‹ Métrique naturelle du langageChapitre 67 sur 85 · En môme temps que les différentes césures, le cata · texte numérisé non relu

En môme temps que les différentes césures, le cata

lectisme engendre donc les différentes quantités des syllabes. Par cette double action, il complète la physionomie des phrases, il les particularise, il en fait des êtres concrets, des organismes bien vivants. Alors la phrase n'a plus rien de ce qui ressemble à un schème général, elle se distingue par une foule de traits particuliers de toute formule théorique et abstraite ; elle nous intéresse par son originalité, et lorsque nous l'entendons de nouveau, nous la reconnaissons.

133. Le catalectisme produit dans le rythme le même effet que le timbre dans les sons. On sait en quoi consiste ce phénomène particulier aux sons que Ton désigne sous le nom de timbre. Helmholtz, dans "son livre intitulé Die lehre von den Ton-empfindungen 1 , a démontré que le timbre des sons était produit par l'obscurcissement de certaines harmoniques du son fondamental et par le renforcement de certaines autres. Au moyen de résonnateurs, il est parvenu à renforcer à volonté telles ou telles harmoniques au détriment des autres, et il a obtenu de la sorte artificiellement toutes les voyelles. D'où il résulte que la bouche joue, vis-à-vis des sons qui constituent la parole, le rôle de résonnateur, et, par les différentes conformations qu'on lui donne, favorise ou étouffe tour à tour telles ou telles harmoniques du son fondamental, ce qui engendre les différentes voyelles, c'est-à-dire les différentes variétés de timbre dont est susceptible un son émis par la voix. Le timbre est ce qu'il y a de plus reconnaissable dans un son ; on l'appelle la couleur du son ; sans le timbre, tous les sons se ressembleraient et paraîtraient sans couleur et sans vie ; grâce à lui, tous les êtres de la nature ont pour nous une voix reconnaissable, on discerne le son, quels qu'en soient l'intensité et le diapason. De même dans le rythme, suivant que nous exprimons tel ou tel accent, c'est-à-dire telle ou telle harmonique de la fondamentale métrique, ou que nous avons recours à la syncope, nous donnons de la couleur à notre phrase, elle prend une physionomie reconnaissable et se distingue nettement de toute autre phrase qui, toutes choses égales d'aillpurs, n'a pas fait du catalectisme un usage semblable . Le catalectisme particularise le timbre du rythme.

1 M. Guéroult a fait de cet ouvrage une traduction intitulée : Théorie physiologique de la musique fondée sur V étude des sensations auditives. G. Masson. Paris, 1874.

Page 1