d’excitations qu’il faudrait atteindre serait si grand qu’en pratique la cornée peut être considérée comme inexcitable. Mais le fait est là : en répétant plusieurs fois l’excitation au crin il est possible de provoquer le réflexe, alors qu’une seule excitation demeure inefficace, et il semble que le nombre des excitations néces-

saires pour provoquer le réflexe soit proportionnel à l’action anesthésique.

Ce fait se rattache, sans doute au phénomène de la « sommation des excitations », de l’ « addition latente des excitations », qui rend possible par la répétition d’une excitation légère une action qu’une “seule excitation est incapable de produire.

Examinons ces constatations de plus près :

Appliquons sur la cornée une solution analgésique suffisamment concentrée. Nous obtiendrons une bonne anesthésie de la cornée, Il sera alors possible d’exciter la cornée, non seulement une fois, mais un grand nombre de fois, sans qu'il y ait réponse et fermeture des paupières. Nous aurons là une anesthésie complète. j

En pratique les excitations ont été répétées en allant de 1 à 100 ; à 100 l’anesthésie a été considérée comme complète. Quand nous parlerons « d’une anesthésie complète », nous entendrons donc une anesthésie qui résiste à 100 excitations au crin.

Appliquons sur la cornée une solution insuffisamment concentrée. Nous obtiendrons une mauvaise anesthésie de la cornée, une anesthésie incomplète. Il nous sera possible alors, bien qu’une excitation unique soit toujours inefficace, de provoquer la fermeture des paupières en multipliant les excitations au crin, sans atteindre la centième excitation. De même, dans les minutes qui précèdent une anesthésie complète et dans les minutes qui suivent cette anesthésie complète, il sera possible, bien qu’une excitation soit inefficace, de provoquer la fermeture des paupières en multipliant les excitations, sans atteindre la centième excitation,

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Dans ces anesthésies incomplètes et dans ces anesthésies imparfaites de début et de déclin, on constate que, suivant l’état plus ou moins avancé de l’anesthésie, il faut un nombre plus ou moins grand d’excitations pour provoquer une réponse.

Tels sont les principes sur lesquels je me suis appuyé pour apprécier l’intensité d’une anesthésie et pour analyser une anesthésie tout entière ; sa phase de début, sa période d’état et sa phase de déclin. Je vais exposer maintenant de quelle façon j’ai appliqué ces principes à la mesure des anesthésies et à la comparaison des anesthésiques.

b) Technique.

En pratique il a fallu prendre un certain nombre de précautions pour effectuer l’anesthésie et pour évaluer cette anesthésie. Je me suis placé dans des conditions très définies. Le lapin a été choisi comme animal d’expérience.

19 Vérification du réflexe normal. — Au début de l’essai, à la minute 0, je vérifie qu’une seule excitation au crin, excitation provoquant une légère dépression de la cornée , détermine le réflexe : fermeture complète de la paupière. A la minute 4, je vérifie encore si le réflexe est normal.

20 Anesthésie de l'œil. — A ce moment, le lapin est maintenu couché, sa tête est inclinée et son œil est ouvert de façon que le globe oculaire regarde en haut. A la minute 4 4%, un aide place, sur la cornée même, une goutte de la solution anesthésique ?, l’œil est maintenu ouvert et j'attends une minute exactement. Je fais mettre de nouveau une goutte de la solution anesthésique et j’attends encore une minute exactement. À ce moment le lapin est libéré et laissé une minute et trente secondes au repos. A la minute 8, je recherche si il y a anesthésie.

3° Recherche de l’anesthésie. — À 1a minute 8, tenant le lapin par le corps, sa tête restant libre, je commence les excitations sur la cornée, excitations régulières, provoquant toujours la même dépression, faites à un rythme assez rapide produisant sensiblement 100 excitations à la minute. Je ne tiens pas compte des légers mouvements des paupières et je note le nombre

1. Nous avons vu (travaux de FREY (78) et de GRAF (91)), que le degré de dureté du crin joue un grand rôle dans la recherche de l’anesthésie. Dans la méthode que je vais décrire, essentiellement comparative, je n’avais pas à me préoccuper avec précision de la force du crin. J’ai, en effet, toujours utilisé le même crin pour un essai complet d’anesthésie, c’est-à-dire pour l’essai effectué avec la substance à étudier et pour les essais comparatifs effectués avec les solutions témoins de chlorhydrate de cocaïne de titre connu. Cependant j'ai mesuré à la balance la force du crin employé. Ce crin, retiré d’une brosse À habit ordinaire, était monté sur un tube de verre effilé, et soudé par une goutte de paraffine, de telle façon que la partie libre du crin mesurât 1 em. 5. Cet appareil, appuyé jusqu’à légère flexion sur un des plateaux d’une balance, faisait sensiblement contrepoids à 1 gr.50. Il est à remarquer qu’à partir d’une certaine flexion du erin on pouvait augmenter légèrement cette flexion sans augmenter sensiblement la pression portée sur la balance.

2. Il est préférable de mesurer, au lieu d’une goutte, 1/20 de ce. de la solution anesthésique. Des phénomènes tenant à la variation de la tension superficielle de cette solution peuvent en effet intervenir.

d’excitations nécessaire pour obtenir la fermeture complète des paupières. La centième excitation ayant été atteinte sans qu’il y ait fermeture des paupières, les excitations sont arrêtées. Je procède de la même façon aux minutes suivantes : 10, 12 12, 15, 20, 25, 30, 35, 40, 45, 50, 55, 60. Les essais d’excitation se succèdent donc dans les intervalles suivants : une minute et demie après la période d'application de l’anesthésique (temps : minute 8). Puis deux minutes après (temps : minute 10). Puis deux minutes et trente secondes après (minute 12 4%). Puis deux minutes et trente secondes après (minute 15) et enfin, jusqu’à la fin de l’heure, de cinq en cinq minutes - (minute : 20, minute : 25, etc...). Comme on le voit ces intervalles ne sont pas égaux, car on est pris entre la nécessité de constater les anesthésies aibles, fugaces et la nécessité de ne pas fatiguer outre mesure les yeux des lapins. J’allonge donc les intervalles entre les essais au fur et à mesure que les anesthésies de plus en plus longues me le permettent.

40 Expression de l’anesthésie et courbes. — Nous pouvons traduire l’anes-

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