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Il suit, de tout ce que nous venons de dire, que la

syllabe est une conséquence des combinaisons métriques, mais n'est pas elle-même une durée métrique; elle n'est qu'une distance entre deux accents exprimés successivement; la véritable durée métrique est celle qui est embrassée par un accent, abstraction faite du nombre et de la durée des syllabes qu'elle peut renfermer.

146. Avant de pénétrer plus avant dans l'étude des syllabes, il importe de voir quelle est leur constitution matérielle, afin de se rendre bien compte du rôle métrique joué par chacune des parties dont elles se composent. Dans cette étude, nous adopterons en partie les conclusions auxquelles est arrivé M. Stanislas Guyard dans les considérations qui précèdent sa remarquable théorie de la métrique arabe 1 , et nous aurons soin d'avertir le lecteur, toutes les fois que notre opinion différera de la sienne.

147. La syllabe est matériellement composée d'un son timbré d'une manière particulière, et que l'on nomme voyelle, et d'un bruit qui accompagne l'émission de la voyelle, et qui diffère suivant le point de la bouche d'où il est parti. Ce bruit a reçu le nom de consonne. La théorie physique des voyelles a été faite par le célèbre physicien Helmholtz. Celui-ci a démontré que le timbre de chaque voyelle est particularisé par le renforcement de l'une des harmoniques du son fondamental qui l'accompagne. Pour chacune, l'harmonique renforcée est celle qui est la plus voisine d'une note toujours la môme et déterminée par la résonance de la masse d'air comprise dans la cavité de la bouche. Cette note variant avec les diverses positions de la bouche, il en résulte des variétés correspondantes pour les voyelles. Helmholtz a prouvé la vérité de sa théorie, en faisant artificiellement des voyelles au moyen de résonateurs qui lui permettaient de développer certaines harmoniques et d'en étouffer d'autres. Le timtfre de la voyelle est dans une certaine mesure indépendant des sons musicaux qui l'accompagnent. Si nous restons dans les notes moyennes de la voix, nous pourrons prononcer indifféremment toutes les voyelles sur toutes les

1 Journal asiatique, septième série, tome VII, n° 3, mai-juin 1876. Théorie nouvelle de la métrique arabe, précédée de considérations générales sur la rythme naturel du langage.

notes. Mais si nous nous portons vers lés notes extrêmes, soit supérieures, soit inférieures, nous aurons à restreindre le nombre des voyelles que nous pourrons prononcer, et le timbre en sera sensiblement modifié. Dans les notes extrêmement graves, par exemple, on prononce plus aisément les voyelles sourdes, telles que ou, u, o, eu. Si Ton essaye de prononcer d'autres voyelles, elles prennent un timbre sourd qui se rapproche de celui des voyelles que nous venons d'énumérer. Au contraire, dans les sons élevés, on ne prononce volontiers que les voyelles les plus ténues, telles que e et i; toutes les autres prennent un timbre grêle qui les rapproche de celles-ci. Ces phénomènes ne sont pas sans importance au point de vue phonétique et doivent permettre d'expliquer bien des transformations de sons dues à l'extrême gravité, ou à l'extrême acuité.

Non seulement le son dont se compose une syllabe est doué d'un certain timbre qui constitue sa voyelle, mais il est accompagné, lors de son émission, d'un certain bruit que l'on nomme consonne. Ce bruit porte avec lui la marque de son origine, il diffère suivant la partie de la bouche sur laquelle nous avons frappé en émettant le son. Les parties de la bouche qui concourent à la formation des consonnes sont le voile du palais, la voûte palatale, l'arcade dentaire, les dents, la langue et les lèvres. « Il y a, dit M. Guyard, deux manières » générales de former les consonnes : 1° en interceptant » complètement le passage de l'air pour le laisser ensuite » s'échapper brusquement ; 2° en retenant l'air de telle sorte » qu'une partie puisse s'échapper pendant qu'une autre partie » reste emprisonnée dans la bouche. La première catégorie » comprend les explosives; la seconde les continues. Ce qui » caractérise les explosives, c'est qu'elles ne durent qu'un » moment indivisible. En effet, la consonne explosive étant » produite par une explosion soudaine de l'air, tant que la » bouche retient l'air, cette consonne n'est que préparée, on > ne l'entend pas encore, et dès qu'on l'a prononcée, l'air » s'étant échappé et la bouche détendue, la consonne n'existe » plus, puisque sa cause a cessé d'être. Les continues, au » contraire, peuvent durer aussi longtemps qu'on veut, puis- » qu'elles résultent d'un échappement continu de l'air. Ce- » pendant, l'observation démontre qu'instinctivement nous » n'accordons pas aux continues plus de durée qu'aux ex- » plosives. »

