‹ Métrique naturelle du langageChapitre 18 sur 85 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

mier abord, nous l'avouons, les difficultés à vaincre nous ont paru insurmontables : les mouvements de la parole sont si rapides, les phrases, si multiples et si variées, se présentent dans un tel enchevêtrement que nous avons dû renoncer à chercher dans l'observation seule et purement empirique le moyen d'y trouver un ordre. En effet, les combinaisons métriques, au sens que nous avons donné à ce mot, sont en nombre indéfini, et cela surtout dans la nature, où elles correspondent aux formes multiples de la pensée. Il est aussi difficile de rencontrer deux combinaisons métriques identiques qu'il est rare d'entendre exprimer deux fois la même pensée sous une forme exactement semblable. Aussi, les premières observations donnent-elles à l'auditeur l'impression du chaos, et si la raison ne lui disait que ce chaos n'est qu'apparent, il renoncerait bien vite à poursuivre son étude. Nous avons alors songé que Tordre qui préside évidemment à la formation et à l'enchaînement des phrases devait trouver sa source dans la perception elle-même, que les formes adoptées devaient être les formes perceptibles et que la loi des combinaisons naturelles de durées que la métrique étudie n'était autre que la loi même suivant laquelle se forment les rapports de nombres susceptibles d'être perçus par les sens. Ainsi, nous étions amené à établir a priori une théorie des mètres basée sur l'étude de la perception.

Cependant, nous n'avions fait que déplacer la question ; au lieu d'observer des manifestations des produits extérieurs de l'être humain, esprit et corps, il nous fallait observer la façon dont ils sont perçus. Or la première de ces études n'estelle pas la condition de l'autre ? Comment pénétrer la nature, les lois de la perception, si l'on n'a prise sur ses objets, si l'on ne les a classés, définis de telle sorte qu'on puisse les reproduire en les variant, et, par eux, leurs effets intérieurs, selon les besoins de la recherche analytique et de la vérification ? Par quel autre moyen donner aux lois et aux raisons découvertes une valeur certaine et une portée vraiment uni-

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