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ACTION SUR LE NERF MOTEUR (SCIATIQUE DE GRENOUILLE

De nombreux auteurs, comme nous l’avons vu, ont présenté, sur le nerf moteur, des méthodes d’essais parfaitement étudiées et jusqu’à un certain point valables. Parmi eux citons particulièrement : A. LæœwEen (161), ©. Gros (94), SyMEs et VELEY (268), Escx (67), BAGLront et Prcorri (15), ZORN (303), SOLLMANN (257), LAUNoOY et Fuyimorr (160), Cao et Ra- NEDO (38). Ë

\ be pe Tous ces auteurs ont utilisé, pour produire l'excitation nerveuse, le courant faradique et l’appareil classique, plus ou moins perfectionné, de pu Bors- REYMoND. Ils ont, pour la plupart, comparé entre eux les titres des solutions ou les temps d’applicalion, capables de produire le même résultat anesthésique, c’est-à-dire de donner pour une intensité déterminée et constante, soit faible, soit forte, l’absence de réponse. Les uns, ayant déterminé l’intensité liminaire juste capable de donner la réponse musculaire, ont cherché le titre de la solution ou le temps d’application nécessaires pour que cette intensité liminaire ne soit plus suffisante. D’autres ont choisi, pour ce même but, l’intensité juste capable de donner la réponse musculaire maæimum. D’autres enfin ont comparé entre eux les titres des solutions, où les temps d'application, capables de supprimer l’effet des excitations les plus fortes possibles. Ces auteurs n’ont donc pas essayé d’utiliser, pour des mesures quantitatives, les graduations de l’appareïl d’induction.

Au contraire, les autres auteurs : A. LŒœWEnN, Escx, BAGLIONI et PILOTTI, ont suivi, en rapprochant les rouleaux du chariot, ou en faisant varier les angles que peuvent faire entre elles les deux bobines, les diminutions d’excitabilité produites par l’action anesthésique.

LŒwWEN a même cru pouvoir, de cette facon, mesurer directement l’excitabilité nerveuse. Disons de suite qué ces expériences, malgré tout le soin avec lequel elles ont été conduites, ont peu de valeur.

En effet, dans l’emploi du chariot de pu Bors-REYMonnD, il est difficile de graduer exactement l'intensité du courant secondaire.On sait,notamment, que cette intensité est loin d’être proportionnelle à la distance des bobines. La quantité d'électricité varie avec cette distance suivant une loi très compliquée qui subit, par exemple, une variation brusque au moment où les bobines pénètrent l’une dans l’autre. Un autre inconvénient du chariot réside dans l’intensité extrêmement forte, mal connue, du courant secondaire, au moment où les bobines sont à leur position de rapprochement maximum. Nousavons déjà vu, à ce propos, les remarques de MIGuEL OZoRIO DE ALMEIDA (7).

Cet auteur, analysant les travaux de LŒwWEN (161), constata que ce dernier n’était pas arrivé avec la novocaïne à obtenir un blocage absolu de la conductibilité et de l’excitabilité. Après une heure d'action d’une solution à 5 %, l’excitabilité du nerf sciatique de grenouille n’était diminuée que de 46 %,. Ce résultat est en contradiction avec/les travaux postérieurs. Il devait donc s'être produit dans l’expérimentation de LŒwWEN une faute technique importante. Pour OZorIo DE ALMEIDA ces résultats critiquables sont dus aux phénomènes unipolaires d’induction :

« Lorsqu'on arrive, avec un courant d’induction, à une tension un peu élevée, le courant excitateur peut ne pas rester limité à la région du nerf comprise entre les électrodes. Il peut se diffuser par toute la préparation en provoquant une contraction du muscle par excitation directe. Ces effets sont très bien mis en évidence, en liant le nerf entre le point excité et le muscle. Les excitations nerveuses physiologiques ne sont plus transmises