« Ces deux catégories offrent un caractère commun, celui » d'être invariablement suivies d'une voyelle, ou d'une réso- » nance quelconque. En effet, dès qu'on cesse de prononcer » une consonne, la bouche est ouverte, et l'air, vibrant en » liberté, donne naissance à une voyelle ou à une réso- » nance. La consonne isolée est donc une abstraction. »

148. De même que toute consonne est suivie, dans la prononciation, d'une voyelle ou d'une résonance quelconque, de même toute voyelle est précédée d'une consonne, et ce n'est que par abstraction que l'on peut imaginer une voyelle isolée. Quelle que soit la voyelle prononcée, elle est toujours précédée et accompagnée d'un certain bruit causé par le frottement de l'air contre les parois de la bouche. Ce bruit constitue des consonnes imperceptibles que les Grecs représentaient par l'esprit doux, et qui sont désignées dans les idiomes sémitiques par des signes particuliers. En français, on n'a pas éprouvé le besoin de chercher une notation dé ces consonnes imperceptibles, et l'on se borne à noter celles qui rentrent dans la catégorie des explosives et des continues. Il résulte de toute cette théorie fort bien exposée parM.Guyard, que toute émission de voix est nécessairement complexe, et que, soumise à une analyse délicate, elle apparaît comme composée d'une consonne et d'une voyelle, la consonne fûtelle un simple esprit doux, une aspiration à peine perceptible, et la voyelle une résonance buccale très légère passant inaperçue dans la prononciation pour une oreille peu exercée.

149. Toutes les fois par conséquent que nous trouvons dans une syllabe deux consonnes successives, il faut nécessairement admettre que la première consonne est séparée de la seconde par une résonance buccale, de telle sorte que dans un mot comme reste, par exemple, nous avons trois articulations re-s*-te. Lorsque le mot se termine par une consonne, ce que l'on désigne en disant que .la dernière syllabe du mot est fermée, cette consonne marque le commencement d'une articulation dont la résonance n'est pas notée dans l'orthographe. Le mot cheval, par exemple, se compose de trois articulations, che~va-l*. Mais doit-on assimiler l'articulation à, la syllabe? Doit-on dire que le mot reste se compose de trois syllabes? Doit-on considérer la résonance buccale

comme un acte individuel de la voix, au même titre que la voyelle sonore et clairement timbrée? M. Guyard nous dit que cette résonance est imperceptible pour une oreille peu exercée, et nous sommes de son avis ; il n'est donc pas possible qu'elle donne naissance à une syllabe, c'est-à-dire à une sensation distincte pour tout le monde ; car le langage ne s'adresse pas exclusivement aux oreilles exercées, mais précisément à ces oreilles peu exercées pour lesquelles la résonance buccale, n'étant pas perçue, n'a pas d'existence métrique. Aussi, révoquons-nous en doute les durées respectives attribuées par M. Guyard aux différents éléments du mot reste. Afin que tout le monde puisse contrôler ici ce que nous allons dire, il est nécessaire de toucher un mot sur la façon de battre la mesure. Ce livre, en effet, ne s'adresse pas seulement aux musiciens, mais encore et surtout aux linguistes; c'est pourquoi nous prenons à tâche de ne rien dire qui ne soit tout-à-fait clair même pour les personnes absolument étrangères aux choses musicales. La mesure à deux temps adoptée par M. Guyard pour le mot reste se bat au moyen d'une thésis et d'une arsis, c'est-à-dire en abaissant et élevant alternativement la main; mais elle n'est pas la seule mesure qui se batte de cette manière, la mesure à 3/8, en effet (mesure de valse), se bat également au moyen d'une thésis et d'une arsis, mais ces deux mesures différent essentiellement en ce que, dans la mesure à deux temps, la thésis est égale à F arsis, tandis que dans la mesure à 3/8 la thésis est le double de l' arsis. Si l'on ne prenait pas garde à cette différence, on serait exposé à battre une mesure à 3/8 croyant battre une mesure à 2/4. Il arrive en effet fréquemment aux personnes peu expérimentées en matière musicale, lorsqu'elles veulent par exemple chanter en battant la mesure, de conformer leur mesure au chant, au lieu de régler leur chant d'après la mesure, de sorte que, tout en se donnant l'illusion de battre la mesure, elles suivent avec leur main l'irrégularité de leur chant, au lieu de soumettre leur chant à la régularité de la mesure. Ceci étant posé, que l'on prenne le mot reste, et qu'on le prononce en mesure à deux temps, de façon à donner à la syllabe re la durée du premier temps, à attaquer le second temps en môme temps que l'articulation s° et la seconde moitié du second temps en môme temps que l'articulation te; que pour plus de régularité, et afin de rendre la thésis bien réellement égaie à l'arsis, on compte 1, 2

