VIII PREFACE
qui avait été son camarade à l'Ecole des Hautes Etudes, qu'il avait été heureux de retrouver à Vienne, et qui est aujourd'hui professeur de philologie romane à l'Université tchèque de Prague, où un autre élève de l'Ecole, M. Cornu, enseigne aussi la philologie romane à l'Université allemande. Dès le 9 juin 1877, il lui écrivait qu'il croyait avoir découvert des vérités nouvelles et intéressantes, capables de lui faire « un nom qui sorte du commun, » et qui pourraient « ouvrir une ère nouvelle » dans les études linguistiques. « Je ne puis, ajoute-t-il, vous en donner aucune idée dans une lettre ; du reste, je n'en ai encore parlé à personne, et je suis résolu à n'en rien communiquer jusqu'au jour où la rédaction démon ouvrage sera complètement terminée. Ma première découverte remonte à deux mois ; elle a été immédiatement suivie d'une série d'autres, et je ne suis probablement pas au bout de mes surprises. Les résultats auxquels j'arrive sont à la fois si étonnants et si lumineux dans leur simplicité que tout le monde sera stupéfait qn'ils n'aient pas été obtenus plus tôt. » Et deux ans après, le 12 mai 1879, après avoir entretenu son ami de sa cruelle situation de personne et de famille, il ajoutait : « Au milieu de tous mes malheurs, j'ai été, vous ai-je dit, bien heureux. J'ai eu le bonheur le plus grand, le plus invraisemblable, le plus fabuleux qu'on puisse avoir. Après des recherches acharnées sur un sujet dont je vous ai déjà parlé, après des luttes insensées, des essais prodigieux, des désespoirs affreux, des systèmes construits et détruits, enfin après un travail cyclopéen, j'ai fini par trouver une idée, une vraie idée, une grande idée ! J'ai découvert la loi du rythme dans le langage, et du même coup celle de la mélodie et de l'harmonie ; j'ai réuni dans une seule étude synthétique toutes les qualités expressives du langage, et j'ai formulé une grande loi physiologique qui se vérifie jusque dans ses moindres conséquences. Vous comprendrez qu'en présence d'un si grand événement et à la suite d'un si grand bonheur on oublie bien des misères, et que les petits incidents de la vie matérielle noms paraissent peu dignes d'attention. »
Il fallait bien cependant leur donner quelque attention, à ces misères qu'il méprisait si profondément. Les quelques