‹ Métrique latineChapitre 89 sur 101 · I. Notions sur l'accent · texte numérisé non relu

I. Notions sur l'accent

180. L'accent est une certaine inflexion de voix sur une syllabe du mot, laquelle est la syllabe accentuée.

Nota. A proprement parler, toute syllabe est accentuée, c'est-à-dire se prononce avec un ton spécial; cet accent peut être aigu, grave, ou successivement (si la voyelle est longue) aigu et grave. L'usage a prévalu de n'écrire (quand on l'écrit) que l'accent aigu et l'accent aigu-grave ou circonflexe {Rônià Rômse), et de réserver le nom d'accentuée à la syllabe qui porte l'un de ces accents.

L'accent latin, comme l'accent grec, fut d'abord musical; en d'autres termes, la syllabe accentuée avait un son plus aigu. Si l'on en croit Denys d'Halicarnasse, il y avait entre la syllabe accentuée et les autres un intervalle de quinte (intervalle de do à sol).

l'accent latin. 173

Peu à peu, après l'époque classique, l'accent se transforma, en latin comme en grec, et devint intensif; la syllabe accentuée fut frappée avec plus d'énergie, la voix y appuya davantage. Dans nos langues modernes l'accent est intensif, et c'est l'accent intensif que nous donnons aux mots latins quand nous les accentuons.

Nota. On sait que l'acia^é dépend de la rapidité des vibrations sonores, Yintensité de leur amplitude.

L'accent transformé garda, du reste, la même place que l'accent primitif. Il y eut des changements, mais relativement peu nombreux; et ils furent dus à un changement dans la quantité.

181. L'accent est dit aigu quand il tombe sur une voyelle brève; s'il tombe sur une voyelle longue, il peut se présenter deux cas :

1°. Le premier temps de la voyelle est accentué (en d'autres termes, porte l'accent aigu '), le second ne Test pas (en d'autres termes, porte l'accent grave ') ; dans ce cas l'accent est circonflexe (aigugrave," Rômà).

2". Le premier temps porte l'accent grave, le second l'accent aigu; dans ce cas on n'écrit que l'aigu [Rômx).

182. Tout mot la lin porto un accent, à moins qu'il ne fasse, pour ainsi dire, (]u'un dans la phrase soit avec le mot suivant, comme la prépo-

silion et son substantif [in urhc), soit avec le mot précédent, comme que^ ne, ve, etc.

Le mot qui s'appuie ainsi sur le précédent se nomme encliliquc, celui qui s'appuie sur le suivant, proclitique.

183. En latin, les monosyllahes portent l'accent aigu si la voyelle est brève (et, dûx), laccent circonflexe si la voyelle est longue [vos, pâx).

Nota 4. On voit que la nature de l'accent dépend de la quantité des voyelles, non de la quantité des syllabes. Nouvel exemple plus bas, ISS. — Cf. Pros. lai. dO.

Nota 2. En grec, un monosyllabe long peut porter l'accent aigu : tioûç, \).r^v.

184. Dans tout mot latin non monosyllabique l'accent est sur la pénultième ou sur l'antépénultième.

Nota. Les grammairiens citent quelques exceptions que nous pouvons négliger. Elles portent sur des mots comme la particule circûm, qu'on aurait voulu distinguer ainsi de l'accusatif circuni, sur des mots qui ont perdu la finale, edûc, exin (pour cxisne); etc.

D'autre part, on a parfois, dans notre siècle, expliqué certains faits de phonétique par l'hypothèse d'un accent archaïque placé avant l'antépénultième, par exemple sur con dans conficxo; mais il est des explications meilleures, appui énergique sur la syllabe initiale, antériorité d'une forme regardée comme postérieure {dixti avantdms^i), etc.

18^. L'accent sur la pénultième est aigu si la voyelle de la pénultième est brève ou si la voyelle

l'accent latin. 175

de la finale est longue; Icg'îl^ accénlûs, Romani^ dùcâs.

Il est circonflexe, si la voyelle de la pénultième est longue, et celle de la finale, brève : Rômà, Romàm^ Românûs, ddcimt.

Nota. La règle est la même en grec : ôouXoç, ooûXou (et aussi ooGÀoi). a-j),a^.

186. Dans tout mot de trois syllabes ou plus, la place de l'accent dépend de la syllabe pénultième : si cette syllabe est longue, l'accent est sur la pénultième; si elle est brève, il est sur l'antépénultième : Românûs. Româîiï, impûlsûs^ dômïnûs, dom ïnî, celebrâbërc.

187. Nota 1 . On voit qn e la nature de l'accent est réglée par la quantité de la voyelle (dernière et avant-dernière), sa place par la quantité de la syllabe (avant-dernière).

La même chose a lieu en grec; mais avec deux conditions spéciales pour la place de l'accent :

!« C'est la dernière, non la pénultième, qui influe : à'v0p(7)7;6ç, àvôpwTiou.

2" L'accent garde une certaine indépendance de la quantité : si la dernière syllabe est brève, il peut être sur une des trois dernières; si elle est longue, sur une des deux dernières : uoTafxoç, 7roTa(j.ou, 7toTaao-j;, (îiBÀtov, [3t6).io*j, ôi'y.ato;. oi/.aio-j (mais oi'y.aiot, otxatai).

188. Nota 2. Les mots grecs, en passant en latin, tanlot gardaient l'accent grec, tantôt prenaient l'accent latin : il n'y eut jamais d'usage bien fixe à ce sujet, non plus que pour la déclinaison, et pour la quantité. On peut seulement dire que l'on accentuait à la grecque ou

à la romaine, selon que l'on avait conscience d'employer un mot grec ou un mot latin,

189. Dans tout mot de trois syllabes ou plus, il y avait, au moins dans le Moyen-Age, outre l'accent principal, un ou plusieurs accents secondaires se développant à deux syllabes de l'accent

principal, après comme avant : gaudiis^ preliosi, I II

dolorosa.

Page 1