‹ Métrique naturelle du langageChapitre 16 sur 85 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

moins de deux brèves ou plus de deux brèves, la longue pour eux est toujours la longue ; c'est la syllabe au-dessous de laquelle ils marquent un trait (-) ; ils la reconnaissent à première vue, je dis à première vue, et non sans raison, car ce n'est pas le son de cette syllabe qui les avertit de sa quantité, c'est sa forme écrite, et le souvenir que cette forme a laissé dans leur esprit. Le rythme qui, pour les musiciens, est une perception auditive, est pour les grammairiens une perception visuelle ; aussi les ouvrages laissés par les métriciens ne sontils en somme qu'un ensemble de prescriptions pour composer des paroles destinées à être rythmées. Le titre de Métrique sous lequel sont désignés ces ouvrages, si l'on se reporte au vrai sens, au sens musical du mot, est absolument impropre. Le mètre des grammairiens n'est plus une mesure, c'est un arrangement, c'est un groupement de syllabes. Par conséquent, lorsqu'il sera question de mètres et de métrique, il sera toujours très important de savoir si celui qui parle est un musicien ou un grammairien *.

Cette scission entre les deux études, d'une part celle du rythme purement musical, et de l'autre celle de la mesure

reconnaître avec tous les rythmiciens grecs ce fait attesté d'ailleurs par l'observation du langage naturel, qu'il y a pour une syllabe plusieurs manières d'être une brève ou une longue, et que rien ne peut indiquer a priori la durée exacte qu'elle aura dans un cas donné, tant qu'on ignore le mètre où on l'encadrera ?

1 Nous aurions pu employer le terme de métrique dans son sens purement musical, le seul qui soit à la fois étymologique et exact, sans nous préoccuper des divers sens attribués par les métriciens grecs à ce mot. Mais nous avons voulu prévenir les objections. Il était important aussi de montrer tout ce qu'il y avait de peu précis et de peu exact dans les conceptions grecques du mètre, et nous nous sommes senti tenu à ne pas perpétuer pour notre part une confusion qui pour être ancienne n'en est pas plus respectable. Nous avons étudié simultanément le mètre et le rythme, puisqu'il n'existe pas de mètre sans rythme ni de rythme sans mètre ; mais nous avons donné à notre ouvrage le titre de Métrique, parce que, le rythme n'ayant d'autre fonction que celle de déterminer le mètre, en nous servant du terme de rythmique^ nous aurions mis le moyen à la place de la fin.

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