PLACE DES DACTYLES, DES SPONDEES
Pourtant l'arrct doit être notablepourquele spondée déplaise. Ainsi Ton peut admettre des vers comme :
Talia sa?cla suis, dixemnt, currite fusisi. (V.)
Mais, encore une fois, à part cette troisième tendance, qui est passablement rigoureuse, rien n'est obligatoire. On mêle dactyles et spondées, préférant les uns ou les autres selon la nature des objets, ou selon TefTet qu'on veut produire. Le dactyle est plus fréquent dans Virgile que dans Ennius, dans Lucain que dans Virgile.
Nota. On s'est demandé si les Latins préféraient au premier pied le dactyle ou le spondée. Quicherat dit que Virgile semble préférer le spondée, Ovide le dactyle. M. Plessis a cru constater, chez Virgile comme chez les autres, une préférence pour le dactyle. Au premier abord, les statistiques semblent lui donner raison, carie dactyle est notablement plus fréquent que le spondée au premier pied. Mais cette fréquence semble tenir à d'autres causes qu'à un <;hoix libre. En effet :
1 . Un trisyllabe dactylique ne peut occuper le second pied; il le laissera donc au spondée pour prendre le premier.
2. Un disyllabe spondaïque est rare en rejet, tandis qu'un trisyllabe dactylique se rejette très bien. Cf. 9L
3. D'autres causes encore ont concouru à multiplier le dactyle premier, sans permettre de conclure à une préférence artistique, dans le cas de liberté. Dans le vers :
Illic sera rubens accendit liimina Vcsper. (V.),
1. Ces incises intercalées, les vocatifs, etc. entraient dans le mouvement de la phrase.
14 CHAPITRE I. LES PIEDS DE l'hEXAMÈTRE.
illic est au début non })our le mètre, mais pour le sens. En revanche, dans le vers :
Candidior postquam tondenti barba cadebat. (V.),
l'image, le sens, le mouvement de la pensée ont pu faire mettre candidior au début, sans que la quantité y fût pour rien.
Pour trancher la question, il faudrait éliminer tous les cas où la mesure, le sens, etc. ont déterminé le choix, et comparer les vers où le poète, pouvant également mettre au premier pied le dactyle ou le spondée, a préféré l'un ou l'autre sous la seule influence du rythme. Ce travail serait très délicat, et les conclusions risqueraient toujours de rester récusables, à cause de l'élément subjectif qui s'y mêlerait.