LE
La préparation est placée alors sur un appareil servant d’excitateur et permettant en outre de faire agir sur le tronc nerveux excité telle ou telle solution à étudier.
Cet appareil peut être la chambre indiquée par LAUGIER (155) ou bien une installation de fortune disposée selon la figure ci-après (fig. 7): un: cube de paraffine dont les côtés ont environ 3 cm. de long a été creusé de façon à constituer une petite chambre cubique intérieure d’à peu près: 1 cm. 5 de côté. A cette chambre parviennent deux fils d’argent chloruré A
et A’ servant d’électrodes d’excitation et reliés aux bornes B et B’, puis
Vue Rat |
tee
EL PPIET 7e Ste
Vue de profil
et en une
F1G. 7. — Chambre à électrodès, creusée dans un bloc de paraffine.
N, nerf ; M, muscle ; A et A’, électrodes (fils d’argent chlorurés) ; Bet B’, bornes ; T, tube amenant par siphonage la solution S ; T°, tube de vidange ; G et G’, gouttières liyrant passage au nerf; L, lame de verre formant couvercle.
2 tubes de verre, l’un T amenant par siphonage la solution S à étudier, l’autre T’ servant de tube de vidange. Deux gouttières G et G creusées dans les parois opposées livrent passage au nerf. La partie supérieure de cette chambre peut être fermée par une lame de verre V, formant couvercle et s’adaptant exactement à la surface bien plane de la paraffine 1.
1. Les excitations sont donc portées directement sur le segment de nerf anesthésié, segment long d’environ 1 em. 5. Il est donc difficile dans nos essais, effectués simplement dans un but pharmacologique, de distinguer les variations de conductibilité des variations d’excitabilité, comme ont essayé de le faire certains de nos prédécesseurs. ù
On sait qu’à la suite de travaux nombreux, repris par VERWORN et son école, on avait admis que ces deux propriétés du nerf ne suivaient pas exactement des variations parallèles, sous l’influence des narcotiques. Depuis les travaux de JenrcHr Karo (118’), en 1926, il semble que l’on puisse admettre les faits suivants : l’excitabilité du nerf diminue
No | etre
La préparation est alors disposée comme l'indique la figure (vue audessus), le nerf traversant les deux gouttières et la chambre, et reposant à l’intérieur de celle-ci sur les 2 électrodes. L’étanchéité, au niveau des gouttières G et G, peut être assurée soit par du kaolin imbibé de solution de RINGER, soit par des fragments de tissu musculaire disposés autour du nerf aux orifices des gouttières. /
La marche générale d’une expérience est alors la suivante : on dispose Ja préparation sur l’excitateur, et on détermine la rhéobase et la chronaxie initiales de la préparation. On suit ainsi de 10 minutes en 10 minutes l’excitabilité de la préparation, jusqu’à ce que cette excitabilité soit stable, c’est-à-dire que deux chronaxies consécutives soient sinon identiques, tout au moins très voisines. Cette stabilisation de l’excitabilité, absolument nécessaire, est généralement obtenue au bout d’une demi-heure à une heure. Dans certains cas cette stabilisation ne s’obtient pas. Ceci résulte presque toujours de lésions faites au nerf au moment de la dissection. Dans ces cas, deve- * nant, avec l'habitude, de plus en plus rares, il faut rejeter la préparation.
Entre les déterminations, on remplit la chambre par le tube T avec du liquide de RINGER, en soulevant très légèrement le couvercle de verre pour permettre à l’air de s'échapper. Au moment des excitations on vide au contraire la chambre en ouvrant le tube de vidange T’.
Lorsque l’excitabilité est stabilisée, on substitue au liquide de RINGERla solution anesthésique à étudier (Chlorhydrate de cocaïne, par exemple, dissous dans le liquide de RINGER).