pendant la thésis, et 3, 4 pendant l'arsis; que Ton attaque la syllabe re en même temps que le nombre 1, l'articulation s* en môme temps que le nombre 3, et la syllabe te en même temps que le nombre 4, et Ton pourra juger si cette façon d e battre la mesure du mot reste est bien conforme à la nature . Pour nous, le mot reste ainsi rythmé nous donne une sensation absolument différente de celle qu'il cause lorsqu'il est prononcé dans le langage.

150. Tout le monde pourra constater que le mot reste ne se compose pas de trois syllabes, l'articulation s e , dont l'existence réelle peut se prouver par une analyse délicate, fait partie de la syllabe re y elle concourt à former une seule syllabe complexe composée de deux articulations, la syllabe res; les éléments qui la composent ne peuvent être séparés que par abstraction, l'articulation s e n'a pas d'individualité, elle n'a pas de valeur rythmique, elle fait partie de la constitution matérielle de la syllabe, elle contribue à la faire durer plus longtemps ; mais vouloir la considérer et la traiter comme une syllabe distincte, c'est prendre une abstraction pour une réalité. Je vais plus loin, et dis que dans le langage familier Ve de l'articulation te elle-même n'est plus qu'une résonance buccale, de sorte que cette articulation a perdu dans la langue usuelle sa qualité de syllabe, pour venir s'ajouter aux éléments déjà complexes de la syllabe res; il en résulte que ce mot, au lieu d'avoir trois syllabes, n'est plus pour nous qu'un monosyllabe \ Il est bien entendu qu'en

1 Du reste nous ne croyons pas que M. Guyard ait eu réellement l'intention de donner la résonance buccale pour une véritable syllabe, car, dans la suite de son article, nous voyons qu'il considère partout la syllabe fermée comme complexe, il est vrai, mais comme unique. Le pied arabe Faoùoùlon, par exemple, est noté par lui de la manière suivante :

et non

Fa-couou-lon

Fa- c ouou-lo-n e

Toute équivoque eût été évitée en joignant par le signe de la syncope (— ) l'articulation s e à la syllabe re; de la sorte, M. Guyard eût montré

considérant Ye muet comme une simple résonance buccale, nous nous plaçons au point de vue du langage vraiment naturel, de celui qui est usité par la majorité des Français dans la vie de chaque jour, du seul en un mot qui mérite d'être pris en considération dans une étude psycho-physique. La prononciation académique a conservé, du moins en théorie, les syllabes muettes comme réellement existantes, et on en tient compte dans la versification où elles ont la môme valeur prosodique que les autres syllabes, excepté toutefois quand

les éléments dont se compose la syllabe sans courir le risque de faire croire à l'existence de deux syllabes.

re - $• - te

A notre avis, il n'est pas possible d'assigner à la résonance buccale une durée aussi considérable. La brève, fût-elle atone, c'est-à-dire marquée d'un accent du dernier degré, a une valeur rythmique appréciable même pour une oreille peu exercée. Il n'en est pas de même pour la résonance ; celle-ci peut tout au plus avoir la durée d'une triple croche. Si nous avions à exprimer en mesure à deux temps la durée affectée par chacun des éléments du mot reste, nous le ferions comme il suit :

re-**-te

ou, en adoptant la notation dont nous sommes convenus pour le pied octasème :

i OJ r

re - «• - te

Les articulations re-* e occupent tout le premier temps, et le second temps est effleuré par l'articulation te qui en indique légèrement le commencement, sans avoir toutefois une intensité rythmique, c'est-àdire clairement appréciable. C'est pourquoi nous avons également joint par le signe de la syncope l'articulation te à la syllabe res. Cette façon de décomposer les éléments du mot reste est tout-à-fait contraire à la théorie rythmique proposée par M. Guyard. D'après lui, en effet, le rythme consiste dans l'équilibre entre la syllabe forte et la somme des syllabes faibles ; de là la nécessité de n'admettre comme réellement rythmique que la mesure à deux temps et la mesure à quatre temps qui se laissent diviser en deux parties égales. Partant de ce principe, il est facile d'expliquer toutes les combinaisons de syllabes qui paraissent contredire l'équilibre rythmique et établir dans la mesure une division inégale. Si M. Guyard a affaire à une syllabe fermée,

