PÉRIODE POÉTIQUE
les dépendances grammaticales sont vite abandonnées, les membres sont seulement juxtaposés, souvent avec des changements de sujet, de temps, de tournure, grâce auxquels la lumière se distribue au gré du poète, et les détails ressortent selon l'importance qu'il veut leur donner. L'unité de la période est alors dans le rapport étroit de tous les détails entre eux et avec l'objet principal, dans le mouvement continu et gradué de la pensée, des images et des sentiments, dans l'unité d'impression.
Il suffira ici de citer un exemple ' :
Ipse Pater mcdia nimboruni in nocte, corusca Fulmina molitur dextra : quo maxinia motu Terra tremit; fugere feras, et mortalia corda Per gentos huniilis stravit pavor; ille fîagranti Aut Athon, aut Rhodopen, aut alta Ceraunia telo Dejicit; ingeminant austri et densissimus imber; Nunc nemora ingenti vento nunc litora plangunt.
(V. Georg. i, 382.)
On peut étudier encore Georg. iv, 67-87; y£n. IV, 441, etc.
D. Fin de la période.
08. Le dernier trait de la période doit naturellement se détacher du reste par la force, le pittoresque, etc. Parfois il résume vivement l'ensemble, parfois il marque l'effet final de toutes
1. On trouvera de plus amples détails sur ce sujet et sur les questions analogues dans les Exercices de versification.
les actions partielles, parfois il montre le fond général sur lequel sont dessinées les scènes particulières; parfois, au contraire, il esquisse, comme à Tarrière-plan, un détail qui achève le tableau et y met la perspective; parfois enfin il contient une réflexion ou un sentiment du poète, ou de quelqu'un des personnages intéressés. Virgile résume ainsi en un vers les difTérents travaux qu'il vient d'énumérer et de décrire :
Exercetque frequens tellurera, atque imperat arvis. {G. i, 99.)
11 peint d'une manière pittoresque les effets de la négligence :
Heu magnum alterius frustra spectabis acervum, Concussaque famem in silvis solabere quercu. {G. i, 158.)
Après avoir décrit les occupations du laboureur pendant l'hiver, il peint d'un trait le fond du tableau :
Cum nix alta jacet, glaciem cum flumina trudunt. {G. i, 310.)
Il finit ainsi sa description de la tempête :
Nunc nemora ingenti vento, nunc litora plangunt. {G. i, 334.)
Après avoir dit l'efTet physique, il dit l'effet moral :
Impiaque œternam timuerunt sîccula noctem. {G. i, 468.) Grandiaquc elTossis mirabitur ossa sepulcris. {G. i, 497.)
Après avoir montré une forêt tombant sous la cognée, il attire discrètement nos regards sur les oiseaux qui l'habitaient :
. . . illae altum nidis petiere relictis. {G. ii, 210.)