On détermine alors, de nouveau, les deux paramètres de l’excitabilité en opérant comme précédemment, c’est-à-dire en vidant la chambre au moment des excitations, puis en la rémplissant à nouveau immédiatement après. Il est indiqué, au début de l’expérience anesthésique, de rechercher à des intervalles assez rapprochés l’évolution de l’anesthésie. On peut, par exemple, faire l’essai une, puis trois, puis dix minutes après le début de l’action anesthésique. On reprend dans la suite les essais à des intervalles plus espacés, de 10 en 10 minutes, pour ne pas fatiguer la préparation. L'essentiel est évidemment, au début de l’essai, de ne pas laisser passer inaperçue une évolution très rapide, fugace, de l’excitabilité, tout en évitant les excitations inutiles qui, par leur répétition, pourraient nuire à la netteté de l’essai. L'action de l’anesthésique imbibant le nerf persiste pendant l'excitation, même après écoulement de la solution anesthésique, nous ne déduisons donc pas du temps d’action la minute ou les deux minutes nécessaires à la mesure d’une chronaxie. Nous prolongeons l’essai
graduellement, à mesure que la narcose progresse, jusqu’au moment où cette excitabilité est complètement supprimée ; tant que l’excitabilité subsiste, le nerf narcotisé conduit « sans déérément » et suit la loi du tout ou rien ; enfin, la conductibilité disparaît en même temps que l’excitabilité. I1 semble donc moins utile de chercher à étudier séparément l’excitabilité et la conductibilité du nerf. Du reste, les constatations effectuées grâce À la chronaxie nous semblent encore simplifier cette question. Puisque, ccmme nous l'avons vu, la chronaxie suffit à nous renseigner sur toutes les propriétés, ou sur les principales propriétés physiologiques du nerf,
jusqu’à la détermination du minimum par lequel passe, comme nous le verrons tout à l’heure, la chronaxie.
Il est nécessaire d’opérer rapidement dans les mesures de rhéobase et de chronaxie. Il ne faut faire que les mesures strictement utiles. Il faut obtenir rapidement des résultats valables. Tout recommencement de l’essai, Sans qu’un repos suffisant soit accordé à la préparation, est nuisible à la netteté de la réponse, ceci est encore plus vrai comme nous le verrons dans l’examen du nerf sensitif. Les essais trop rapprochés, pour vérification, sont à éviter. Dans ce cas particulier il est incontestable que le mieux est l’ennemi du bien.
La solution de RINGER, utilisée, pour le sciatique dé grenouille, correspond à la formule :
0/00 NaCI EE DO DE RE CPE NO AE UNE Ve des AE 20 KCLE RSR TOUR PC ERA ER FE 0,14 CaCIEE TEA ET PESTE PORTER RER 0,12 GONAETE IS. PM SEEN DIE MER 0,20 PONS EL EE NERE P NL ete nee 0OT
Cette solution, ainsi que celles qui contiennent les anesthésiques locaux étudiés, ont toujours été, avant usage, amenées au même pH: 6.8 Ce point à son importance. J’ai, en effet, montré ailleurs que le pouvoir anesthésique des corps étudiés variait dans de larges limites en fonction du pH.
Ici, comme pour la méthode d’essai sur la cornée, il est indiqué de comparer l’activité des anesthésiques locaux à celle du chorhydrate de cocaïne, anesthésique type. Nous allons donc étudier avec détails l'influence du chlorhydrate de cocaïne sur l’excitabilité du nerf moteur.
c) Variations de la chronaxie du nerf moteur sous l'influence du chlorhydrate de cocaïne. Etude de l’action de solutions à différents titres. — L'influence du chlorhydrate de cocaïne sur l’excitabilité du nerf moteur a déjà été étudiée par L. et M. LaPIcQuE et R. LEGENDRE (153) et par R. DÉRrIAU et H. LAUGtER (69). Ces auteurs ont montré que sous l'influence de ce corps on observe un abaissement de la chronaxie et une élévation de la rhéobase. Avec une dose modérée de l’anesthésique, la chronaxie baisse d’abord très rapidement, puis se stabilise à un certain niveau. Les phénomènes observés sont parfaitement réversibles, à condition de ne pas employer des doses trop fortes. Par lavage du tronc nerveux avec une solution de RINGER, la chronaxie revient à son niveau initial et la rhéobase s’abaisse à nouveau.
Nos expériences confirment entièrement les résultats qui précèdent. Examinons d’abord l’une d’elles, où l’action anesthésique a été interrompue par lavage avec la solution de RINGER.
Expérience du 27 novembre 1924.
Sciatique et gastrocnémien de Rana esculenta, mâle. 29 gr. Tempéra-
ture : 17°. Les valeurs de la chronaxie sont exprimées, non en temps, mais par la valeur des capacités correspondantes, en microfarads. Les rhéobases sont exprimées par les déviations du galvanomètre mis en série avec
la préparation.
