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IDÉE DE LA CÉSURE

Mais avec cette coupe, le début du vers peut être tout semblable à la fin. Aussi les Latins, qui d'abord s'en contentaient, comme les Grecs, ontils fini par ne l'admettre qu'appuyée d'une autre coupe, qui suivît immédiatement un temps fort :

Infan|dum, // Re gina, // ju|bes, /// reno|vare doilorem.

Nota 1. Saint Augustin, dont le traite de Musica roule tout entier sur la Métrique et mériterait un examen scientifique approfondi, avait remarqué cette loi des oppositions, qui est, du reste, un des caractères du style latin, comme il a remarqué aussi la préférence pour les vers catalectiques.

Nota 2. On dira peut-être que l'idée de la césure, telle qu'elle vient d'être donnée, ne convient pas à tous les genres de vers ; car souvent, au lieu d'unir les parties d'un vers, elle sert, au contraire, à distinguer nettement les membres dont il se compose (dans le vers asclépiade, par exemple) ; de plus, on ne voit pas toujours cette opposition entre les deux hémistiches : ainsi dans le pentamètre, on pourrait souvent renverser les deux membres sans nuire au rythme; le vers : -' <-

-^^'^ Posteritate suum crescere sensit opus. (Prop.) iSî--

pourrait être aussi bien :

Crescere sensit opus posteritate suum.

On répond : 1'^ Les vers comme celui-ci sont relativement très rares, ce qui confirme la règle.

2° Quand la coupe est entre deux membres, le premier est généralement catalectique ; c'est le cas dans l'asclépiade, dans le pentamètre, et même dans l'hexamètre, que Ton peut — sous sa forme la plus fré(iuente — considérer comme composé de deux trimètres dactyliques, dont le

premier est catalectique, et se complète en s'articulant avec le second qui lui offre précisément le temps faible qui lui manque :

Nos patri|œ fi|nes///et | dulcia | linquimus | arva.

3" Enfin il se peut que tous les vers ne soient pas formés sur les mêmes principes, ni avec le même art que l'hexamètre ou le scnaire iambiquc. Cette loi d'opposition des hémistiches, en particulier, ne doit pas être exagérée ni regardée comme tellement rigoureuse dans toutes les applications.

Nota 3. Il ne faut pas toujours voir l'effet d'une préférence artistique dans tel ou tel usage particulier (cf. 3, Nota). La cause peut souvent être toute matérielle, par exemple, la pauvreté en mots de telle ou telle forme. Ainsi les mots latins se prêtent moins que les mots grecs à la combinaison prosodique du type à finales trochaïques vérbà cànôrà, tandis que les combinaisons nos patriœ fines, càrmïnà cômpônûnt, àgmînë prdgrëdhnûr, éxcûdênt àlîi et autres à finales spondaïques ou anapestiques, se trouvent partout. Cette particularité a pu influer sur les préférences rythmiques des poètes, dans un sens, du reste, très conforme au génie latin, ami des mouvements forts, des allures décidées, des oppositions vives et des lignes anguleuses, tandis que le génie grec préfère quelque chose de souple et de coulant, évite les mouvements brusques, et arrondit tous les angles. Cf. 71.

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