Les exemples abondent
Continue ventis surgentibus aut fréta ponti Incipiunt agitata lumescerc, et aridus altis
pouvait être heureux d'endormir ses propres scrupules de régularité ou de fermer la bouche à un détracteur en s'autbrisant d'une convention reçue, devant laquelle tout le monde s'inclinait.
Rien ne devait choquer l'oreille latine, comme rien ne nous choque nous-mêmes, dans des vers comme :
Protenus geger ago. Hanc etiam vix, Tityre, duco. Aspice Torquatum et referentem signa Catonem. Sed frons lœta parura, et dejecto lumina vultu. Vere tument terrœ, et genitalia semina poscunt.
Est-ce à dire que le monosyllabe se rattachait dans la prononciation au mot précédent et se séparait du mot suivant? La chose est possible, mais ne me semble pas nécessaire. Un silence marqué après ago^ Torquatum. parum^ terrœ, ou bien encore certain prolongement de la voix pouvait permettre de reprendre le second hémistiche sur le monosyllabe, comme si le temps fort marqué sur ce mot n'avait pas déjà été donné sur la finale du mot précédent. De même des vers comme :
Nunc caput objectare fretis, nunc currere in undas. Sternitur exanimisque tremens procumbit humi bos ^ Velle videninr et in mediis conatibus aegri. . . Cuncta prius tentanda, sed immedicabile viilnus.., Tum ferri rigor, atque argutae lamina serrœ.
Montibus audiri fragor.
Hinc adeo média est nobis via. Namque sepulcrum
Incipit apparere Bianoris.
1. Je cite ici ce vers, non pour le second hémistiche, mais pour le premier.
se justitient assez par leur harmonie pittoresque, sans qu'il soit l)esoiii dinvoquer la césure par tmèse ou par séparation du mot proclitique (m) ou enclitique [que] d'avec le mot auxquels ils se rallachenl. Que cette césure fût quelque chose ou ne fût rien dans la prononciation, les vers sont excellents; mais sa présence rassurait les théoriciens scrupuleux et leur permettait d'admirer sans mélange.
30. Concluons ces indications sur un sujet délicat et difficile par un conseil pratique qui les résume : Quand les exigences rythmiques sont certaines, coupez d'après le rythme : ce sera couper selon le sens et selon l'usage latin ; quand les exigences du sens sont certaines, coupez d'après le sens : ce sera couper selon le rythme et selon l'usage latin; quand le rythme et le sens semhlent se contredire, voyez s'il n'y pas dans quelqu'une des remarques qui précèdent un principe de conciliation; si vous n'en trouvez pas, concluez que la ([uestion n'est pas éclaircie : peut-être les Latins eux-mêmes n'avaient-ils pas d'idées nettes sur la question, et restaient-ils libres de couper à leur gré selon le rythme ou selon le sens.
LES aiOTS ET LES PIEDS I. Les deux derniers pieds de l'hexamètre.