Heures Chronaxie Rhéobase 15,30 06,040 1er 2 15,46 0 ,042 1,4
A partir de 15,45, action du chlorhydrate de cocaïne à 0,28 %. 15,55 06,018 5,4 16,05 0 ,018 7,6 16,15 0 ,020 10,5
16,20 Lavage avec solution de Ringer 16,25 07,017 Te) 16,35 0 ,018 6,1 . 16,45 0 ,019 5,1
Fi&. 8. — Variations de la chronaxie et de la rhéobase sous l’action du
chlorhydrate de cocaïne.
(En abscisses, les temps ; en ordonnées, les longueurs proportionnelles aux valeurs de la chronaxie ou de la rhéobase.)
= 100 16,55 05,028 5,2 17,05 0 ,041 4,6 Nous voyons donc nettement se produire, dans cette expérience, la >.
hausse de la rhéobase et la baisse de la chronaxie, sous l’influence de
l’anesthésique, puis sous l'influence du lavage, le retour de la chronaxie à son niveau de départ, et la diminution de la rhéobase (fig. 8).
Deux autres expériences, où l’action anesthésique n’a pas été interrompue, nous montreront l’évolution complète des variations de la rhéobase
et de la chronaxie.
Lu
caune à O,
7__CR* Cocaine à 0,
Fra. 9.
Expérience du 24 décembre 1924 (fig. 9).
Sciatique et gastrocnémien de Rana esculenta, mâle. 23 gr. Température 17°. Chronaxie en millièmes de seconde. Rhéobase en volts,
Heures Chronaxie : Rhéobase 16,15 * 05,20 0,4 16,25 07 0,45 16,35 0 ,17 0,45 À partir de 16,40, action du chlorhydrate de cocaïne à 0,12 ©. | 16,50 07,15 0,9 17, OST 1,2 17,10 012 155 #7,20 0 ,12 1657 17,30 0 ,11 1,9 17,50 | ONE 2,3 18,10 AUS PE 2,7 18,30 - 0 ,13 Ti 18,45 0215 ST
Expérience du 30 juillet 1925 (fig. 10).
, Sciatique et gastrocnémien de Rana esculenta, mâle, 30 gr. Température : 220. Chronaxie en millièmes de seconde, Rhéobase en volts.
Heures < -Chronaxie Rhéobase 16,50 05,15 0,5 17 OETG 0,55 17,10 0 ,16 0,60 A partir de 17,15, action du chlorhydrate de cocaïne à 0,20 %,. 17,20 05,12 0,95 17,30 0 ,11 1,05 17,40 OST 1,25 17,50 0 ,10 1,45 18 0 ,10 (5 18,10 0 ,08 1,65 à 18,20 0 ,08 1,65 18,30 0 ,08 1,75 18,40 0 ,09 1875 , 18,50 0,10: 1975
Nous avons traduit sur les figures 9 et 10 la marche de ces expériences complètes.
On voit nettement la baisse de la chronaxie et sa fixation à un niveau
minimum, sorte de plateau se maintenant pendant plus d’une demi-heure,
puis, sans qu’il y ait lavage du nerf, et sous l’influence même de la prolon-
gation de l’action anesthésique, une hausse de la chronaxie 1. Cette variation
1. Il est intéressant de rapprocher de nos essais les résultats trouvés par A. RIZZOLO, A. CHAUCHARD et B. CHAUCHARD (223) dans leur étude de l’action de la cocaïne sur les centres corticaux (centre de l’orbiculaire des paupières, et centre de la patte antérieure). Ces auteurs, en instillant la cocaïne sur la conjonctive, ou en injectant cette drogue par la voie péritonéale, ont vu (dans le premier cas, seulement pour l’orbiculaire), la chronaxie des centres diminuer, passer par un mipimum, puis, par augmentation des doses, se relever,
de la chronaxie est accompagnée d’une hausse d’abord rapide puis plus
lente de la rhéobase, qui tend à se fixer à un niveau élevé et même dans.
certains cas à diminuer. Cet arrêt de la hausse rhéobasique coïncide généralement avec le retour de la chronaxie. Il semble que l’on puisse, en consi-
Fi. 10.
