‹ Métrique latineChapitre 90 sur 101 · COUP d'ŒIL historique. — COMMODIEN · texte numérisé non relu

COUP d'ŒIL historique. — COMMODIEN

190. La poésie classique des Latins, comme celle des Grecs, est fondée sur la quantité; l'accent n'y joue aucun rôle. Mais peu à peu l'accent, en se transformant de musical en intensif, domina la quantité, et la supplanta.

Cette révolution ne pouvait manquer de se faire sentir dans la poésie.

D'abord la quantité des voyelles s'oublia. Dès le milieu du troisième siècle, peut-être bien avant, la chose était faite en Afrique. C'est ce qui permit à Commodien de négliger la prosodie et d'écrire des vers purement rythmiques, où presque toute espèce de syllabe pouvait recevoir le temps fort, et où presque toute syllabe ou tout groupe

1. Je ne puis donner ici que des notions fort incomplètes sur un sujet qui demanderait un volume.

clisyllal)i(|uc pouvait occuper le demi-pied faible. On avait ainsi des hexamètres réglés uniquement, ou presque uniquement, par le retour régulier des six temps marqués, et par leur groupement en deux membres, avec coupe penthémimère et mouvement ascendant dans le premier membre, avec coupe après le « dactyle » ou « trochée » cinquième et mouvement descendant dans le second membre (tout comme dans rhexamètre classique) :

Luget in it'ternum, // quœ se jactabat/aeternam

Stat tompus in finem //fumante Roraa/ maturus.

Qui crédit in Christo//de ligne vitaî / dégustât.

Plus eram quam palea // levier, quasi centum / adessent

In humeris capita, //sic prœceps quocumquc / ferebar.

I t I II ■

Quœrite jam portum // ubi sunt pericula / nulla.

LiTodcrunt, inquit, // manus nieas et pedes/ipsi.

Fuistis infantes, // nuniquid et seniper / eritis? Et quia de tumuli.s // resurgeret tertio / die

llinc ergo depereunt // qui se putant puros / ab aqua.

t ibi sub lege // viverent donec ipse / veniret.

Remarque 1. Quelques règles seulement s'imposent pour l'accent et la quantité :

1. Le temps fort ne tombe jamais (sauf exceptions douteuses) sur la pénultième brève (ou atone) d'un mot de trois syllabes ou plus.

Nota. Dans la finale semper eritis, Vi pénultième de eritis devait être long et accentué.

2. A la fin du vers, un trisyllabe accentué sur la pénultième ne peut faire office de dactyle cinquième.

Nota. La finale radice Jcsse fait exception; mais la prononciation populaire différait peut-être de la prononciation classique; ou Ijicn il faudrait lire Jesse radice.

3. Quand le mot final est un trisyllabe ou un groupe trisyllabique, la voyelle de la première syllabe n'est jamais longue par position.

Nota. Le mot ascendo fait à peine exception; car les sons s ci c devaient déjà se fondre en un son complexe, mais unique.

Même règle de position pour la finale du dactyle ou trochée cinquième; si elle est en consonne, le mot suivant commence par une voyelle : génies iibiqiie, resurgit a morte.

Nota. Les exceptions semblent dues à des fautes de copiste, sauf peut-être la finale annis ducentis {Instr. 55), que je ne sais comment expliquer.

Remarque 2. Il y a, dans Gommodien, quelques vers réguliers au point de vue prosodique :

Ut fièrent gentes vario scrmonc loqnentes. Sed si corde viges, fuge jam sacrarica mortis. Va3 miserœ plcbi dubia quoe fronte vacillât. Vos quia nescistis laqucos instarc, ruistis.

Mais ils ne sont pas cherchés, comme le montrent nombre de vers qu'un léger changement aurait rendus réguliers.

LES VERS RYTHiMIQUES. 179

Remarque 3. Gommodicn admet l'hiatus partout ; élision seulement devant est (on disait sans doute repletast, etc.).

Remarque \. Il faut tenir compte des remarques précédentes quand on scande des vers comme les suivants :

Subjcctuiii te prœbe // Deo qui cuncta gubernat.

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