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au muscle. Cependant, en rapprochant suffisamment l’une de l’autre les deux bobines de l’appareil de Du Bois-REYMoND, on obtient des contractions musculaires. Ces phénomènes, qui peuvent être produits avec un seul pôle de la bobine secondaire, l’autre restant ouvert, d’où leur nom d’effets unipolaires d’induction, se produisent plus facilement lorsque la préparation est reliée, d’une manière ou d’une autre, au sol ou à un conducteur d’une grande capacité. L’isolement complet de la préparation, quoique rendant leur production plus difficile etexigeant des tensions de courant plus grandes, ne les supprime pas entièrement. Aucune précaution ne peut les éviter d’une manière décisive. Il n’y a qu'un moyen: c’est d’être prévenu de leur existence et de contrôler chaque résultat expérimental par des moyens qui doivent varier avec les conditions particulières de chaque genre de recherches. En prenant le cas particulier de l’action de la novocaïne, on comprend aisément que, sous l’action de l’anesthésique, l’excitabilité et la conductibilité du nerf diminuent progressivement. Le seuil d’excitation croît et l’expérimentateur augmente l'intensité du courant en appro-

chant de plus en plus les bobines du chariot de pu Boïs-REYMoxp». Il

arrive un moment où les échappements physiques du courant sé produisent, sans que rien n’annonce ce phénomène. Le nerf est incapable de conduire, est sectionné, et cependant on obtient toujours des contractions musculaires. La conclusion d’une telle expérience sera évidemment erronée ».

On voit donc que non seulement le chariot de pu Boïs-REYMOND ne permet pas de suivre exactement la diminution d’excitabilité, mais qu’il ne permet même pas, dans certains cas défavorables, de saisir le moment où cette excitabilité est complètement annihilée.

Enfin, même si les indications données par le chariot étaient, au point de vue instrumental, parfaitement valables, nous savons que de petites variations dans la position du nerf sur les électrodes, dans la distance de ces électrodes, dans la qualité des contacts, influent extrêmement sur la réponse du nerf, pour une même intensité. Nous voyons done que l’excitation faradique par le chariot de pu Boïs-REYMonD (excitation, du reste, la plus précise qu’aient utilisée les auteurs cités) n’apporte pas le degré de certitude qui est nécessaire dans les mesures pharmacologiques.

Les essais quantitatifs se heurtent déjà à de bien grandes difficultés, du fait des variations de toutes sortes, que présente l’organisme animal : variations des animaux entre eux, variation d’un animal suivant son état antérieur, suivant la saison, variations rapides au cours d'expériences successives (accoutumance...), ou même au cours d’une seule expérience (fatigue..….). Il est donc absolument nécessaire, dans les expériences que nous voulons réaliser, de ne pas apporter encore, dans les mesures instrumentales, d’autres éléments d’erreur. C’est pourquoi j’ai voulu, en utilisant les variations de la rhéobasé et surtout les variations de la chronaxie produites sur un nerf par l’action anesthésique locale, définir très exactement, à chaque moment de l’essai, l’état du nerf traité, et suivre enfin par des chiffres exacts la marche complète d’une expérience.

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Je vais exposer d’abord les données théoriques sur lesquelles ont été fondées, par L. LAPICQUE et son école, les notions de rhéobase et de chronaxie. J’exposerai ensuite les résultats que nous avons obtenus, avec H. CArDoT (46) (47), en étudiant l’action du chlorhydrate de cocaïne sur les fibres motrices et les fibres sensitives du sciatique de grenouille, et, avec G. VALETTE, en étudiant cette action sur la partie sensitive (nerf lingual) du réflexe linguo-maxillaire. Comme nous allons le voir, les résultats très réguliers, obtenus avec le chlorhydrate de cocaïne, m’ont permis de mettre au point une méthode vraiment exacte de mesure de l’activité des anesthésiques locaux sur les nerfs moteurs et sur les nerfs sensitifs.

a) Données théoriques sur les mesures d’excitabilité.

Rhéobase et Chronatie. — Je vais exposer ici, brièvement, comment, depuis les recherches de LAPIGQUE (144), on pen définir l’excitabilité d’un

nerf ou d’un muscle.

Pour présenter les faits de façon objective, nous allons examiner le cas

Rp suivant (fig. 3).

FiG. 3.— Schéma de l’excitation par les courants galvaniques. a, contact mobile du réducteur de potentiel À B ; — r, interrupteur (ou rhéotome balistique) ; — nm, préparation nerf-muscle.

Un muscle gastrocnémien est isolé avec le sciatique qui l’innerve. On. place le nerf sur deux électrodes, de fil d’argent chloruré, distantes d’environ 1 cm et reliées chacune respectivement aux deux bornes d’un réducteur de potentiel. Cet appareil permet de fractionner par dixièmes et par centièmes le voltage total fourni par des accumulateurs. Un interrupteur convenable (rhéotome balistique) (41) placé sur le circuit permet de faire passer le courant pendant un temps donné et réglable. Dans ces conditions,

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