Nature prosodique des derniers mots
Il n'y a que deux façons régulières de finir l'hexamètre :
1. Un mot dactylique ou à finale dactylique, suivi d'un spondée (ou d'un trochée) : tegmine fagi, Amaryllida silvas.
2. Un mot trochaïque ou à finale trochaïque (- u), suivi d'un trisyllabe de la forme - - ^^ : ite capellie, meditaris avena.
Remarque. Sont également bonnes les finales qui se ramènent à l'une des précédentes, comme : aptaque remis, primus ah oris, luctus et horror, rexque paterque.
On peut ajouter : 7iam neque Pinçai précédé d'un repos; car le monosyllabe, s'il est séparé de ce qui précède, peut s'unir étroitement au mot
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pyrrhique ( - - ) et former avec lui comme un seul mot dactylique ; — et aussi maxima res est, car deux monosyllabes étroitement unis font comme un seul mot. — Encore ces deux dernières formes n'ont-elles pas d'ordinaire toute la plénitude rythmique.
32. Toute finale qui ne se ramène pas à l'un de ces deux types est exceptionnelle, et ne doit pas être imitée sans raison spéciale. Ainsi :
1. On ne doit pas finir le vers par un mot de quatre syllabes, ou par un trisyllabe précédé d'un monosyllabe :
Senno oritur, non de villis domibusve alienis. (II.) Uinbrœ cum Sagana resonarent triste et acutuni. (H.)
2. On no doit pas finir le vers par un monosyllabe non précédé d'un autre monosyllabe :
Roscius, orabat sibi adosses ad puteal cras. (IL) Solve senescentem mature sanus equum, ne. (H.) Vixisset canis ininmndus, vol aniica luto sus, (II.)
3. On doit éviter un dactyle cinquième composé de trois monosyllabes :
Ccdcret aut ((uarta socialiter. Hic et in Acci. (H.)
4. On ne doit pas faire tomber sur une fin de mot le temps fort du cinquième ou du sixième pied (cf. ci-dessus, 1, 2.) :
Accipejam tabulas; detur nobis locus, hora. (H.) Unus homo nobis cunctando restituit rem. (Enn.)
Nota. La césure au cinquième pied n'est pas rare devant un tétrasyllal)e grec, ou dans d'autres vers de type i?rec ; célèbrent hymenœos, pro j^urpiireo narcisso.
Finale plus fréquente encore et toute latine celle-là, un monosyllabe précédé soit d'un disyllabe iambique : arnica luto sus, intempestasiletnox, densusque vivo vir, perverlet opum vhn, etc; soit d'un tétrasyllabe : oceano nox, exiguus mus. Il y a là, tantôt une recherche d'harmonie imitative, tantôt une allusion archaïque, mais la forme reste exceptionnelle.
5. On ne doit pas finir le vers par un mot de cinq syllabes :
Divisit médium fortissima Tyndaridarum. (H.)
33. Nota. Ces règles sont spéciales au latin, et s'y sont développées peu à peu comme celles de la césure masculine (cf. 5). A quoi faut-il attribuer ce développement? M. Quicherat, M. Lucien MûUer ont cru au désir de faire coïncider à la fin du vers l'accent et le temps fort. Maïs cette coïncidence n'est pas nécessaire pour que le vers soit bon {altâque tangit, nam néque Pindi), et beaucoup de vers sont mauvais avec cette coïncidence (triste et acûtum, aût Erymânthi) ; enfin on ne voit pas ce que l'accent musical des Latins (voir Y Appendice) aurait à faire avec le rythme des temps forts et des temps faibles. Il faut donc chercher ailleurs une explication.
34. Une première cause est le principe de dissimilation des hémistiches. Nous avons vu que l'on recherchait la césure masculine au premier hémistiche (cf. 5) ; on devait donc l'éviter à la fin du vers (cf. 32. 4) ; mais cela n'explique pas tout.
Une autre cause est le désir de dégager, de faire sentir
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nettement à la fin du vers le rythme fondamental (descendant, dactyliqiie). Mais les Latins n'avaient pas, comme les Grecs, le chant pour mar(|uer et faire ressortir le rythme; la prononciation devait donc y sufïîre; mais il fallait que les mots s'y ])rôtassent. Les règles sévères que nous avons énumérées sont sorties de cette nécessité.
1° Le mouvement devait être descendant : il fallait donc éviter la coupe après le cinquième ou après le sixième temps fort; car elle donne l'impression d'un rythme anapestique : detur 7iobis j j locus ; restituîtljrem. Toute finale de quatre syllabes avait le même inconvénient, ou du moins laissait le rythme indécis, comme c'était aussi le cas avec une série de monosyllabes. Ainsi s'expliquent les règles i, 2, 3, 4, du § 32.
2" On voulait marquer distinctement les deux derniers temps : une coupe était donc nécessaire entre les deux temps forts ; or cette coupe suppose une distinction des mots, ce qui exclut les finales comme Tyndaridarum. Règle 5 du § 32. Cf. aussi ci-dessous, 37, Nota. Nousmêmes nous sentons que l'oreille réclame ce léger repos après le dactyle ou trochée cinquième, et nous ne sommes pas satisfaits avec ces longues finales ; nous en sommes moins choqués pourtant, et c'était aussi l'impression des Latins, que de la césure masculine et de tout ce qui, au cinquième et au sixième pied, produit l'effet d'un rythme anapestique.
Pour résumer, la finale de l'hexamètre est réglée par la nécessité de marquer nettement par la forme et la distinction des mots le rythme fondamental; l'opposition des hémistiches est plutôt une conséquence fréquente et indirecte que le but directement cherché.
Nous verrons })lus bas l'influence des mômes tendances sur la finale du pentamètre.
3*5. L'élision aux derniers pieds. — Parmi
les exigences rylhmiqiics, il faut ranger aussi Texclusion à peu près absolue de rélision au cinquième et au sixième pied.
Sont seules admises les élisions suivantes :
1. Elison des enclitiques que, ne, ve après le dactyle cinquième :
Tum Cererem corruptam undis cercaliaque arma. (V.)
Remarque 1. Virgile n'offre pas l'élision de ces enclitiques après un trochée cinquième, comme ce serait le cas dans armaque habetis.
Remarque^. Ces enclitiques n'étant pas admises après e bref, seront toujours, dans le cas présent, précédées de a, les autres voyelles finales étant longues, sauf de rares exceptions qui ne peuvent guère se rencontrer dans la circonstance.
2. Elision des fmales dans sine, quoque, neque^ et dans quelques autres disyllabespyrrhiques placés après le cinquième trochée :
Pascitur, itque pecus longa in déserta, sine uUis. (V.) Immemor heu! victusque animi respexit : ibi omnis ^ (V.)
3. Elision d'un dactyle cinquième sur un trisyllabe ou sur un monosyllabe :
Incertum qua puisa manu, quo turbine adacta. (V.) Saepe in honore deum medio stans hostia ad aram. (V.)
1. Un exemple comme celui-ci ne permettrait pas de rien conclure pour les cas ordinaires; car ici l'élision sur ihi contribue à l'effet d'harmonie imitative, ce qui suffirait pour justifier une petite infraction au rythme.
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