‹ Métrique latineChapitre 69 sur 101 · FINALE FORTE DEVANT UN ÏAMBE FINAL. — PIED NON PUR · texte numérisé non relu

FINALE FORTE DEVANT UN ÏAMBE FINAL. — PIED NON PUR

124. Devant un disyllabe iambique terminant un vers ou un membre, les dramatiques latins, et Phèdre comme eux, n'admettent pas l'iambe. Ainsi, dans ce cas, l'avant-dernier pied n'est jamais pur et le vers n'a pas l'air de finir deux fois. On dit bien :

Fit tiirba major : jam favor mentes tënet. (Ph.) Fertur locutus : 0 cànis, raërïto jâces. (Ph.)

Mais on ne pourrait finir par favor tenet^ ni par canis. jaccs^ ni par molcstiam créât.

Remarque 1. Horace, Catulle, et en général les poètes qui gardent la brève devant les temps pairs (sauf, je crois, Sénèque) ne s'astreignent pas à cette règle. D'ordinaire pourtant, ils évitent de finir un sénaire par deux disyllabes iambiques.Les exceptions sont rares et ne se rencontrent guère que dans des vers où tous les iambes sont purs :

Piis secunda, vate me, dâtur fiîga. (IIor. Ode Altet^a.) Roges tuum lahorc quid jùvcm mco. (Ode Ibis.)

Nota. On trouve dans les éditions de Phèdre : Hoc argumentum veniam ci dàrî dôcet. (5. 3. 11.)

Mais c'est sans doute une mauvaise conjecture; car le texte est incertain, comme le montre la variante veniam mis dari docet, qui, du reste, n'est pas meilleure. Dans le septénaire trochaïque de Térence {Ad. 701) :

Omncs oderint ni magïs te quam oculos nunc ego àmô mèôs.

il faut regarder ego comme ne faisant qu'un avec amo. La vulgate omet ego^ ce qui rend le vers plus régulier, à condition de scander :

Quâm oculos nunc amô mecs.

Il faut scander dans Térence (Ad. 644) :

Tibi vero quid ï.stic est réî. — Nil mi (ou mihï) quidam ; car mihi ne peut être un iambe.

Remarque 2. On voit le rapport de cette règle à la précédente (cf. surtout n° 3 et 4). On peut les grouper ainsi : quand les deux ou trois derniers temps forts d'un vers ou d'un hémistiche tombent sur une fin de mot, les demi pieds faibles qui précèdent ces temps forts, sont respectivement formés d'une brève si le temps fort est pair, d'une longue oude deuxbrèves si le temps fort est impair.

Ce n'est ici qu'un cas particulier d'une tendance plus générale : Quand le temps fort tombe sur une finale, il est, le plus souvent, précédé d'une brève s'il est pair, d'une longue ou de deux brèves s'il est impair.

12d. Remarque 3. On a dit parfois que Plante et Térence n'ont pas de métrique régulière. C'est

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une erreur. Beaucoup des irrégularités apparentes s'expliquent par certaines lois de la quantité archaïque. Ainsi :

1*». S finale ne faisait pas nécessairement position : Ancûs reliquit. Cf. opust pour opus est, etc.

2°. Les finales en t (i\ ï) ne s'abrégeaient pas nécessairement : audit, amabàt, uxôr, animal.

3°. Après une initiale brève, la seconde syllabe du mot pouvait toujours s'abréger : vidén, veliï, senex, volûptatem^opûst; deuième dans les groupes comme in illis, nec èsset. (C'est la célèbre loi des iambes.)

4°. Les synérèses (par exemple, a/î;eo disyllabe), et les diérèses (par exemple, iam disyllabe, siluse trisyllabe) sont fréquentes.

5° Certains redoublements de consonnes n'étaient pas obligatoires ou n'allongeaient pas nécessairement la syllabe : sorhîlans, îlle : Il • t I

Ego vapulando, Ule verberando usque ambo

defessi sumus. (Ter.)

IV. Rapports des ianibiqucs et trochaïques des Latîus aux iambiques et trochaïques des Grecs-

120. — 1. La grande différence consiste dans les deux particularités signalées. Les comiques grecs avaient seulement admis Y anapeste aux pieds pairs des iambiques. Hors ce point, les Grecs sont restés fidèles (comme les lyriques latins et Sénéque) à l'iambe ou au tribraque devant les temps marqués pairs.

2. Le dactyle était exclu (au moins en règle) des trochaïques grecs.

3. Il n'y a jamais eu en latin de distinction notable entre le vers tragique et le vers comique. Au contraire, chez les Grecs, levers tragique avait certaines lois rigoureuses auxquelles ne s'astreignaient pas les comiques. Les principales sont (outre l'admission de l'anapeste aux pieds pairs du trimètre) :

a. La célèbre loi de Porson. Quand le trimètre iambique ou le tétramètre trochaïque catalectique finit par un mot ou par un groupe d'un pied et demi, la syllabe précédente, finale de mot ou de groupe, est brève :

"Ot' 0UT£ )vOtêf,Ç YIJXÏV, OUTe/OufidcTtOV- (SOPH.)

"I6otç uoTOv 7.py]vaiov sl'Trep/âfTTl aôiv. (Soph.)

"Avwôsv ri xocTtoÔev ; où yap / èvvoôi. (Soph.)

FpàtJ/aç eTC£[X'Iia Tipbç ôà^xapTa / Tr,v èjxiQv. (EuR.)

Tôt; xpoTTOtç CrjTôJv Trpfaaôat to cpiXoTïjxôv / èx (jléo-ou.

(EuR. Tétr. troch. catal.)

Nota. M. Havet, poussant plus loin, a reconnu dans cette loi l'effet d'une tendance plus générale, qu'il formule ainsi : Entre le premier et le dernier temps marqué d'un même membre, un demi pied faible après lequel l'oreille perçoit une coupe est formé d'une brève.

b. La loi qui interdit de représenter un demi pied faible par deux brèves, sauf qu'on admet l'anapeste au premier pied :

'Tuéôyjjxa; ôp6ûç toÙç Xoyou; aoO t' à^(w;. (EuR.)

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4. En revanche, les Latins sont plus sévères pour la coupe que ne sont les comiques grecs, surtout dans le trimètre iambique. De plus, ils évitent de dissoudre un demi pied sur une finale (cf. 120). Les Grecs évitent seulement de partager un demi pied entre une finale et une initiale. Encore y a-t-il des exceptions :

Toi; 7r£v|-:ï TaXàv toi; ol; KXéoiv è^T^fj-sasv. (Arist.)

5. En général, on voit ici encore la diversité de tendances déjà signalée (cf. 71) :

1° Chez les Grecs le rythme est plus indépendant de la forme des mots ; chez les Latins il est assujetti à certaines conditions de syllabes initiales ou finales.

2° Le pied fondamental est bien plus souvent pur chez les Grecs que chez les Latins.

3° Enfin les Grecs avaient conscience du groupement des deux pieds dans la mesure : chaque mesure contenait un pied fort et un pied faible, tout comme chaque pied contenait un temps fort et un temps faible. Pour les Latins, au moins pour les comiques, cette distinction est à peu près effacée. En d'autres termes : les vers Grecs étaient des dimétres, des trimètres, des tétramètres; les vers latins sont des tétrapodies, des sénaires, des septénaires, des octonaires.

VERS lAMBIQUES

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