dérant cet arrêt de la baïsse de la chronaxie et de la hausse de la rhéobase, penser logiquement à une sorte d’état d’équilibre s’établissant peu à peu entre le nerf et la solution anesthésique, état d'équilibre variable du reste, comme nous le verrons plus loin, avec la concentration de cette solution. Il est pourtant assez curieux de constater que ces deux plateaux ne se
atteindre et même dépasser sa valeur primitive. Il semble bien que, dans ce cas particu-
lier, on ait affaire, dans la deuxième phase, plutôt à une intoxication franche qu’à une anesthésie réversible,
produisent généralement pas en même temps, la production du plateau rhéobasique ayant un retard net, souvent assez long. Il est de même difficile d’interpréter le mouvement secondaire de hausse de la chronaxie, et cette tendance, constatée quelquefois, de baisse secondaire de la rhéobase. Peut-être y a-t-il là simplement des phénomènes de fatigue ? Peutêtre y a-t-il production de phénomènes plus complexes, plus toxiques qu’anesthésiques, dus à une imprégnation plus profonde, ou plus large ? Peut-être pourrait-on trouver dans les observations microscopiques de L.et M. LapicouEe et de R. LEGENDRE (153) l'explication de ces deux stades dans l’action: des anesthésiques locaux. Quoi qu’il en soit le premier stade seul nous paraît traduire la véritable action anesthésique locale.
Nous allons maintenant étudier ces variations de chronaxie et de rhéobase,et voir si elles sont en rapport avec la puissance anesthésique de solutions de chlorhydrate de cocaïne à des titres variables.
Il nous est apparu rapidement que les variations absolues des deux paramètres de l’excitabilité ne pouvaient pas donner de bons résultats. Il en a été autrement du pourcentage de ces variations. Nous avons donc cherché, en accumulant le plus grand nombre possible d’expériences, dans les conditions diverses où nous avons été obligés de travailler pendant près de 4 années, si la hausse relative de la rhéobase et si la baisse relative de la chronaxie étaient fonctions de la teneur des solutions en chlorhydrate de cocaïne.
Dans le tableau qui suit, nous indiquons les variations relatives de la rhéobase et de la chronaxie, en fonction du temps d’action et de la dose de chlorhydrate de cocaïne utilisée. Nos chiffres (moyennes données par des expériences très nombreuses) indiquent la baisse de la chronaxie et la hausse de la rhéobase en pour cent de la valeur initiale de ces paramètres :
Augmentation de la rhéobase (en %)
à sous l’action du chlorhydrate de cocaïne.
Dose Temps d’action de chlorhydrate
de cocaïne (%) 10 minutes|20 minutes|30 minutes|40 minutes|50 minutes|60 minutes 0,10 161 252 304 378 420 436 0,15 144 286 358 445 493 587 0,22 168 293 468 540 574 596 0,33 228 440 750 0,44 275
+ Baisse de la chronaxie (en %) à sous l’action du chlorhydrate de cocaïne.
: LI Dose Temps d’action de Chi6rhydraté [EL TT Ni RIT PTE PAL de cocaïne . ; 6 (02) 10 minutes|20 minutes|30 minutes|40 minutes|50 minutes|60 minutes 0,10 25 38 40 42 42 42 : } œ 4 \ 0,15 31 46 47 49 50 vé 0,22 35 45 51 ‘48 54 50 0,33 42 60 67 68 69 69 :
0,44 49 65 67 71 » » * { Re Ces résultats sont présentés sous forme de courbes dans les tableaux 11! et 12.
\ Le | 600 e è 400 Lé 200 } + ’ 4 = nee ho cn =.
FiG. 11. — Augmentation de la rhéobase sous l’action du chlorhydrate de cocaïne.
(En abscisses, les temps en minutes ; en ordonnées, les augmentations de rhéobase en % de la valeur initiale, Les doses d’anesthésiques employées sont indiquées sur les courbes
correspondantes.)
Dans l’un et l’autre de ces tableaux les temps, en minutes, sont portés
dir : |
en abcisses. En ordonnées figurent, pour le tableau 11 les augmentations de rhéobase en % de la valeur initiale, et pour le tableau 12 les dimineations de chronaxie en % de la valeur initiale. Les doses utilisées sont, dans les à tableaux, indiquées sur les courbes correspondantes.
ol 49 20 30 40 F» 6ù
Fig. 12. — Diminution de chronaxie sous l’action du chlorhydrate de cocaïne.
(Les augmentations de la chronaxie, en % de la valeur initiale, sont portées en ordonnées : en abscisses, les temps en minutes ; les doses utilisées sont indiquées sur
les courbes correspondantes.)
Avec les doses de chlorhydrate de cocaïne supérieures à 0,36 % les expériences ne peuvent généralement pas être poursuivies au delà d’une heure. L’inexcitabilité survient en moyenne au bout des temps suivants.
Doses Inexcitabilité VE au bout de
0,36 80 minutes