INTRODUCTION XXIX
la région des imités perçues directement, elles se rapprochent du domaine des durées plus petites engendrées par les vibrations les plus graves qui soient perçues sous forme de sons. L'échec de la tendance à la mesure métrique et l'incertitude qui en résulte sur la nature de ces petites durées ont donc pour effet d'éveiller la tendance contraire ou tendance à la mesure tonale : autrement dit, influencés par le voisinage dès sons, nous inclinons à voir dans les durées infra-métriques des durées sonores, et à les mesurer comme telles, c'est-àdire avec des unités plus grandes qu'elles-mêmes. L'échec primitif de l'autre tendance a donc pour suite une lutte pénible dans laquelle peu de chose suffira à donner l'avantage à la tendance tonale. Nous n'aurons qu'à renforcer le sentiment d'une des unités métriques, en l'exécutant réellement au lieu de la laisser chercher en vain par l'imagination dans les deux sens contraires, par exemple en frappant plus fort de deux en deux ou de trois en trois les coups de la sonnerie. Dès lors, la tendance tonale trouve une prise au seuil même de l'ordre opposé, et crée une pseudo- sensation métrique en rapportant à une unité plus grande directement perçue les durées intermédiaires qui, désormais, présentent l'apparence d'un tout organisé et solide. L'indécision pénible a cessé ; nos sens n'hésitent plus entre les deux domaines, celui des sons et celui des mètres ; c'est bien un mètre qu'ils perçoivent, mais péniblement et par un procédé contre nature, naturel, il est vrai, dans l'ordre tonal, dont il n'est ici même qu'un écho prolongé.
Ainsi la seule exception qu'admette la loi métrique de la perception par des unités plus petites nous apparaît, ainsi que cette loi même et la loi inverse de l'ordre tonal, comme un cas particulier d'une loi plus générale embrassant les deux ordres, et nous conduit à la formuler en ces termes : toutes les durées perçues par nos sens, soit dans l'ordre métrique! soit dans l'ordre tonal, sont mesurées par rapport à un petit nombre d'unités communes qui se mesurent elles-
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peines où entre elles et que nos sens comprennent directement, tandis que les dorées plus grandes ou plus petites leur apparaissent comme multiples ou comme diviseurs de l'une d'entre elles. l
Les durées plus grandes sont de Tordre des mètres, et les plus petites sont de Tordre des sons. Nous appellerons fondamentales ces unités perceptibles par elles-mêmes, et nous dirons que la théorie des faits de l'harmonie n'est autre chose que la théorie des agglomérations ou successions des diviseurs simples de l'unité fondamentale, tandis que la théorie des mètres est celle des agglomérations ou successions des multiples simples de cette même unité.
Si nous ajoutons cette hypothèse que, dans un ensemble à la fois métrique et mélodique, tel que toute phrase parlée ou toute période musicale, l'unité fondamentale est la même pour Tordre métrique et pour Tordre mélodique et constitue le lien qui unit les deux domaines, nous aurons terminé l'exposé des différents principes sur lesquels repose la première partie de notre ouvrage. Dans cette première partie, nous nous sommes proposé d'établir une théorie de la métrique naturelle, abstraction faite de la matière à laquelle elle peut s'appliquer, nous réservant de rechercher dans la seconde partie jusqu'à quel point les syllabes de la langue parlée sont susceptibles de se modifier pour s'adapter aux diverses périodes de la métrique naturelle.
Nous avons dit incidemment, à propos de Tordre métrique, quelle sorte d'hypothèse nous semblerait pouvoir expliquer la position privilégiée dont les unités fondamentales jouissent auprès de nos sens. Un instant nous avons été tenté de prendre à la rigueur cette hypothèse avec toutes ses suites, et de nous demander si, parmi les unités sympathiques à nos sens, Tune, la plus petite sans doute, servant de mesure aux autres, n'était pas seule la source du privilège commun. Ce serait elle, et non toutes ensemble, qui serait engendrée et déterminée par notre constitution organique ou spirituelle,