elles sont en césure. Cette prononciation académique répond certainement à un état naturel de la langue, mais non à l'état actuel ; c'est un archaïsme, une convention oratoire ; transportée dans la vie pratique, elle serait d'une affectation insupportable. Cela est surtout vrai pour les voyelles muettes qui ne sont pas précédées, comme dans l'exemple précité, d'une double consonne st qui, pour la facilité de la prononciation, nous contraint à faire entendre assez fortement la résonance. Mais lorsque la consonance qui précède ïe muet est simple,

qui ait pour durée plus de la moitié de la mesure, comme dans le mot table par exemple :

tab* -le

il explique la répartition inégale des temps de la mesure entre les syllabes en disant que la syllabe accentuée ta dure la première moitié de la mesure, c'est-à-dire une longue, et il attribue le reste de la durée de la syllabe, c'est-à-dire une brève, à l'articulation b; de telle sorte que cette articulation attaque la seconde moitié de la mesure, et que l'équilibre est rétabli. Les syllabes 6 e et le, formant la somme d'une longue, égalent en durée la syllabe ta.

ta - ô 6 - le

S'il a affaire à une syllabe longue ouverte suivie d'une brève, M. Guyard suppose, pour rétablir l'équilibre rompu par cette longue et cette brève, que la voyelle de la syllable ouverte se sépare en deux articulations: la première forte, qui dure la première moitié de la mesure, et la seconde faible et brève, qui occupe avec la syllable atone la seconde moitié, et forme avec elle la somme d'une longue qui rétablit encore une fois l'équilibre rompu en apparence.

1 tu w

ra - a-re

De la sorte il arrive à trouver un dactyle là où tout le monde ne voit qu'un trochée. Si, comme dans le mot patte, la voyelle est trop manifestement brève pour qu'on puisse la supposer décomposable en une articulation forte et une articulation faible, M. Guyard attribue alors à la syllabe pa la durée d'une longue (ce qui ne va pas toutefois sans quelque difficulté), donne la durée d'une brève à la syllabe te, et remplit le reste de la mesure par un silence. La brève plus le silence forme la somme d'une longue, et, encore une fois, la théorie rythmique de

la résonance est presque nulle, et ne se distingue en aucune façon de celle qui aurait lieu si le mot, au lieu de se terminer par un e, se terminait tout simplement par une syllabe fermée. Il est absolument impossible, par exemple, de distinguer dans la prononciation usuelle le masculin général du féminin générale et IV, prononcé dans ce cas, paraîtrait tellement inusité qu'il serait ridicule . Nous verrons plus loin quelles ont été pour le langage français moderne les conséquences de cette déchéance subie par Ye muet.

Téquilibre est confirmée. On sait ce que nous entendons par le rythme, nous n'en sommes pas à donner la définition de ce mot, le lecteur doit par conséquent comprendre déjà que la théorie de M. Guyard, malgré tout ce qu'elle a d'ingénieux et de séduisant, n'a pas notre suffrage. Sans répéter une fois de plus ce que nous entendons par temps fort ou sous-fort, nous demanderons à M. Guyard la permission de lui faire une objection qui sans doute lui paraîtra sérieuse. Est-il possible de n'admettre, comme il semble le faire, que les mesures à deux temps et à quatre temps, c'est-à-dire celles qui peuvent se décomposer en deux parties égales? Doit-on considérer les autres mesures usitées jusqu'à ce jour comme dépourvues de rythme ? Sans parler des mesures à cinq temps et à sept temps contre lesquelles on pourrait alléguer qu'elles sont peu usitées, bien qu'elles l'aient été par les Grecs (y&oç fjpitoXtov, y^voç iîtfxptTov), la mesure à trois temps, qui est de nos jours d'un usage si fréquent, est-elle donc entachée d'arrythmie, et doit-elle être abandonnée, sous prétexte qu'elle ne se prête pas à une division en deux parties égales ? Mais cette mesure n'est pas une invention des modernes, les Grecs en ont fait un usage constant (yivo; Sudàmov), tout le monde connaît les mètres iambiques et trocfiaïques; dans ces mètres, le temps sous-fort, ou faible comme on voudra l'appeler, est attaqué à la troisième division de la mesure dans l'iambe et le trochée ordinaire, et à la deuxième dans la base iambique usitée par les tragiques dans leurs chœurs. Cette dernière place assignée au temps sous-fort dans le mètre trisème apporte encore un surcroît de contradiction à la théorie de l'équilibre, car elle le déplace au détriment de la syllabe forte et au profit de la syllable faible, la forte devenant une brève, et la faible une longue. De même les latins, dans le vers saturnien, mettaient indifféremment le temps fort sur une longue ou sur une brève, ce n'est que plus tard, et sous l'influence exclusive de la poésie héroïque et élégiaque des Grecs, qu'ils en sont venus à exclure la brève du temps fort. Mais, quand même on n'admettrait dans le trochée que la longue accentuée, on n'en aurait pas moins un partage inégal de la mesure. Du reste la mesure tétrasème elle-même, comme le lecteur a déjà pu le voir, ne présente pas constamment ce partage égal. Qu'on se reporte g 33, et l'on y verra la mesure départagée par l'arsis de toutes les manières possibles. Quoique nous ne soyons pas du même avis que M. Guyard, nous ne pouvons cependant nous empêcher de constater que, le premier en France, il cherche à reproduire par la notation mu-

