‹ Métrique latineChapitre 5 sur 101 · LA CÉSURE · texte numérisé non relu

LA CÉSURE

I, Idée de la Césure.

4. Le mot césure veut dire coupe; la césure est donc un arrêt de la voix à la fin d'un mot ou d'un membre, comme en français ^ :

Je crains Dieu, /cher Abner,//et n'ai point d'autre crainte. Naraque erit ille mihi / semper deus : // illius aram-. . .

Dans chacun de ces vers, il y a deux coupes, ou deux arrêts de la voix.

Ces arrêts sont nécessaires dans tout vers un peu long; mais d'une nécessité physique les poètes ont su tirer des beautés esthétiques.

Si la coupe tombait à la fin de la mesure nous n'aurions plus un vers, mais deux ou trois, comme dans cet exemple fait exprés :

Aurea fingis / car mina, Juli, / maxime valum.

1. Il faut décidément renoncer à la définition usuelle : La césure est une sijllabe qui finit un mot et commence un pied. Outre que cette définition ne convient que dans un petit nombre de mètres, elle a le tort de remplacer l'idée artisticjue par une idée bizarre et toute matérielle.

2. Rappelons que les barres penchées marquent la césure (cf. 3, 3, n. 1); la barre droite distingue les pieds.

Mais mettez la coupe dans rintérieur d'une mesure, l'oreille, à l'arrêt, n'est pas satisfaite, et demande la fin. Ce besoin de l'oreille fait le lien entre les deux tronçons rythmiques, comme le besoin qu'a l'esprit de voir la pensée achevée fait le lien entre deux membres de phrase :

Nos patri|œ riines//et| duloia | linquimus | arva.

Ce premier rôle de la coupe est le même chez les Grecs et chez les Latins.

S. Ceux-ci ont cherché autre chose encore par la césure : ils ont voulu mettre entre les deux hémistiches une opposition rythmique \ opposition au début des hémistiches, opposition à

la fin :

Tityre, tu patula3//recubans sud tegminc fagi.

Le premier hémistiche commence et finit sur le temps fort, le second commence et finit sur le temps faible.

De là une différence entre la césure en grec et en latin. Chez les Grecs, il suffit que le mot ne finisse pas avec le pied, la coupe après un trochée suffit :

"Avôpafxoi, I £vv£7r£, 1 Mo{î(Ta,//7ro|XÛTpo7tov I oç [j.à>.a | TioXXà... 'H7C£^|Xy)<7£v I [jLuOov // ô I 6y) T£T£|X£a-p,évoi; | èo-xtv.

1. Les Latins avaient conscience de rechercher cette opposition. Quintilien, après Cicéron, constate que les mêmes pieds ne devaient pas commencer et finir la période. Saint Augustin en fait expressément la remarque pour les deux membres de l'hexamètre.

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