PREFACE
illusions. Au mois de juillet, il vint passer ses vacances au milieu des siens, se louant de son séjour à Alger et se félicitant de n'avoir plus à affronter les hivers du Nord. Il voulait employer à l'impression de sa thèse tous les loisirs que lui laisseraient ses fonctions. Ses parents et ses amis, en le voyant, en l'entendant, ne pouvaient partager ses espérances, et prévoyaient qu'il ne repasserait pas la Méditerranée. Sa faiblesse augmentant toujours, il prit le lit, et s'éteignit, au milieu de sa famille, le 12 octobre 1880.
L'ouvrage qu'il a laissé, et qui a été imprimé par les soins du frère qu'il avait si intimement associé à ses travaux, a reçu l'approbation d'hommes qui peuvent mieux que moi en apprécier les mérites, et qui n'ont pas non plus dissimulé les défauts qu'ils y avaient relevés, défauts qui, signalés à l'auteur, auraient pu, au moins en partie, être corrigés ou atténués s'il avait revu son œuvre comme il en avait l'intention. Pour bien comprendre la pensée de Pierson, pour apprécier ce qu'elle contenait de neuf, de juste et de fécond, il faut nécessairement être à la fois linguiste et musicien. L'alliance de la linguistique et de la musique est évidemment nécessaire pour résoudre les problèmes si délicats et si profonds qui touchent à la rythmique ou à la métrique naturelle du langage; or cette alliance est rare, et avant d'accueillir les résultats que le jeune auteur du présent livre croyait avoir obtenus, il est prudent d'attendre le jugement de la critique et surtout l'épreuve du temps. C'est le temps seul qui permet de démêler, dans des théories de ce genre, ce qui est vraiment solide et durable de ce qui a séduit l'auteur par la nouveauté des vues ou la richesse pressentie des conséquences, mais sans avoir une base suffisamment solide ou une forme suffisamment précise ; le temps seul en effet dissipe la première et confuse impression produite sur les esprits par l'apparition de toute idée nouvelle, et amène autour d'un système des réflexions suffisamment mûries, attentives et variées; il faut que ce système soit considéré successivement sous tous ses points de vue divers et sous toutes ses faces, pour qu'on puisse dire en toute sûreté qu'il est bien conforme à la nature intime des choses qu'il a prétendu atteindre et révéler. Il ne m'ap-