151. L'analyse à laquelle nous avons soumis la syllabe pour découvrir les éléments phonétiques dont elle se compose nous a fait voir qu'elle peut être ou simple ou composée, suivant qu'elle est formée d'une ou de plusieurs articulations. Il nous reste à examiner comment se comportent ces éléments au point de vue métrique. Toute syllabe porte un accent métrique d'une certaine force ; nous employons ce mot accent au sens général, n'en exceptant pas même les syllabes les plus faibles qu'on est convenu de nommer atones ; pour toute syllabe, il conviendra donc de déterminer à quel degré de la hiérarchie des accents elle est placée. Toute syllabe est également prononcée à une hauteur déterminée dans l'échelle des sons, elle est plus ou moins grave ou plus ou moins aiguë; pour toute syllabe, il conviendra donc de déterminer si elle est aiguë ou grave et de fixer dans quel ton elle doit être prononcée. Enfin, toute syllabe a une certaine durée; il con-

sicale le rythme naturel du langage, et qu'il fait ressortir avec toute la clarté de l'évidence la nécessité d'appliquer à la métrique la méthode physiologique. M. Guyard a donc le mérite d'ouvrir une voie tout-à-fait nouvelle en France dans ces sortes d'étude ; nous disons en France, car, en Allemagne, de nombreux auteurs ont déjà consacré quelques travaux à l'analyse et à la notation musicale du langage parlé ; nous citerons en premier lieu Louis Kôhler : Die Mélodie der Sprache in ihrer ânwendung besonders auf das Lied und die-Oper, Leipz., 1853. Ce musicien qui était en même temps un écrivain d'esprit, publia un ouvrage plein de verve où il chercha à démontrer que l'étude des inflexions naturelles du langage peut rendre de grands services à la composition musicale, et enrichir considérablement l'expression de la mélodie. Dans ce but, il analyse un certain nombre de phrases, et s'attache à x montrer le parti que l'on peut en tirer pour composer des mélodies. Quant au rythme, Kôhler n'en dit pas un mot, et il se borne à la notation des sons mélodiques. En 1857, Merkel, dans son ouvrage sur la physiologie du langage : Anatomie und Physiologie der menschlichen Stimm und Sprachorgane 1857, reprit la tentative de Kôhler, mais comme il le fit sans méthode, ce fut sans résultat. Ayant cru devoir noter approximativement le rythme du langage, il se condamnait luimême à ne trouver aucune loi générale. Helmholtz, dans son ouvrage monumental sur les sensations auditives : Die Lehre von den Tonempfindungen als physiologische Grundlage fur die Théorie der Musik, ouvrage dont une traduction française faite par M. Guéroult a paru en 1 868 sous le titre : Théorie physiologique de la musique fondée sur l'étude des sensations auditives, venant à étudier (p. 390 dans l'ouvrage allemand ) les origines de la musique homophone, parle à son tour de la mélodie du langage, mais il le fait très brièvement, et seulement pour montrer qu'il faut y voir l'origine du récitatif.

viendra donc pour chaque syllabe de déterminer cette durée, en d'autres termes, de fixer sa quantité. De là la division adoptée par nous dans l'étude des syllabes dont se compose une phrase parlée : 1° intensité, 2° tonalité, 3° quantité.

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