PREFACE. XI
partient pas de prévoir ce que cette épreuve lente et décisive fera du livre de Pierson ; mais je me tiens pour assuré qu'on reconnaîtra tout au moins dans son œuvre une initiative très intéressante et l'ouverture, pour la science et la méditation, de voies à peine explorées et de perspectives à peine entrevues. J'ajouterai que ce livre arrive à son heure, et qu'il profitera môme peut-être du retard involontairement apporté à la publication qui en est faite. Les sujets traités par Pierson préoccupent en effet, en France et à l'étranger, des esprits divers, et plusieurs ouvrages publiés dans ces dernières années auront pu préparer les lecteurs à l'étude de ces questions complexes. Je souhaite vivement que les idées à l'exposition desquelles Pierson avait consacré tant de labeur et de passion soient reconnues comme importantes, judicieuses et nouvelles, et assurent à son nom le souvenir des savants et des penseurs. Son confident et son collaborateur, M. Henri Pierson, a résumé en quelques pages la marche générale des idées de son frère, leur origine, leur développement dans son esprit et leurs traits les plus caractéristiques. Je ne puis mieux faire que de mettre ces pages sous les yeux des lecteurs ; elles sont la meilleure introduction à la lecture du livre .
« L'auteur de cet ouvrage avait débuté par une observation purement philologique. Depuis longtemps, en écoutant les conversations où la parole quitte l'allure calme, s'anime et vibre avec la pensée dont elle traduit, communique et rend sensibles tous les mouvements, il avait remarqué que l'accent relève souvent avec vigueur les syllabes faibles, laissant tomber les syllabes fortes voisines, et semble se jouer de la phrase comme si elle n'était, avec sa forme logique et grammaticale en apparence inflexible, qu'une matière à pétrir selon les besoins de l'expression.
« En admirant cette souplesse et l'infinie variété des nuances où elle se marque, il en vint à se persuader qu'on fait tort à la langue française en ne voulant y voir qu'un seul accent,un accent fixe toujours placé sur la dernière syllabe ; que cette langue ne mérite pas le reproche de monotonie souvent formulé contre elle par les étrangers, qui invoquent pour le